Résumé en 10 secondes
- Les conditions de travail d’un·e écrivain·e varient selon qu’on écrit à temps plein ou en parallèle d’une activité salariée ou freelance.
- Le rythme réel ressemble souvent à des blocs longs d’écriture, plus des phases de relecture et de recherche.
- La charge ne s’arrête pas au moment où on “écrit” : réécritures, retours, démarchage, promotion peuvent s’ajouter.
- Les revenus peuvent combiner à-valoir et pourcentage sur les ventes, avec des paliers.
- Les contraintes sont autant structurelles (économie précaire, sélection éditoriale) que choisies (organisation, tempo, intensité).
Horaires : ce que le métier d’écrivain implique réellement
L’image d’un métier “souple” existe. La réalité est souvent plus structurée qu’on ne le croit, surtout quand on vise un roman.
Des plages fixes… quand on peut
Beaucoup d’écrivain·es s’appuient sur des routines, parce que l’histoire avance mieux quand on la retrouve souvent, et dans le même cadre.
Thomas Barthuel (écrivain & COO)
« Moi je fonctionne au café, effectivement. Donc j’avais une… j’avais déjà pendant mes phases d’écriture, je suis assez réglé, quoi. C’est-à-dire que… voilà, à 9h, je m’assieds et j’ai mon café et j’écris globalement sans discontinuer… ça peut durer 4h, 5h… Et puis l’après 12h, c’est plutôt des phases de relecture et de recherche. »
Horaires décalés et amplitude : fréquents quand on cumule
Quand l’écriture cohabite avec un emploi, le rythme change : on passe d’une routine quotidienne à des périodes plus intenses, puis des périodes plus “légères” (réflexion, prises de notes, recherche).
Concrètement, cela peut ressembler à :
- des phases où l’on “ne fait que ça” pendant un temps limité (quand on pose du temps),
- et le reste du temps, un travail plus diffus, souvent le soir.
Théorie vs pratique : le tempo dépend de la vie autour
Le week-end ou les soirées ne sont pas automatiquement disponibles. La réalité familiale et l’énergie du moment comptent. L’écriture demande de “faire de la place”, et cette place se négocie dans la vraie vie.
Charge de travail : au-delà du temps compté
Écrire un roman, ce n’est pas seulement “produire du texte”. La charge est multiple, et elle varie selon la période du projet.
Charge mentale : porter l’histoire en continu
Entre les personnages, la structure, les scènes à résoudre, les incohérences à traquer, la tête travaille même quand on n’est pas devant l’écran. Il peut y avoir une forme de frénésie : l’idée revient, insiste, pousse à noter, à ajuster.
Charge émotionnelle : doutes, imposture, persévérance
Le syndrome de l’imposteur peut s’inviter au milieu du processus. Dans la durée, ce qui pèse n’est pas seulement la difficulté d’écrire, mais aussi le fait de ne pas avancer, de remettre à demain, d’accumuler des débuts.
Charge “invisible” : réécrire, faire relire, recommencer
Le travail se fait en versions successives. Faire lire tôt, intégrer des retours, repartir sur une nouvelle version : ce sont des heures entières, parfois plus exigeantes que l’écriture du premier jet.
- Premières versions pour poser l’histoire.
- Retours de bêta-lecteurs.
- Réécritures jusqu’à arriver à une version “envoyable”.
- Puis, si un contrat arrive, re-travail avec l’éditeur.
Revenus : ce qui influence réellement la rémunération d’un·e écrivain·e
La rémunération dépend du contrat, des ventes, et de la manière dont le risque est réparti entre l’éditeur et l’auteur·ice.
Un modèle courant : à-valoir + pourcentage sur les ventes
Un modèle possible consiste à recevoir une somme au départ (à-valoir), puis des droits d’auteur calculés en pourcentage des ventes. Ensuite, soit les droits dépassent l’à-valoir et un complément est versé, soit l’à-valoir reste la rémunération principale du livre.
Des paliers de pourcentage selon le volume vendu
Des barèmes existent. Dans un exemple concret, le pourcentage augmente avec des seuils de ventes :
- jusqu’à 10 000 exemplaires : 10%,
- au-dessus, jusqu’à 25 000 : 12%,
- puis 14%.
Ces niveaux peuvent être différents ailleurs, avec des pourcentages plus bas selon les maisons.
Variabilité dans le temps : écrire sans tout miser dessus
Quand les revenus de l’écriture ne suffisent pas, garder une autre activité rémunératrice change les conditions de travail. Cela apporte une stabilité, mais impose aussi de composer avec moins de temps disponible et une fatigue potentielle.
Contraintes structurelles du métier d’écrivain
Certaines contraintes reviennent souvent, parce qu’elles font partie du fonctionnement de l’édition et de l’économie du livre.
Trouver un éditeur : sélection, coût, et stratégie
La recherche d’éditeur peut demander :
- de cibler des maisons selon leur ligne éditoriale,
- d’envoyer un nombre important de manuscrits (dans un cas, une vingtaine),
- de gérer des demandes en format papier (donc un coût),
- et parfois, de privilégier une approche directe en contactant une personne précise dans une maison.
La promotion : une partie peut retomber sur l’auteur·ice
Même avec une distribution en librairies et un accompagnement éditorial, “exister” peut demander un effort personnel. La place accordée à un livre dépend de plusieurs facteurs (moment, potentiel commercial, choix éditoriaux), pas uniquement du travail d’écriture.
Une économie qui peut rester précaire
Le métier peut se vivre comme un métier passion, mais l’équation financière pousse souvent à garder un autre cadre de travail, au moins pendant un temps.
Ce qui est choisi vs ce qui est subi
Bonne nouvelle : une partie des conditions de travail se construit. Moins bonne nouvelle : tout ne se contrôle pas.
Ce que vous pouvez choisir
- Votre organisation : écrire au long cours, ou par petites fenêtres.
- Votre format de temps : congé sans solde, réduction temporaire, périodes dédiées.
- Vos objectifs : nombre de mots par jour (par exemple 1000 à 1500 mots).
- Votre méthode : écrire d’abord, apprendre les “codes” plus tard si ça vous bloque.
Ce que vous subissez davantage
- le tempo de l’édition (acceptation, réécriture, calendrier de sortie),
- les probabilités de réponse des maisons,
- la part de promotion réellement portée par l’éditeur,
- la réalité économique (nécessité possible d’une autre activité).
Évolution des conditions avec l’expérience
Les conditions peuvent se transformer avec le temps, à mesure que vous apprenez votre propre rythme et que vous ajustez votre cadre.
- Au début, vous cherchez surtout à “aller au bout” : produire un texte complet, dépasser la procrastination, tenir la durée.
- Ensuite, vous pouvez alterner : phase d’idée et de recherche, puis phase d’écriture plus intense.
- Le cadre de travail peut évoluer : par exemple, envisager de “donner à l’écriture une place plus forte” dans un an, un an et demi, en réorganisant son emploi du temps.
Impact sur l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle
Écrire prend de la place. Et cette place se voit.
Disponibilité réduite et arbitrages
Quand on cumule une activité principale, une vie de famille et l’écriture, l’écriture devient une “troisième vie” à caser. Cela implique des arbitrages concrets : quand écrire, combien de temps, et avec quel niveau d’énergie.
Stratégies mentionnées : aménager le temps, protéger des plages
Une stratégie consiste à créer des périodes dédiées (par exemple via un congé sans solde), ou à passer temporairement sur un modèle freelance pour libérer des journées d’écriture.
Points de vigilance avant de s’engager
Quelques questions utiles, à vous poser sans vous raconter d’histoires :
- Suis-je à l’aise avec des phases longues et intenses (plusieurs heures d’affilée, plusieurs semaines ou mois) ou ai-je besoin de petites fenêtres régulières ?
- Qu’est-ce qui me pèse le plus : ne pas écrire, ou écrire et accepter l’imperfection des premières versions ?
- Quelle part d’incertitude financière suis-je prêt·e à porter, et combien de temps ?
- Quel cadre de vie (famille, emploi, énergie) rend mon projet réaliste aujourd’hui ?
- Qu’est-ce que je veux vraiment : écrire “pour moi”, être publié·e, ou les deux ?
À qui ces conditions peuvent convenir
Profils souvent à l’aise
- Les personnes autonomes, capables de s’auto-organiser sans cadre externe.
- Celles et ceux qui aiment avancer par objectifs (ex. nombre de mots) et itérer.
- Les profils prêts à vivre des périodes très intenses, puis des périodes plus calmes.
- Les personnes capables de “taper à plusieurs portes” et de tenter plusieurs canaux.
Profils pour qui cela peut être plus exigeant
- Les personnes qui ont besoin d’une validation rapide ou d’un cadre très balisé pour produire.
- Celles et ceux pour qui l’incertitude (réponses des maisons, ventes, promotion) est trop coûteuse émotionnellement.
- Les personnes qui ne peuvent pas dégager de plages de travail protégées, même ponctuellement.
Tenir la ligne de crête : écrire, vivre, et choisir en conscience
Un premier pas simple : mettez sur papier votre semaine idéale et votre semaine réelle. Puis comparez. Où est le vrai espace d’écriture ? À quel moment l’énergie est là ? Qu’est-ce qui est non négociable pour votre équilibre ?
Vous pouvez aussi tester sur une période courte : un bloc de quelques jours, ou une routine de mots par jour, juste pour sentir si “le petit battement de cœur” est là quand vous y revenez.
Comprendre les conditions réelles d’un métier, c’est se donner la possibilité de choisir en conscience — et de durer.












