Fiche métier viticulteur·ice : produire du vin, durer dans le travail, rester aligné·e
Résumé express : l’essentiel du métier de viticulteur·ice
- Conduire une exploitation agricole : ici, 19 hectares de vigne et 3,5 hectares d’asperges, dans le Bordelais.
- Choisir un modèle de production et de vente : vente du raisin à une coopérative, et une part en vente directe.
- Tenir une boussole de développement durable : HVE, bilan carbone, biodiversité, arbitrages techniques.
- Faire face aux aléas climatiques et à leurs impacts économiques.
- Se former et se tester sur le terrain : BPREA, stages, projet construit dans le temps long.
Mission : ce qu’un·e viticulteur·ice fait concrètement
Le métier ne se résume pas à “faire du vin”. Il s’agit de piloter une production, une entreprise, des choix techniques et une relation au vivant.
Conduire la vigne (et parfois d’autres cultures)
- Entretenir des parcelles de vigne et produire des raisins.
- Diversifier : asperges, prairies, foin selon les périodes évoquées.
- Travailler “avec son terroir”, en lien avec l’eau, l’air, les sols.
Transformer et vendre
- Vendre les raisins à une coopérative.
- Récupérer ensuite du vin correspondant à la qualité apportée, et vendre une partie en direct.
- Créer des produits transformés : gelées de raisin, confits de vin, légumes aigre-doux avec graines de raisin.
- Faire vivre la relation client : dégustations, animations, fidélisation.
Organiser, manager, déléguer
- Embaucher (depuis les années 2000, dans ce parcours), parfois des personnes sans formation agricole.
- Former, qualifier, fidéliser une équipe.
- Mettre en place de la délégation pour tenir dans la durée.
Viticulture et développement durable : une boussole, pas un slogan
Dans ce parcours, le développement durable s’incarne dans des gestes, des choix et des mesures.
- Reprendre des formations sur l’agroécologie pour adapter les pratiques au changement climatique.
- Porter une approche à “trois aspects” : environnemental, social, économique.
- Assumer une certification HVE et des démarches comme le bilan carbone.
« Elle a beaucoup de sens puisque le développement durable, c'est sur le volet pratique. Il y a de l'herbe dans mes vignes… Je me suis vraiment replongée dans tout ce qui est agroécologie pour adapter ma pratique avec le changement climatique. (…) Depuis 2016, je n'ai pas une année normale entre le gel, la grêle, la sécheresse et l'année dernière, les incendies. (…) Développement durable, ça me challenge toujours autant. »
Compétences & qualités clés pour devenir viticulteur·ice
Compétences techniques (hard skills) mentionnées
- Gestion d’exploitation et pilotage d’entreprise agricole.
- Traçabilité et suivi de la qualité en lien avec la coopérative (traçabilité informatique).
- Démarches environnementales : bilan carbone, suivi biodiversité, mesures liées à la qualité de l’air.
- Choix et maîtrise d’un matériel de traitement très technique (panneau récupérateur).
- Transformation artisanale de produits.
Qualités humaines (soft skills) qui font la différence
- Créativité (événements, produits, façons de vendre).
- Patience et projection (la vigne se pense en années).
- Adaptabilité (aléas, “aucune année pareille”).
- Pédagogie (former des personnes, transmettre).
- Goût du contact (vente, réseau, équipe).
Conditions de travail : cadre, rythme, réalités économiques
Cadre et lieux
- Exploitation viticole en Gironde (nord de Bordeaux).
- Activité de vente/communication menée depuis la Haute-Savoie « pour le moment ».
- Vinification réalisée via une coopérative (pas de chai de vinification sur l’exploitation).
Rythme et charge
- Travaux physiques évoqués comme importants.
- Temps long de la culture (3 ans après plantation avant récolte).
- Forte variabilité annuelle liée au climat.
Revenus : ce qui est dit, sans chiffres
La situation économique est décrite comme difficile, avec des pertes liées aux aléas climatiques et une difficulté de valorisation du travail. Aucun montant n’est donné.
Pourquoi ce métier peut faire battre le cœur (quand on est à sa place)
- Voir le résultat d’un travail patient, saison après saison.
- Sentir qu’on agit “pour de vrai” sur le vivant : sols, biodiversité, air, eau.
- Créer du lien : faire goûter, expliquer, transmettre, former.
« En 2019, j'étais voir le médecin du travail de la MSA. J'avais le choix entre faire un dossier de handicap professionnel ou reprendre la formation, quelque chose qui me drainait, qui me faisait vibrer positif. Et j'ai dit : Non, je ne suis pas handicapée, je suis fatiguée, c'est tout. (…) Aller sur cette qualité de vie au travail, (…) reconstruire mon entreprise (…) sur des nouvelles références de rendement, de climat, de coût de production, d'équilibre vie pro/vie perso. Je suis sûre que c'est possible. »
Points de vigilance (et comment garder la main)
- Aléas climatiques : gel, grêle, sécheresse, incendies → pertes économiques. Piste citée : se former, s’adapter, rester créatif pour trouver des ressources et valoriser.
- Pénibilité et fatigue : risque réel. Piste citée : déléguer, manager, se régénérer, chercher une qualité de vie au travail.
- Pression sur les pratiques : débats autour des traitements et du bio. Piste citée : mesurer, documenter (air, carbone), investir dans du matériel précis.
Comment y accéder : étapes et formation citée
- Aller sur le terrain : faire des stages, comparer les régions (identités et façons de travailler différentes).
- Se former : viser le BPREA, conseillé pour les adultes en reconversion, avec un parcours individualisé et une construction de projet.
- Construire un projet “3 temps” : court terme, moyen terme, long terme, pour coller à la réalité de la vigne et aux imprévus.
- Se faire accompagner : s’entourer (formation, réseau, pairs), ne pas rester seul·e.
Astuces concrètes pour démarrer sans se raconter d’histoires
- Acceptez le temps long : la vigne demande de la patience, et la vente aussi.
- Testez vos hypothèses : stages, immersion, discussions avec des professionnel·les.
- Travaillez votre capacité d’adaptation : une année n’est pas l’autre.
- Ne misez pas tout sur l’héroïsme : la délégation et l’équipe peuvent devenir vos meilleures protections.
Évolutions & passerelles possibles (celles qui apparaissent ici)
- Renforcer la partie management et organisation d’équipe.
- Aller vers la formation (initiale et adulte), en apportant du terrain dans les parcours.
- Explorer l’ergonomie et la qualité de vie au travail, avec un angle risques psychosociaux/pénibilité.
- Envisager la vinification comme étape future (évoquée comme envie, arbitrée pour raisons économiques à ce stade).
FAQ : les questions qui reviennent souvent
- Peut-on être viticulteur·ice sans vinifier ?
Oui. Le raisin peut être vendu à une coopérative, avec un suivi de traçabilité et des vinifications séparées. Il est ensuite possible de récupérer du vin correspondant à la qualité des raisins apportés.
- Pourquoi ne pas choisir le bio ?
Ici, l’arbitrage avancé est une hausse forte de consommation de fioul en bio, et le choix d’un matériel limitant les quantités utilisées, avec un bilan carbone suivi.
- Quelle formation pour une reconversion adulte ?
Le BPREA est conseillé, avec un parcours individualisé et une construction de projet sur environ neuf mois.
- Quelles qualités sont incontournables ?
Motivation, patience, capacité de projection, adaptabilité, envie d’aller vers les autres.
Ressources citées (pour aller plus loin)
- BPREA (Brevet Professionnel Responsable d’Exploitation Agricole).
- ARACT Nouvelle-Aquitaine.
- MSA (médecin du travail).
- Domaine de Tout L’y Fait.
- Site : blaye-asperges.com.
La ligne de crête du métier de viticulteur·ice : grandir, oui… mais à la bonne taille
La viticulture peut vous pousser à produire plus, plus vite, plus grand. Et en même temps, elle peut vous apprendre l’inverse : choisir une taille humaine, déléguer, tenir le cap quand l’année déraille, et rester en lien avec le vivant et avec les gens.
Si vous cherchez un premier pas simple : appelez un centre BPREA, demandez un stage court, et posez noir sur blanc votre boussole. Ce que vous voulez apporter. Le rythme que vous pouvez tenir. Et les compétences à construire. C’est souvent là que le “petit battement de cœur” apparaît : quand votre projet colle à votre vie, pas seulement à une image du métier.













