Smaranda Rugina, Avocate

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Juliette (Chance)

Bonsoir à toutes et à tous.

Smaranda Rugina (Avocate)

Bonsoir.

Juliette (Chance)

Bienvenue dans ce live avec Smaranda, qui est avocate et qui nous donne l'honneur d'échanger avec nous pendant une trentaine de minutes sur son métier afin de nous présenter un peu les coulisses du métier d'avocate. Donc, merci beaucoup Smaranda de prendre ce temps.

Smaranda Rugina (Avocate)

Avec grand plaisir, Juliette.

Juliette (Chance)

L'idée est vraiment que ce live s'inscrit dans cette semaine en coulisses dans le cadre de la communauté d'entraide Chance. C'est donner l'opportunité de découvrir une cinquantaine de métiers en une semaine et surtout de parler du métier sans tabou, sans crainte. Donc, n'hésitez pas à poser toutes vos questions à Smaranda sur le chat et je m'occuperai de lui poser en direct. Smaranda, la première Et la dernière question qui me vient, c'est: est-ce que tu peux nous présenter un peu ton parcours ? Comment, finalement, tu es arrivée aujourd'hui à ce poste et à cette organisation professionnelle ?

Smaranda Rugina (Avocate)

Oui, avec grand plaisir. Globalement, mon parcours est un parcours assez classique en droit, en ce sens que j'ai étudié en faculté de droit à l'Université de Paris 5. Après quoi, j'ai diversifié mon cursus aussi avec ce que l'on appelle un LLM, à l'étranger, notamment à l'Université de King's College. Et ça, c'était après avoir obtenu mon barreau, parce que je l'ai passé à la fin du M1. C'est la quatrième année de droit. En général, la plupart le passe à la fin du M2. Moi, je l'ai passé un peu plus tôt. Donc, pour ceux qui sont déjà assez avancés dans leur cursus, ils comprendront que l'idée était de condenser le Master 1 et l'École du Barreau en M2, parce que le M2, je l'ai fait dans le cadre de l'École du Barreau pour gagner six mois par ailleurs. Donc, un parcours en droit des affaires avec un volet international, puisqu'à King's College London, j'ai étudié le droit international des affaires.

Juliette (Chance)

Ok, d'accord. Et de suite, après ces études, comment ça s'est passée l'insertion sur le marché du travail ? Tu as trouvé un emploi, tu as fait un stage ?

Smaranda Rugina (Avocate)

J'ai fait mon stage final dans ce qu'on appelle les big sur la place Parisienne, un cabinet franco-français de renom, ce qui m'a permis ensuite, à l'issue de mon stage final, de rejoindre ce cabinet en tant que collaboratrice. Dans un premier temps, la première opportunité professionnelle que j'ai eue était en qualité de collaboratrice dans un cabinet franco-français de plus de 300 avocats, donc big structure. En fusion C'était un peu le rêve de tous les étudiants à l'époque et probablement aussi encore celui de beaucoup d'étudiants aujourd'hui, les cabinets en fusac, M&A, très hiérarchisé, mais avec une belle ligne sur le CV. Et puis, finalement, une manière d'apprendre le métier aux côtés de personnes très compétences et de manière un peu plus hiérarchisée, peut-être que dans une structure plus à taille humaine. Parce qu'on avait l'associé en charge du dossier, un collaborateur plus senior, ensuite le collaborateur les collaborateurs juniors et les stagiaires. Donc, j'avais aussi la possibilité de travailler avec des stagiaires qui effectuaient les recherches un peu plus poussées quand il le fallait. Je faisais un peu le relais entre les stagiaires et le collaborateur middle, qui, lui, en rapportait à l'associé.

Juliette (Chance)

Oui OK, d'accord. Donc en effet, des strates bien hiérarchisées. Ok. Et donc, tu me partageais juste avant. Là, aujourd'hui, tu exerces toujours ce métier, mais dans un environnement différent.

Smaranda Rugina (Avocate)

Tout à fait. C'est vrai qu'après environ cinq, six ans d'exercices en tant que collaboratrice, petit à petit, a émergé l'idée de l'entrepreneuriat. Non pas parce que je ne me plaisais plus dans cette structure d'exercice, mais peut-être parce que j'ai réalisé qu'à un moment donné, il fallait choisir dire. Parce qu'en théorie, lorsqu'on est collaborateur, la plupart des cabinets proposent des collaborations libérales. Ce qui veut dire qu'en théorie, il n'y a pas de lien de subordination comme classiquement dans une relation employeur-salarié. Néanmoins, finalement, on a assez peu de temps disponible pour traiter les dossiers perso. Ce n'est pas toujours le cas. Il y a certaines structures d'exercices qui le permettent, mais moi, avec la charge de travail que j'avais, ça devenait compliqué. J'ai a commencé à accepter quelques clients perso parce que de cette structure d'exercices qui était plus grande, j'ai migré. En fait, ça s'est fait vraiment sous forme d'entonnoir. J'ai migré dans une structure un peu plus à taille humaine, c'est-à-dire que c'était des anciens associés de grosses structures qui se sont installés à leur compte, environ dans un cabinet d'une dizaine d'avocats. Et là, si tu veux, j'ai eu l'opportunité un peu plus d'aller plaider.

Smaranda Rugina (Avocate)

Je disposais d'un peu plus de temps, parce que la rétrosession d'honoraires était un peu moins élevée que dans la grande structure dans laquelle j'étais, mais en Autre partie, j'avais plus de temps, ce qui m'a permis d'avoir mes premiers clients perso et de me rendre compte que c'est quelque chose qui me plaît aussi. Donc, je l'ai quand même fait avec un filtre en ce sens que c'était progressif. Je n'ai pas directement posé ma plaque, comme on dit, et comme le font certains, ce qui est très courageux, mais à terme, finalement, c'est ce que j'ai fini par faire.

Juliette (Chance)

Ok, donc une transition en douceur, finalement. Tout à fait. Du jour au lendemain. Ok. Et donc, tu me partageais que tu as deux casquettes dans le droit, parce que tu nous as parlé du droit international des affaires, mais il y a aussi une autre casquette.

Smaranda Rugina (Avocate)

C'est ça. Alors en gros, moi, j'ai deux pôles principaux. Donc, je traite principalement deux matières. La première, c'est ce que l'on appelle, parce qu'on ce que l'on appelait anciennement le droit des faillites, mais ça a une connotation un peu péjorative. Maintenant, on appelle ça le droit des entreprises en difficulté. Ça va être accompagner le chef d'entreprise dans toutes les difficultés qu'il va rencontrer, qui sont de nature à le conduire à saisir le tribunal. Parce qu'à un moment donné, quand on rencontre des difficultés financières, la loi nous oblige à nous placer sous la protection du tribunal. Il y a cette partie-là. Et si tu veux, la passion pour cette matière m'est venue de deux de mes professeurs, notamment en droit des entreprises en difficulté et droit des sûretés, qui étaient vraiment passionnés et passionnants. C'est une matière qu'aujourd'hui, j'enseigne à la fac. Les dossiers me viennent aussi comme ça parce que je me suis perfectionnée dans cette matière en étant chargée d'enseignement à l'université, donc avec une obligation d'être en veille permanente avec les nouvelles réformes de la matière. Et par ailleurs, un pôle totalement différent qui est le droit du transport international. Ça, c'est venu à moi.

Smaranda Rugina (Avocate)

Ce n'est pas sur les bancs de la fac que j'ai apprécié cette matière, même si elle a un volet à une dimension très internationale. Mais c'est vraiment un concours de circonstances qui m'a amené à terme à être l'avocat de ce que l'on appelle l'Union nationale des transporteurs, qui elle-même a beaucoup d'adhérents. Et donc, pour toutes les problématiques que l'Union nationale des transporteurs de Roumanie, puisque je suis d'origine roumanie, va rencontrer sur le territoire français, et bien, et notamment les transporteurs, je suis l'avocat référent.

Juliette (Chance)

Ok, hyper intéressant. On a une première question de Margaux, qui est donc actuellement collaboratrice au sein d'un cabinet depuis bientôt cinq ans et elle réfléchit de plus en plus à l'installation. Donc, elle te demande si tu as des conseils de développement de clientèle.

Smaranda Rugina (Avocate)

Bonjour Margot. L'idée aujourd'hui, si je comprends bien, Margot est collaboratrice au sein d'un cabinet avec une envie à terme, à plus ou moins moyen terme, de s'installer. C'est ça ?

Juliette (Chance)

Tout à fait.

Smaranda Rugina (Avocate)

En premier lieu, ce que je lui conseillerais peut-être, c'est de commencer dès maintenant, si ce n'est pas déjà le cas, à accepter des dossiers perso. Parce que c'est vrai qu'au début, on se dit qu'on manque de temps, on ne veut pas décevoir le cabinet pour lequel on travaille. Donc forcément, jauger entre les impératifs qu'on a de développement de sa clientèle et les impératifs du cabinet que l'on ne veut pas décevoir, ce n'est pas simple. Donc, commencer en acceptant quelques dossiers perso pour voir finalement comment est-ce que l'activité au quotidien ce profil et à terme, prendre la décision de s'installer. Peut-être, moi, ce que j'ai fait quand même, c'est d'avoir un minimum de sécurité financière, c'est-à-dire vraiment mettre de côté, parce que l'installation à son compte à 100% va forcément impliquer des dépenses que l'on n'a pas lorsqu'on est collaborateur. C'est vrai que c'est d'ailleurs l'un des avantages. Moi, la plupart de mes confrères qui collab' aujourd'hui me disent: Je n'ai pas l' oise de me demander si ma rétrosession d'honoraires va tomber tous les mois, parce que c'est récurrent. Les décisions, c'est quand même l'associé qui les prend. Donc moi, je contribue à la stratégie de défense, mais in fine, l'associé va prendre la décision décidant et endosser toute la responsabilité qui peut découler du dossier.

Smaranda Rugina (Avocate)

Mais en contrepartie, l'installation impliquait forcément des dépenses, notamment des bureaux, éventuellement, à terme, le coût d'une assistante, la comptabilité, la gestion de la relation clientèle. Donc, c'est vraiment commencer l'exercice progressivement en gérant soi-même ses propres dossiers perso pour voir si dans un premier temps, c'est quelque chose qui nous et ensuite, pour pouvoir franchir le pas de l'installation à proprement parler.

Juliette (Chance)

Merci. Merci beaucoup pour ces conseils.

Smaranda Rugina (Avocate)

Avec plaisir. Je ne sais pas si ça répond à la question, mais si Margot en a d'autres, qu'elle n'hésite pas.

Juliette (Chance)

C'est intéressant parce que dans l'explication de ton parcours et de tes décisions, tu nous as mentionné quelques personnes, opportunités, tes professeurs, le fait que tu es d'origine roumanne et que tu t'occupes de cette union de transporteurs. Est-ce qu'il y a d'autres rencontres, d'autres personnes qui ont justement marqué ton parcours professionnel ?

Smaranda Rugina (Avocate)

Absolument. Comme je te le disais, c'est essentiellement deux de mes professeurs qui m'ont transmis cette passion pour le droit des entreprises en difficulté, le droit des sûretés, qui sont aujourd'hui de chers amis. C'est vrai que c'est comme finalement, au lycée, on va apprécier certaines matières parce que le professeur la transmet d'une manière très pédagogique et avec beaucoup de passion. C'est venu comme ça, parce que de prime abord, c'est vrai qu'on se dit: Qu'est-ce que le des entreprises en difficulté ? Une société dépose le bilan, est-ce que c'est si fun que ça ? Mais moi, c'est ce corps professoral qui m'a donné l'envie d'apprendre cette matière et de la pratiquer. Et par ailleurs, pour le droit du transport, c'est vrai que là, c'est une anecdote un peu plus personnelle. Mon grand-père était PDG d'une société dans le domaine du transport international. Donc, j'ai été sensibilisée au monde du transport assez vite, qui est un monde d'hommes, mais assez contradictoirement. Moi, c'est un monde dans lequel je me suis assez vite insérée et plu, parce que c'est très technique. Il y a ce volet international qui m'a plu et donc c'est venu à moi plus, déjà par intérêt de la matière du fait du contexte familial et puis ensuite, parce que ces unions-là de transporteurs sont venues à moi par la suite.

Juliette (Chance)

Ok. Merci beaucoup. Est-ce qu'il y a eu des moments pendant ton parcours où tu as eu des doutes, des questionnements, des peurs ? Peut-être ce passage, justement, de collaboratrice à un peu son indépendance.

Smaranda Rugina (Avocate)

Complètement. Je te dirais même, pour être totalement franche, parce qu'il faut l'être, qu'aujourd'hui encore, ça m'arrive d'avoir peur. Ça fait partie de la nature humaine, notamment quand on est entrepreneur, de se dire: Mais comment je vais me débrouiller dans un mois ou dans deux mois ? Même si on fidélise notre clientèle, même si moi, je suis plutôt sur des dossiers qui s'étalent dans le temps, donc ça ne va pas être du one shot comme peut-être certains autres confrères qui traitent des matières différentes. Mais bien sûr, la première crainte, ça a été: Est-ce que je vais y arriver ? Puisque finalement, j'ai une petite base financière pour m'installer. On va dire 30 000 € de trésorerie pour payer mon loyer sur un an. Mais après, une fois qu'on a payé le loyer, l'idée et ces charges courantes, puisque ces charges, je me réfère surtout à tout ce qui est URSSAF, cotisations à l'ordre des avocats, etc. La question, ça va être: Comment est-ce qu'on va réussir à développer à pérenniser et à avoir d'autres clients. C'est une problématique qui m'anime au quotidien et qui peut créer certaines appréhensions. Mais je suis persuadée que lorsqu'on a cette fibre entrepreneuriale, finalement, on y arrive parce qu'on va aller les chercher, les clients.

Smaranda Rugina (Avocate)

On ne peut plus se permettre de se reposer sur ces lauriers, en ce sens que quand la rétro ne tombe pas et ne rentre pas, on est forcément obligé de se démener au début, peut-être pour aller chercher chez des clients avant que ce soit eux qui viennent à nous pour faire du relationnel, pour assister à toutes sortes d'événements, notamment de réseaux d'affaires. C'est vrai qu'il y a toujours des craintes quand on se lance dans l'entrepreneuriat, mais ce n'est C'est passionnant. C'est une expérience aujourd'hui. Si c'était à refaire, j'aurais fait exactement pareil.

Juliette (Chance)

Super. On a une question de Margot. Vous servez-vous justement des réseaux sociaux pour développer votre activité Oui, tout à fait.

Smaranda Rugina (Avocate)

De plus en plus, dès que, par exemple, j'ai une décision intéressante sur un point de droit qui pourra intéresser mon réseau de contacts, je publie. Peut-être moins sur Instagram, mais plus sur LinkedIn ou encore plus dans des revues juridiques, ce qui reste finalement des réseaux sociaux aussi. Je pense que c'est un bon canal de communication.

Juliette (Chance)

Finalement, à quoi ressemble une journée d'avocate sur ces deux casquettes-là et en indépendant ? Parce qu'il y a quand même une part, il y a le cœur du métier, mais il y a une part de prospection et commercial qui n'est peut-être pas négligée au départ.

Smaranda Rugina (Avocate)

Complètement. Alors, ça serait difficile de te donner une journée type parce qu'aucune journée ne ressemble à l'autre. Et c'est ça l'avantage de ce métier ou du moins de la manière dont je l'exerce. Je suis rarement toute la semaine au bureau, je plaide beaucoup. Le droit international du transport, me conduit à me déplacer dans toute la France pour plaider des dossiers assez techniques où je soulève des nullités de procédures en droit pénal international. Donc c'est vraiment passionnant. Donc ça, ça implique des déplacements, des rédactions de conclusions, des plaidoiries. Ensuite, il y a vraiment l'accompagnement au quotidien du client. C'est là qu'on se rend compte que l'avocat, c'est vraiment le partenaire de son client, parce qu'il ne s'agit pas juste de le défendre en une fois en one shot sur un procès, mais plus vraiment même de contribuer avec lui au développement de son activité. Ok, aujourd'hui, vous avez signé tel contrat, comment vous vous projetez par la suite ? Comment sécuriser éventuellement les relations avec un autre partenaire contractuel dans l'année à venir ? C'est vraiment des discussions qui s'installent dans le temps. Là, je dirais que c'est quelque chose de plus courant, parce que les chefs d'entreprises sont de plus en plus conscients de la nécessité d'être accompagnés au début.

Smaranda Rugina (Avocate)

Au début, dans le lancement de leur activité, ils sont un peu plus frileux à des honoraires d'avocats, mais quand ils se rendent compte que l'activité prend bien et se développe bien, ils font de leur avocat vraiment leur partenaire quotidien.

Juliette (Chance)

Ok. Donc finalement, c'est plutôt la relation long terme qui- Absolument. Et dans le quotidien. Et finalement, quel est le sens que tu trouves dans ton métier ? Nous, chez Chance, quand on parle de sens, au travail, il y a quatre piliers. Et c'est cette combinaison de ces quatre piliers qui est sens, c'est le travail, donc les missions, les responsabilités au quotidien, c'est les impératifs, donc toutes les conditions matérielles qui entourent ce métier, la finalité de pourquoi et quel impact on souhaite avoir et l'environnement. Ce qui est intéressant, c'est qu'elle a fait le même métier dans deux environnements différents. Est-ce que c'est une évolution de sens, d'alignement dans ce métier ?

Smaranda Rugina (Avocate)

Moi, je dirais que ce que vraiment je trouve magique dans l'entrepreneuriat et vraiment dans l'exercice à 100% libéral de ce métier, c'est la reconnaissance des clients. Parce qu'on va être celui qui va être force de proposition. C'est nous qui allons élaborer la stratégie de défense. Et moi, si je peux te donner un exemple, par exemple, d'une cliente qui est venue me voir en me disant: Maître, après dix ans de gérance, parce qu'elle était présidente, donc pas gérante, mais présidente d'une société qui faisait partie d'un groupe international. Le groupe était détenu une société américaine, donc si tu veux, elle n'avait pas le pouvoir décisionnel pour tout ce qui concerne la gestion de la boite. Et elle me dit: Je suis quand même présidente de cette boite et aujourd'hui, je vais devoir mettre la clé sous la porte. Et ça en est fini pour moi. Après 15 ans de carrière, qu'est-ce que je veux Qu'est-ce que je vais faire ? Et en réalité, cette femme, qui est une femme brillante, je l'ai accompagnée dans le défaut de ce qu'on appelle le redressement judiciaire de sa société, parce qu'elle y était contrainte. Et elle qui pensait qu'elle allait mettre la clé sous la porte et ne pas s'en sortir, finalement, s'est retrouvée 100% propriétaire de cette boite, puisqu'on a négocié le rachat des actions qui étaient détenues par les Américains.

Smaranda Rugina (Avocate)

Elle est sortie de ses difficultés financières et aujourd'hui, elle est aux commandes. Elle a recruté plus d'une vingtaine de personnes. Elle est dans une vraie dynamique de développement. Et là, je me rappelle, je passe un peu du coq à l'âne, mais pas vraiment. Le premier entretien que j'avais passé dans un cabinet d'avocats, j'étais pétrifiée au début et c'est vrai que je ne savais pas ce qu'était le droit des affaires en tant que tel, si ce n'est ce que j'avais appris sur les bancs de la fac. La personne qui me faisait passer l'entretien m'a dit, je pense un peu pour me challenger: Est-ce que vous pensez que la matière du droit des affaires est humaine ? Quand on compare au droit de la famille, c'est une matière qui n'est pas très humaine. Vous qui dites que vous aimez le côté humain du métier, comment en droit des affaires, vous allez le retrouver ? Ce n'était pas vraiment une question piège, mais la réponse à cela, ça va être que le droit des entreprises en difficulté, par exemple, c'est une matière extrêmement humaine. On parle en général ce qu'on appelle le triple D, le dépôt de bilan, la dépression et le divorce, parce que souvent, ces difficultés financières qui vont entraîner un dépôt de bilan, vont entraîner des difficultés dans la vie personnelle, vont conduire cette personne à être dans un mauvais mood.

Smaranda Rugina (Avocate)

Et là, quand on arrive à être le partenaire de confiance d'un point de vue juridique, mais finalement à contribuer au bien-être d'un chef d'entreprise, c'est très précieux. Donc, si je devais résumer en quelques mots vraiment le Le pilier, pour moi, de ce métier d'entrepreneuriat, c'est vraiment la satisfaction du client.

Juliette (Chance)

Super. Merci beaucoup pour cette réponse hyper transparente et honnête. On a une Il y a une question de Lena qui demande: quelles sont les idées que vous aviez de ce métier avant ? Et finalement, se révèlent être que du fantasme. Et les fausses idées qui peuvent être données aujourd'hui sur ce métier justement sur le droit des affaires, sur aussi le M&A, où par exemple, dans l'imaginaire collectif, un monde de requins, justement de très peu de place pour l'humain.

Smaranda Rugina (Avocate)

Je dirais que peut-être que moi, j'ai eu une désillusion sans faire de mauvaises presses au domaine du corporate et du M&A, parce que c'est quelque chose qui était vraiment dans l'air du temps. C'est là qu'on se On se rend compte que peut-être, on a plus d'affinités avec certaines matières que d'autres. La désillusion, quand on voit... Je vais donner l'exemple d'une série que j'aime beaucoup et que j'ai dû voir pour la troisième ou quatrième fois, Suite. Typiquement, les grands cabinets anglo-saxons et cette effervescence. C'est vrai qu'on peut la retrouver. Alors moi, je n'ai pas eu de Désillusion, mais je me suis rendu compte que ce n'est pas la manière dont je me voyais exercer, ni les matières qui me plaisent, parce que c'est beaucoup plus de rédactionnel. C'est beaucoup plus de paperasse et moins d'ingénierie juridique, ou du moins peut-être au stade auquel j'ai pratiqué la matière. Parce que c'est des sujets, en général, qui sont traités pour des clients qui sont d'une telle envergure que ces affaires-là, dans ces cabinets, sont tellement hiérarchisés qu'on ne voit parfois qu'un petit bout du dossier sans pouvoir se rendre compte de ce pour quoi on intervient. Je ne dirais pas que c'est une désillusion, mais ce côté-là, moi, m'a permis de me rendre compte que je préférais voir un dossier dans son ensemble, plus global, puisque de faire une recherche très technique sans comprendre à quoi je contribue exactement.

Smaranda Rugina (Avocate)

Si je devrais dire les fausses idées sur le métier, ce serait par exemple, comme tu dis Juliette, c'est un monde de requins. Alors absolument pas. Et fort heureusement. C'est-à-dire qu'il y a des confrères d'une extrême bienveillance. Et quand on exerce à son compte, en général, on va avoir ce réflexe d'aller toquer chez le voisin. Si on bosse dans une structure multidisciplinaire où on est plusieurs, on échange, on se parle, on partage des idées. Il y a cette entraide entre confrères et des réseaux d'affaires et de confrères bienveillants qui vraiment changent cette vision-là qu'on peut avoir du monde de la vocature comme un monde de requins.

Juliette (Chance)

Merci. Justement, c'est marrant, tu as mentionné cette série de Suits qui est quand même assez connue. Est-ce que tu penses que cette série a pu créer des vocations dans le monde du droit des affaires, dans le M&A et qui a peut-être contribué à une image de justement, comment il s'appelle ? Hervé Specter, je crois, le personnage de ce monde un peu de requin, de manque de confiance, les coups par derrière.

Smaranda Rugina (Avocate)

Certainement. Moi, récemment, j'ai eu un stagiaire pendant quelques mois et je lui ai demandé comment est-ce qu'il a finalement choisi de faire du droit et pourquoi. Il me disait qu'initialement, il voulait être trader, qu'il avait fait les prépas maths sup, maths spé, donc il se destinait vraiment à faire du trading. Il me dit: J'ai vu cette série avec ma maman, Sluts, que j'ai regardé à mes heures perdues et ça m'a donné envie de faire du droit. Parce que peut-être que ça vend du rêve en théorie Oui. Après, Arvée Specter, quand on le prend en tant que tel, c'est une source d'inspiration. Pour mille et une raison, c'est un homme brillant, il lâche rien, il a des idées ingénieuses, il est bien, il présente bien. Donc, finalement, tous ces critères-là vont être peut-être des modèles et une source d'inspiration parce qu'on envoie une certaine image à nos clients. Oui, je pense qu'il y a aussi certains aspects positifs à cette série.

Juliette (Chance)

Justement, c'est intéressant ta réponse. Selon toi, quelles sont les qualités et les forces pour exercer en tant qu'indépendant ce métier d'avocat plaidoyer, de manière régulière ? De quoi on a besoin, finalement, pour réussir ?

Smaranda Rugina (Avocate)

En tant qu'avocat à son compte ou plus globalement, en tant qu'avocat tout court ?

Juliette (Chance)

Peut-être à son compte. Je pense que ça intéressera aussi Margot.

Smaranda Rugina (Avocate)

Alors, beaucoup de résilience. Ça, c'est vraiment une qualité première. Parce que c'est un métier qui est usant, que ce soit la gestion de clientèle, parce que malheureusement, on se rend compte que lorsqu'on exerce à son compte, c'est nous qui gérons cette relation clientèle, la facturation. Donc, parfois, on va avoir l'impression Ça va être plus un marchand de tapis qu'un avocat lorsqu'on négocie nos honoraires. Mais en fait, il faut l'expliquer de manière pédagogique. Il faut expliquer au client exactement ce que l'on facture, ce pourquoi il paye, parce que finalement, c'est ce qu'il veut comprendre. Et je parle de résilience de ce point de vue-là, parce que ce n'est pas parce qu'un client nous donne l'impression qu'il ne respecte pas notre travail en négociant qu'il faut tout de suite laisser tomber. En réalité, c'est plus briser la glace, lui expliquer pourquoi notre travail est précieux, comment, grâce à nous, il va potentiellement s'en sortir, malgré les aléas du domaine judiciaire, par exemple, et donc être particulièrement résilient et pédagogue dans la relation clientèle. Je parle de résilience aussi parce que dans le monde judiciaire, il y a un réel aléa Dans ce sens que, alors même que notre stratégie et les arguments qu'on va invoquer tiennent la route, il peut arriver que pour des raisons qu'on ignore, puisque les deux thèses se valent, le juge ne va pas nous donner gain de cause en première instance.

Smaranda Rugina (Avocate)

Et la résilience, ça va être de se dire: OK, j'ai perdu en première instance, comment et sur quels arguments je vais me baser pour gagner en appel ? Et non pas baisser les bras en se disant: Ça vient, on perd le client, on a perdu en première instance, comment on va s'en sortir ? Donc c'est vraiment une résilience au quotidien. Parfois, même face au refus que va nous présenter un greffier quand on se présente au tribunal pour effectuer une diligence: Maître, écoutez, revenez demain, parce que là, on est surchargé. Par exemple, en ce moment, c'est la grève de certains greffiers. Donc, c'est vrai que c'est très difficile d'avoir des interlocuteurs. Donc, il faut faire preuve de patience, il faut faire preuve de compréhension, parce qu'ils font face à certaines difficultés dans le recrutement, dans la gestion de leur temps. Donc, c'est vraiment la pédagogie et la résilience, je dirais. Et la combativité, bien sûr. Finalement, tout est lié.

Juliette (Chance)

Ok, super. Hyper intéressant. Une question de Lena: quelle a été la première idée, on va dire, la genèse de ton envie à devenir avocate ?

Smaranda Rugina (Avocate)

Très bonne question. Je pense que j'ai toujours aimé la prise de parole en public. Je voulais toujours, même dès mon plus jeune âge, convaincre mes amis et mes parents que mon idée était la bonne. C'est cette idée de structurer sa pensée et finalement de la mettre au profit de personnes qui en ont besoin. Et puis après, peut-être aussi des affaires judiciaires d'ordre un peu plus familial qui m'ont donné envie de comprendre ce qu'est le droit et comment manier tous ces outils pour réussir à s'en sortir.

Juliette (Chance)

Ok, hyper intéressant.

Smaranda Rugina (Avocate)

J'aimais beaucoup. Après, j'ai toujours été attirée par les matières comme l'éducation civique, la politique, les institutions juridictionnelles. Donc, c'est quelque chose qui m'a toujours plu.

Juliette (Chance)

Est-ce que, par exemple, aujourd'hui, si on souhaite se reconvertir, c'est-à-dire si on ne vient pas initialement du monde du droit, de manière générale, est-ce qu'il est possible dans une seconde partie de carrière ou à un moment d'arriver dans ce milieu-là ? Et peut-être, quel est le chemin le plus simple ? Peut-être, est-ce que ce n'est pas être un ancien directeur financier ou gérant d'entreprise et hop, on bascule du côté. Quel serait le chemin que vous pourriez utiliser ?

Smaranda Rugina (Avocate)

Alors, tout à fait. C'est vrai que je pense notamment, comme tu dis, dans le domaine de la finance ou encore dans le domaine des RH, il y a de plus en plus de salariés qui vont envisager leur carrière autrement. Ils auront quand même leur réseau de contacts et ça va faciliter peut-être la transition. Il y a quand même pas mal de passerelles. Je pense aussi notamment aux juristes qui peuvent passer l'équivalence pour être avocats après un certain nombre d'années d'exercices. Donc, c'est toujours possible et finalement, c'est très intéressant d'appréhender certaines matières sous l'angle du droit quand on l'appréhende plus sous l'angle humain et des relations humaines.

Juliette (Chance)

Oui, c'est tout de suite plus enrichissant.

Smaranda Rugina (Avocate)

Absolument.

Juliette (Chance)

Super. Merci beaucoup, Smaranda. Est-ce qu'on a le temps pour une dernière question sur ce métier ? N'hésitez pas à poser vos questions sur le chat. En tout cas, c'est passionnant cet échange et de voir comment aussi toi, tu parles de ce métier au quotidien, aussi le sens que tu lui donnes. C'est vrai qu'en tout cas, ça casse les idées reçues qu'on peut également avoir. Dans ce cas-là, s'il n'y a pas d'autres questions, un grand merci à vous toutes et à vous tous d'avoir participé à ce live. Je vois que Margot est en train de taper.

Smaranda Rugina (Avocate)

Je suis tout, oui, Margot. Avec plaisir. Je pensais à une dernière chose, après, c'est très personnel, sur la spécialisation. Moi, pour ma part, j'ai ces deux créneaux d'activité, mais j'ai attendu avant de les choisir. Je suis de ceux, contrairement à d'autres qui sont plus généralistes, qui pensent qu'à un moment donné, comment est-ce qu'on va se distinguer sur le marché dans le domaine de l'avocature ? C'est parce qu'on va venir nous voir, nous, parce qu'on est techniciens de cette matière. Après, c'est vrai que ça ferme d'autres portes, mais je pense que c'est ce qui va aussi faire la différence. Moi, les transporteurs viennent me voir parce que je fais partie de ceux qui connaissent la matière et on est très peu nombreux. Pareil, l'ingénierie juridique en matière de procédures collectives, ça demande de maîtriser la matière. On ne peut pas s'improviser dans la matière. Donc, il y a forcément quelque chose de très technique, ce critère-là, qui va permettre au client de se dire: C'est vers maître untel que l'on va se diriger. Après, à un stade plus précoce de nos études, je pense que ce qu'il faut pour les étudiants qui sont en fin de cursus de droit, c'est vraiment de multiplier les expériences pour éviter les idées reçues.

Smaranda Rugina (Avocate)

On pense, dans un exemple, que le pénal, c'est magique, c'est exceptionnel quand on voit ces procès très médiatiques et finalement, on se rend compte que c'est très usant. Je fais aussi du pénal du transport, donc je sais ce que c'est, le droit de douanier, etc. Mais finalement, on va se rendre compte des matières que l'on aime en les pratiquant. Donc, il faut faire des stages le plus tôt possible. Et avant de s'hyper spécialiser, il faut apprendre à se connaître et apprendre à vraiment découvrir les matières que l'on aime et que l'on se voit exercer au quotidien, parce que finalement, on passe plus de temps au cabinet que chez nous en famille. Malheureusement, ou heureusement pour certains qui sont tellement passionnés que ce n'est pas juste un moyen d'arriver à une fin, mais une fin en soi, le métier.

Juliette (Chance)

Merci beaucoup, Smaanda. C'est vrai que peut-être l'importance de tester les choses avant de peut-être développer une expertise, en fait, développer une expertise dans quelque chose qui nous anime finalement. Et le fait d'avoir testé plein de domaines différents et là, plein de domaines de droits différents, en effet, on peut être plus que confort de développer une expertise sur le sujet qui peut nous animer.

Smaranda Rugina (Avocate)

Tout à fait.

Juliette (Chance)

Merci beaucoup pour ce dernier conseil.

Smaranda Rugina (Avocate)

Avec grand plaisir.

Juliette (Chance)

Et pour tout ce partage, tes réponses aux questions. Un grand merci à vous d'avoir participé à ce live. N'hésitez pas à rejoindre notre communauté d'entraîne parce que c'est live live-là sont organisés dans le cadre de notre communauté. Et je vous souhaite à toutes et à tous une bonne fin de journée et un grand merci pour votre part. Au revoir à tous. Au revoir.

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