Résumé en 10 secondes
- Testez le rythme réel : écrire, relire, chercher… ce n’est pas “juste écrire”.
- Avancez par petits objectifs : des mots chaque jour, et le livre prend forme.
- Activez des humains, pas seulement des “procédures” : le lien peut tout débloquer.
- Évitez l’isolement total : faites lire tôt, pour progresser vite.
- Tenez la ligne de crête : passion oui, mais organisation et réalités financières aussi.
Avant de se lancer dans l’écriture : les bases à poser
Se lancer dans le métier d’écrivain, c’est souvent une envie ancienne. Mais entre l’envie et la pratique, il y a un écart. Et c’est justement là que tout se joue.
Clarifiez vos motivations. Est-ce que vous voulez “écrire un jour”, ou est-ce que vous voulez vous donner une vraie place d’écriture dans votre vie, semaine après semaine ? Les deux sont légitimes. Mais ils ne demandent pas le même cadre.
Réajustez vos attentes. Le quotidien peut être très structuré : un temps pour produire, un temps pour relire, un temps pour chercher. Et ce cadre ne ressemble pas forcément à l’image romantique du café et de l’inspiration.
Choisissez un cadre d’exercice. Beaucoup démarrent avec une autre activité en parallèle. Ce n’est pas un “plan B”. C’est souvent une condition de faisabilité, surtout au début.
Le point clé, avant tout : confronter votre idée du métier à sa pratique réelle. Pas dans six mois. Cette semaine, si possible.
À faire absolument au démarrage (métier d’écrivain)
1) Tester le métier en conditions réelles
Le test le plus utile n’est pas un test “théorique”. C’est un test de rythme.
- Bloquez un créneau fixe (par exemple 9h–12h, ou deux soirées par semaine).
- Écrivez sans négocier avec vous-même, même quand l’inspiration est moyenne.
- Ajoutez un temps de relecture : c’est une partie du travail, pas une option.
Ce test vous apprend vite si vous aimez revenir à votre texte, jour après jour. Et si votre vie actuelle laisse de la place à cette troisième “vie” que l’écriture peut devenir.
2) Apprendre progressivement (et vraiment écrire)
Se former peut aider. Mais ça ne remplace pas le passage à l’acte. Et parfois, trop de “méthode” peut même figer.
Ce qui fait la différence au début, c’est souvent la discipline simple : produire, relire, recommencer. Accepter de ne pas tout maîtriser. Et avancer par itérations.
Un repère concret : un objectif de mots par jour. Pas pour “faire du chiffre”. Juste pour créer de la continuité.
3) S’entourer et créer du lien
On imagine parfois l’écrivain seul·e. En réalité, le lien accélère tout : retours, opportunités, énergie, recul.
Vous pouvez créer ce lien sans “connaître le milieu”. En allant chercher :
- des pairs (autres personnes qui écrivent, à votre niveau),
- des bêta-lecteur·rices (pour des retours francs),
- des professionnel·les (éditeur·rices, libraires, personnes qui lisent beaucoup).
Et surtout : privilégier les humains, pas seulement les circuits impersonnels.
Thomas Barthuel (écrivain & COO) : « J’en ai envoyé une vingtaine. Et après, en fait, ce qui m’a fait décrocher le contrat d’édition, c’est plutôt après d’essayer de… trouver des éditeurs individuels… des gens dans les maisons… je l’ai contacté directement par mail… “J’ai envoyé mon texte par la poste, mais je pense qu’il pourrait vous plaire aussi parce que j’ai vu que vous aviez publié ça.” … Là où j’ai eu le plus de succès, c’est via cette approche un peu plus directe… en essayant de trouver des humains plus que le service des manuscrits. »
À éviter autant que possible quand on veut devenir écrivain
1) Se lancer sans connaître la réalité du métier
L’idéalisation est un piège classique. Oui, il y a des moments de grâce. Mais il y a aussi :
- des jours où vous écrivez “moyen”,
- des phases de relecture longues,
- des périodes où vous cherchez une idée,
- des contraintes de vie (travail, famille, fatigue) qui ne demandent pas votre avis.
Plus tôt vous regardez ce réel en face, plus vous avancez sereinement.
2) Brûler les étapes
Vouloir “sortir un roman” trop vite peut vous abîmer. Le risque n’est pas seulement d’échouer. Le risque, c’est de vous décourager pour de mauvaises raisons.
Un roman peut demander :
- une phase de maturation (notes, personnages, scènes),
- une phase d’écriture (volume, cohérence),
- une phase de réécriture (plusieurs versions),
- et parfois, une phase éditoriale supplémentaire.
3) Rester isolé
L’isolement a trois effets fréquents :
- vous répétez les mêmes erreurs sans le voir,
- vous doutez plus que nécessaire,
- vous perdez l’élan quand ça devient difficile.
Un simple binôme (une personne qui lit, une personne avec qui vous parlez du processus) peut tout changer.
Les erreurs fréquentes au démarrage (et comment les contourner)
- Se comparer trop tôt : comparer votre “chapitre 3” à un auteur installé, c’est injuste. Comparez plutôt votre régularité d’une semaine à l’autre.
- Confondre passion et métier : la passion donne l’énergie. Le métier demande un cadre (temps, relectures, versions, démarches).
- Négliger les aspects périphériques : organisation, rythme, et aussi démarches pour exister (envoi, contacts, relances, présence).
Les leviers qui facilitent un bon départ
Il n’y a pas une seule “bonne” façon de démarrer. Mais certains leviers reviennent souvent, sans hiérarchie et sans injonction :
- Curiosité : lire, observer, comprendre ce qui vous attire dans une histoire.
- Capacité à demander de l’aide : trouver une personne qui sait lire et vous dire la vérité avec respect.
- Adaptation : ajuster votre organisation selon votre vie (travail, enfants, énergie).
- Persévérance : écrire quand c’est fluide, et aussi quand ça l’est moins.
Et un levier discret, mais puissant : faire une place réelle à l’écriture, comme à quelque chose d’important pour votre équilibre.
Ce qui change avec l’expérience
Avec le temps, vous gagnez en confiance. Pas une confiance “magique”. Une confiance construite.
- Vous lisez mieux ce qui se passe dans votre texte (ce qui sonne juste, ce qui flotte).
- Vous ajustez vos pratiques : votre rythme, vos horaires, votre manière de relire.
- Vous prenez du recul : une version “mauvaise” n’est plus un drame, c’est une étape.
« C’était vraiment de s’y mettre tous les jours, de produire quelque chose tous les jours… je me mettais des objectifs de nombre de mots… 1500… et en fait après c’est pas grave parce que 1500 plus 1500 plus 1500, en fait, ça fait quand même on avance vite… Et après, il y a la phase de relecture où on va rajouter, on va enlever, on va couper beaucoup… »
À qui ces conseils sont particulièrement utiles
- Personnes en reconversion qui cherchent une place plus alignée, sans tout brûler d’un coup.
- Profils en début de carrière qui veulent construire une discipline d’écriture sans attendre “le bon moment”.
- Personnes qui changent de cadre (temps plein, freelance, congé, organisation familiale) et veulent garder l’écriture vivante.
Choisir l’engagement juste : entre élan et réalité
Un premier pas simple, sans engagement lourd :
- Choisissez un créneau test de 3 à 5 jours consécutifs (même 45 minutes).
- Fixez un objectif concret : un nombre de mots, ou une scène, ou deux pages.
- Identifiez une personne à contacter : quelqu’un qui lit beaucoup, une personne du secteur, ou un·e bêta-lecteur·rice.
- Notez vos hypothèses et vos peurs : “Je n’aurai pas le temps”, “Je ne serai pas légitime”, “Je n’irai pas au bout”. Puis testez-les dans le réel.
Se lancer, ce n’est pas tout savoir. C’est accepter d’apprendre en avançant, avec lucidité et curiosité.












