Résumé en 10 secondes : ce que ce métier exige vraiment
- Coordonner et relier : faire circuler l’info entre des sujets très différents (RH, juridique, affaires publiques, marque, RSE, performance).
- Mesurer pour agir : poser des métriques, lancer des mesures, fixer des objectifs, puis recommencer.
- Tenir l’incertitude : en startup industrielle, vous avancez avec du tâtonnement et des délais qui bougent.
- Chercher du concret : aimer le tangible, « le vrai truc », l’usine, le produit qui sort.
Pourquoi les qualités humaines sont centrales dans le métier de Chief Impact Officer
Le titre peut prêter à confusion. Mais sur le terrain, ce métier tient moins à une “case” qu’à une façon d’embarquer. Vous êtes au carrefour. Vous reliez des enjeux internes (personnes, communication interne) et externes (marque, communication, juridique, affaires publiques), tout en portant une ambition RSE et, dans certains contextes, de performance.
Autrement dit : vous n’êtes pas seulement en charge d’un sujet. Vous faites en sorte que tout s’aligne et se renforce. Quand c’est bien fait, ça démultiplie l’impact. Quand ça l’est moins, ça reste des initiatives isolées.
Ce qui fait la différence, ce sont donc des qualités humaines très concrètes : la coordination, l’écoute exigeante, la capacité à créer de la confiance, et l’endurance face à l’incertitude. Dans une startup industrielle, l’environnement bouge vite. Les décisions se prennent. Les plans se réajustent. Et il faut garder le cap, même quand le “quand” reste flou.
« Alice Balagué (Chief Impact Officer) : Chief Impact chez Fermat… Chez Fermat, c’est à la fois en charge de l’impact auprès de la communauté interne. Donc, tout ce qui va être communication interne et toute la partie people. C’est l’impact auprès de la communauté externe avec le juridique, les affaires publiques, la marque et la communication externe. Et c’est tout ce qui est impact RSE. Et sachant que depuis quelques semaines, il y a aussi la performance. Fermat, c’est une startup… Et donc, les organisations bougent. (…) Fermat… fait du recyclage de fibres de carbone. Le fondateur a découvert un procédé qui permettait de recycler ce produit… en conservant ses propriétés. »
Les qualités indispensables pour exercer le métier de Chief Impact Officer
1. Coordination — la plus déterminante
Quand votre périmètre touche à la fois aux personnes, à la communication, au juridique, aux affaires publiques, à la RSE et parfois à la performance, votre premier levier est simple : faire travailler ensemble des sujets qui, spontanément, ne se parlent pas.
Cette coordination ne se décrète pas. Elle se construit. Par des rituels, des points d’ancrage, des liens entre projets, et une capacité à “désiloter”. L’objectif n’est pas de tout contrôler. C’est de faire émerger des synergies utiles, et d’éviter que chacun·e avance seul·e dans son couloir.
Concrètement, cela peut passer par un point hebdomadaire commun, même si “sur le papier” les sujets semblent éloignés. L’enjeu est aussi humain : créer un esprit d’équipe, et une fierté partagée autour de l’impact.
2. Endurance face à l’incertitude — celle qui permet de durer
Dans une organisation jeune, et plus encore dans une startup industrielle, l’incertitude n’est pas un accident. C’est le décor. Certaines choses fonctionnent. D’autres non. Et parfois, vous ne savez pas immédiatement pourquoi.
Il faut donc tenir un équilibre : garder une direction claire, tout en acceptant que les délais glissent et que la trajectoire se corrige. Cette endurance est aussi mentale : rester engagé·e quand les imprévus s’enchaînent, sans perdre l’énergie ni le sens.
Un exemple très parlant : attendre une machine, la faire venir de loin, découvrir qu’elle ne marche pas comme prévu, et absorber plusieurs mois de décalage. Ce n’est pas “un détail technique”. C’est une réalité quotidienne qui impacte tout le monde, y compris les fonctions support et impact.
« En fait, (…) je n’avais pas vraiment anticipé à quel point la startup, en plus industrielle… il y a des choses qui fonctionnent, des choses qui ne fonctionnent pas. Et en fait, quand on m’a fait venir une machine de Chine en pensant qu’elle allait marcher et qu’elle ne marche pas… on s’est repris trois mois dans la vue. (…) On sait où on va et on sait qu’on va y arriver. C’est juste qu’on ne sait pas encore tout à fait quand. »
3. Goût du mesurable et du concret — celle qui permet d’évoluer
“Impact” ne veut pas dire “intention”. Ici, l’impact se pilote. Il se mesure. Il s’améliore. Et il se réévalue.
Sur le volet RSE, cela peut se traduire par des choix structurants : lancer une analyse de cycle de vie, la refaire, construire des métriques fiables liées à l’énergie, aux paramètres de production, aux intrants, aux matières. Puis fixer des objectifs, à court ou moyen terme, en restant agile.
Cette qualité ouvre aussi une porte importante : l’impact n’est pas seulement “vertueux”, il peut aider à optimiser des processus industriels (par exemple, réduire certains usages) et répondre à des attentes d’investisseurs. Le moteur affiché reste la démultiplication de l’impact, mais le résultat peut servir plusieurs dimensions de l’entreprise.
Qualités souvent sous-estimées (mais décisives sur le terrain)
La capacité à créer de la cohésion est souvent invisible depuis l’extérieur. Beaucoup imaginent que l’impact se joue surtout sur des labels, des rapports, ou des objectifs environnementaux.
Or, une part décisive se joue dans le collectif : faire exister une équipe “impact” qui rassemble des métiers différents, tenir un point commun même quand certain·es pourraient le voir comme “une heure perdue”, et transformer ce temps en fierté, en circulation d’idées, en raccourcis utiles.
Cette cohésion devient un accélérateur. Sans elle, vous avez de bons sujets… mais pas de mouvement commun.
Qualités ≠ compétences : ce que la personne a dû apprendre à développer
Dans ce métier, vous pouvez manager des personnes plus expertes que vous sur certains domaines. Et c’est normal, surtout quand votre périmètre est large. La qualité à construire ici, c’est une forme de lucidité : savoir ce que vous ne savez pas, et sécuriser les décisions sans freiner l’action.
Cela passe par des réflexes simples : sentir quand quelqu’un est sûr de lui ou elle, poser une question de vérification, proposer de croiser avec un autre avis. Et, côté management, installer une relation faite de confiance, d’exigence et d’écoute, avec des échanges réguliers (par exemple hebdomadaires).
« Ça m’était déjà arrivé avant… J’ai déjà managé des équipes RH, sachant que j’avais une connaissance du droit du travail, proche de zéro. (…) Je pense arriver à voir quand la personne est sûre d’elle ou pas. Et du coup, arriver à lui poser une question en disant : Est-ce que tu en es sûre ? Est-ce que tu veux qu’on pose la question à quelqu’un d’autre ? (…) créer une relation où il y a de la confiance, de l’exigence et de l’écoute, généralement, ça fonctionne plutôt pas mal. »
À qui le métier de Chief Impact Officer convient vraiment (et à qui il convient moins)
Ce métier est fait pour vous si :
- Vous aimez relier des sujets différents et faire avancer plusieurs chantiers en parallèle.
- Vous êtes à l’aise avec un cadre qui bouge : une organisation qui évolue, des priorités qui se réajustent.
- Vous aimez mesurer et piloter : partir de l’existant, définir des métriques, fixer des objectifs, suivre.
- Vous cherchez du concret : des procédés, une usine, un produit tangible, et pas seulement des concepts.
Il est plus difficile si :
- Vous avez besoin d’une forte prévisibilité sur les délais et les “plans figés”. En startup industrielle, le “quand” peut rester incertain.
- Vous préférez un périmètre très spécialisé, stable, et peu transversal. Ici, le rôle est large et demande de la coordination constante.
Ce qu’il vaut mieux savoir dès le départ
Le point à intégrer tôt : ce qui peut peser n’est pas forcément le contenu “impact” lui-même, mais le contexte startup industrielle. Le tâtonnement fait partie de la construction. Les aléas techniques existent. Et cela demande une forme de solidité : accepter les retards sans perdre l’élan.
Autre leçon utile : ce type de poste peut aussi naître d’une rencontre et d’une construction sur mesure. L’impact peut être pensé “avec ampleur”, intégré dans un périmètre plus large pour éviter qu’il reste isolé.
Garder le cap quand le “quand” bouge
Cette semaine, faites un pas simple, concret, testable.
- Identifiez 2 qualités que vous avez déjà pour ce métier (par exemple : coordination, endurance face à l’incertitude, goût du mesurable, recherche de concret).
- Choisissez 1 qualité à renforcer. Pas dix. Une seule.
- Repensez à une situation vécue où vous avez dû “désiloter”, tenir un délai incertain, ou piloter avec des métriques. Qu’est-ce que vous avez fait, précisément ?
- Confrontez-la au réel : proposez un échange avec une personne qui travaille sur un périmètre transversal (RH/communication/RSE/affaires publiques), ou cherchez un contexte où vous pourrez observer la réalité opérationnelle d’une organisation qui “bouge vite”.
Si vous sentez, même brièvement, ce petit battement de cœur quand tout devient tangible et aligné, c’est un signal précieux. Pas une preuve. Mais un début de boussole.












