Franck Debieu, Boulanger & Entrepreneur

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Charlotte (Chance)

Je pense que nous sommes en live. Super. Bonsoir, bonjour plutôt à toutes et à tous. Bonjour Franck. Merci d'être parmi nous pour nous parler de votre métier en tant que boulanger et entrepreneur. Peut-être rapidement, pour les personnes qui sont présentes ce soir et qui ne connaissent pas Chance, Chance est un bilan de compétences et une communauté d'entraide pour trouver la voie professionnelle faite pour vous ou pour redonner du sens à votre travail. Quand vous faites le parcours Chance, on vous invite à explorer beaucoup de métiers. C'est ce que nous faisons aujourd'hui à travers ces live. On vous remercie beaucoup, Franck, au nom de la communauté d'entraide, d'accepter justement de parler de votre métier. Et à tous les participants, n'hésitez surtout pas à utiliser le tchat et l'onglet Questions. Nous traiterons les questions que vous avez avec Franck dans un second temps. Donc n'hésitez surtout pas. Franck, merci beaucoup d'être parmi nous. Je vais peut-être vous laisser la parole pour que vous puissiez nous raconter votre parcours et ce qui fait aujourd'hui que vous exercez le métier de boulanger. Et qu'est-ce que c'est aussi qu'être boulanger et entrepreneur. Je vous laisse la parole.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Bonjour à tous. Moi, j'ai commencé le métier de boulanger à l'âge de 14 ans et demi, très jeune. J'ai suivi un cursus d'apprentissage en deux ans. Et puis ensuite, je suis parti chez les compagnons de devoir pendant sept ans. J'ai fait mon tour de France. Et par la suite, j'ai passé un brevet professionnel. Donc, un boulanger passe un CAP, un brevet professionnel et il termine par un brevet de maîtrise. Après, il peut terminer pour être le type de meilleur brevet de France. Moi, j'ai commencé à l'âge de 14 ans et demi. J'ai beaucoup voyagé en France et à l'étranger. J'ai au moins fait trois fois le tour du monde. Ce qui est extraordinaire dans le métier de la boulangerie, c'est qu'on travaille avec des matières très simples: de l'eau, de la farine, du levain et du sel. Avec tout ça, on peut se former en homme de métier, parce que la boulangerie française est très reconnue dans le monde entier. C'est un métier qui nous permet de pouvoir être soit boulanger, soit responsable de production, soit chef d'entreprise, soit responsable de qualité, soit chef de rayon dans la grande distribution. Je dirais que c'est un métier qui a énormément de...

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

La chance qu'on a en France, c'est que c'est un métier qui est tellement valorisé que je dirais, on peut faire le tour de monde. Et puis c'est un métier de rencontre. Dans chaque région, il y a des spécificités. Je dirais que dans ce qu'on vit aujourd'hui, où on est en perte de sens et de valeur, là, je dirais qu'avec simplement de la farine et du levain, on va créer un produit magique et un produit de soi. Ça nous permet également de nous rattacher sur la partie du sens, donc sur la partie création. C'est-à-dire que chaque boulanger va donner un des spécificités différentes, va personnaliser cette chose. C'est un métier qui est magique, qui est un peu décrié aujourd'hui, parce que les métiers manuels ne sont pas du tout valorisés, je dirais, dans le monde où on vit aujourd'hui, parce que c'est un métier où il faut des fois travailler beaucoup moins. Moi, je commençais à 10h00 du soir. Quand j'ai commencé un apprentissage. Aujourd'hui, on commence entre 5h00 et 6h00 du matin. C'est un métier qui est beaucoup moins pénible la nuit et puis où on travaille un petit peu les week-ends. Mais c'est surtout, je dirais que c'est un métier qui permet de gagner sa liberté.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Dans un monde où vous pouvez rencontrer plein d'entreprises magiques, des grandes entreprises avec plein d'avantages et vous êtes simplement qu'un numéro. Et le numéro, on le remplace. Alors que le boulanger, quand vous savez faire un produit magique, on ne peut pas vous remplacer. Parce que ce produit, le client s'y habitue et puis quand il le trouve magique, il veut ce produit. Donc, il veut le produit du boulanger de cette personne, de cette spécificité. Donc, c'est vraiment un gage de liberté, d'évasion, de voyage. Moi, je suis parti de rien. Et aujourd'hui, j'ai 80 personnes. J'ai un groupe qui fait 9 millions d'euros de chiffre d'affaires. J'ai créé une école à l'intérieur de mon entreprise. J'ai pu me réaliser à travers mon métier, ce qui est très rare aujourd'hui. Le métier de boulanger, c'est pour ça que je parlais d'entrepreneur, c'est qu'il peut amener... L'autre fois, j'avais une dame qui avait travaillé dans le milieu pharmaceutique, qui est venue en formation à l'école et qui, à 50 ans, a monté sa boulangerie. Elle a fait son rêve. Ça veut dire qu'elle était douée pour faire du pain. Et aujourd'hui, sa boulangerie, je dirais dans le 77, et les gens viennent à 11h00 du matin chercher leur pain.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Elle a créé son concept de vie à travers le pain et elle s'est réalisée. Et pour moi, ce qui est très important aujourd'hui dans le travail, puisque le travail n'existe plus, le travail demain ne correspondra plus aux générations qui vont arriver. Par contre, si dans tous les cas, je me réalise par le travail, je ne travaille pas. C'est comme si je me mets à peindre, c'est comme si je me mets à jardiner, c'est comme si je me mets à cuisiner. Je vis de ma passion, je me réalise de ma passion et je matérialise ma passion. C'est gagnant dans tous les sens.

Charlotte (Chance)

Absolument.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Merci. Voilà ce que je pourrais raconter sur mon introduction.

Charlotte (Chance)

Merci pour vos mots. Ça a l'air magique comme métier quand on vous écoute. J'aime beaucoup parce que vous avez abordé la notion du sens au travail. Aujourd'hui, c'est vrai qu'on en parle beaucoup. Pour Chance, le sens au travail, c'est un alignement avec quatre piliers: le le pilier finalité, qui est vraiment la cause, l'intérêt que l'on a dans le cadre de notre travail, mais aussi, et pas seulement, le pilier métier. C'est vraiment vos missions au quotidien. Le pilier de l'environnement qui va être le type et peut-être la culture d'entreprise et les impératifs personnels qui vont être les horaires, le salaire, l'équilibre peut-être vie vie professionnelle et vie personnelle. Vous en avez un petit peu parlé, mais j'aimerais vous poser cette question qui est justement vous, en tant que boulanger, entrepreneur, quel sens est-ce que vous trouvez aujourd'hui dans votre vie professionnelle ?

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Moi, elle est très simple. Il y a deux fois, il y a deux éléments qui sont clés pour moi, c'est quand je rencontre un client dans la rue qui me dit: Oh là là, la pièce montée, on a passé un moment magique parce que c'était le dessert. Ça, c'est pour moi le produit, la reconnaissance du client. Et la deuxième chose, c'est de voir un de mes collaborateurs se réaliser. Vous le voyez dans les yeux, le comportement change. J'ai des exemples dans la structure. J'ai une jeune femme qui est arrivée de Hong Kong il y a cinq ans, qui était auditeur et gérait 80 comptables à Hong Kong. Elle est arrivée en France, elle avait 46 ans et elle a fait le choix de tout lâcher pour apprendre la pâtisserie et la boulangerie en France. Donc, elle est venue, on l'a formée dans l'école. Elle se croyait boulangère et elle n'était pas boulangère. Elle était plus sur le chocolat et les glaces. Et aujourd'hui, à l'Étoile, c'est elle qui gère les glaces, qui gère tout le secteur chocolat. C'est-à-dire qu'on parle d'expérience de métier, mais quand vous êtes habité parce que vous avez, l'expérience se démultiplie.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

C'est-à-dire qu'on ne fatigue pas à apprendre, tout se fait naturellement. Et aujourd'hui, je ne sais même pas des fois à quelle heure elle arrive et à quelle heure elle part. Elle gère son secteur. Je la vois une fois par semaine, on fait un coup ensemble. Et pour moi, l'entreprise de demain ou l'entreprise que je développe, c'est que chaque collaborateur en a une partie. Simplement, je dois répondre à leurs besoins. Et quand je réponds aux besoins du collaborateur, celui-ci, si vous voulez, se réalise. Et d'autant plus qu'il fait des produits avec le cœur Donc, derrière, il y a une dimension qualité qui est démultipliée. Mais quand j'ai des problèmes avec les collaborateurs, c'est que derrière, les gens ne sont pas à leur place. Ça manque de lisibilité. Des fois, ce n'est pas leur métier, mais ils l'ont fait par défaut parce que soit les parents l'ont défini, soit la société a dit: Non, tu ne peux pas faire ça. Boulanger ? Tu ne vas pas, tu rigoles. Ça n'a pas de sens, ça n'a pas de valeur. Mon enfant ne peut pas faire ça, ce n'est pas possible. Toi ? Il y a tout ce système qu'on a mécanisé dans un monde d'images et on a complètement oublié l'individu.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Mais l'individu, s'il est heureux, il rayonne. Je dirais qu'il soit boulanger ou avocat. Des fois, vous avez des gens qui font des métiers prestigieux et qui sont malheureux, qui sont tristes. Ça crée des burn out, ça crée des problèmes dans leur couple. Je dirais qu'après, c'est la cascade en complément. Après, on ne peut pas prendre toujours en compte toutes les choses, mais on peut prendre en compte certaines choses. Ce qui est important, c'est de définir le besoin du collaborateur. Quel est ton besoin vital ? Mon besoin vital, c'est de faire de l'art martiaux où nous, on travaille le dimanche. C'est que le dimanche, je joue au foot. Très bien. On va regarder le planning. On va essayer que déjà, tu puisses répondre à ton besoin et en même temps à ton métier. Et quand on trouve cet équilibre, on n'a pas de problème dans la structure. Donc, ça demande un accompagnement à la carte. Et nous, nos métiers, comme ce sont des métiers en tension, parce qu'ils ont été qui est tellement dévalorisés. Mais moi, quand quelqu'un... Je dis souvent, par exemple, on a 30 000 boulangers en France et il y en a à peu près, je dirais, 25 000 qui auraient pu être plâtriers, plombiers, parce qu'ils ont fait ça par défaut.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Par contre, je pense qu'il y a peut-être 5 millions de Français qui sont boulangers qui ne savent pas, parce qu'on est d'une énergie. C'est cette énergie qui fait que dans tous les cas, on réalise le produit. On souffre dans le travail quand on n'est pas à sa place, quand on n'est pas dans son énergie, quand on n'est pas dans son environnement. Et des fois, les gens ont répété des choses, des mécanismes, parce que dans tous les cas, on leur a dit: Non, tu dois faire ça. Non, tu dois penser comme ça. Et tout notre système de formation est complètement dans le contrôle. C'est-à-dire qu'on n'est pas du tout dans un mode de transmission à la carte où on dit: Toi, tu penses comme ça, toi, tu réfléchis comme ça. Et si tu apprenais comme ça, est-ce que ce serait plus facile ? Oui, mais c'est ça qu'il me faut. L'idée, c'est dans l'entreprise de de répondre aux besoins et de permettre par ses besoins la réalisation de l'individu. Et quand la personne n'est pas à sa place, de dire: Non, je... Je pense qu'on a des modes d'enseignement qui sont que mentaux, que dans l'intellect. Et le problème du mental et de l'intellect, c'est que le cerveau a toujours besoin d'une réponse.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Toujours. Mais non, dans la vie, il n'y a pas toujours de réponse. Tu vas faire du pain, aujourd'hui, le vin, il va être un peu plus mûr, le pain va avoir un peu plus d'acidité. Mais parce que tu vis des des choses compliquées en ce moment. Donc moi, des fois, il y a des gens qui me disent: Le pain complet, il est acide et tout. Je dis: Oui, je m'excuse. Le boulanger, en ce moment, il passe une période compliquée. Vous mangez un de ces produits ? Je veux le voir. Je vous le présente Et puis derrière, quand ils ont vu la personne, le pain, il est magique. Pourtant, c'est parce qu'on perçoit et on définit trop les choses par notre mental. Il faut laisser la notion de cœur, la notion: Tout n'est pas parfait, mais c'est la vie. On veut une vie parfaite, on veut que tout soit paramétré, mais ça ne marche pas comme ça. Il faut que les entreprises... Ce que je vous dis, c'est que ce n'est pas facile tous les jours pour nous de fonctionner comme ça, parce que des fois, le bateau, il tangue. Vous avez trop de gens. Mais quand on est capable d'échanger avec les collaborateurs et de créer ça, ça fonctionne, ça marche. Il n'y a pas de problème.

Charlotte (Chance)

Absolument. Et merci pour vos mots. On a envie venir travailler avec vous. On peut faire du pain complet. Et peut-être, Franck, on a sans doute des personnes qui nous écoutent aujourd'hui et qui s'intéressent peut-être à ce métier de boulanger. Vous disiez justement qu'aujourd'hui, vous avez fondé votre propre école. Et Nathalie vous posait justement une question pour savoir où était votre école et est-ce qu'on y apprend à faire du pain au levain ? C'était sa question. Et peut-être, est-ce que vous pouvez nous donner comment est-ce qu'on rentre dans votre école ? Si on souhaite aujourd'hui devenir boulanger, quel est le programme ? Nous parler peut-être un petit peu de votre école pour toutes les personnes qui nous écoutent ce soir.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Là, on l'a ouvert au mois de septembre. On forme des gens à un CAP boulanger, soit en deux ans pour des jeunes qui n'ont pas le bac, soit en un an pour des jeunes qui ont le bac. Donc, le procédé, c'est qu'on suit le référentiel à 40%, ça veut dire que ça, il faut suivre le carré pour que le jeune ait le diplôme, mais on réintègre à peu près 60%. Alors, on partait du levain. Le levain, aujourd'hui, c'est essentiel, c'est-à-dire que vous ne pouvez pas faire de pain si vous ne travaillez pas sur des longues fermentations. Parce que le levain, c'est l'image, c'est votre miroir. C'est vous allez le rafraîchir tous les jours, des fois deux ou trois fois par jour. Et c'est votre miroir et c'est lui qui va permettre de donner le goût, qui va permettre au produit de se conserver et qui va permettre aussi de pouvoir... Beaucoup de gens ont des problèmes d'intolérance au gluten aujourd'hui. Et le fait de mettre du levain, on a tendance à décomposer les chaînes de gluten et à rendre beaucoup plus assimilable le pain. Et si vous ne travaillez pas avec le levain, c'est un peu le levain, c'est le lien social.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Et le pain à la levure, parce que vous avez une autre approche sur la levure, c'est le côté individualiste. Parce que tous les matins, j'arrive, je prends mon paquet de levure. Et si je ne veux pas faire de pain une journée, ce n'est pas grave. Alors que le levain, il vous et on s'oblige un petit peu à l'entretenir régulièrement. Donc, c'est ce lien qui va permettre à la personne de se construire, je dirais, à travers sa formation. Donc, c'est essentiel. Donc, c'est une formation en un an ou en deux ans. Et on forme la personne, je dirais, à faire du pain. Alors, on lui fait voir ce qu'il ne faut pas faire. Et puis, on lui fait voir ce qui caractérise le pain. Ça veut dire ce qui va lui donner du goût, ce qui va lui donner la conservation, la finesse de la croûte. Et puis après, on travaille aussi sur la région d'où vient la personne, parce que chaque région a un petit peu ses particularités. Il y a toutes ces petites subtilités qui font que derrière, on va construire la personne. Le CAP, ce n'est pas la finalité, mais c'est simplement pour permettre...

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

On est dans une société où le diplôme est quand même important. Mais le CAP va simplement finaliser la formation. Mais l'idée, c'est que pendant ce cursus de formation, et comme le CFA est à côté du fournil, ça veut dire qu'on a le centre de formation et le lieu de production avec les magasins, ça permet de voir quand le jeune a un petit peu des soucis sur telle et telle chose, quand il revient dans la semaine de formation, on va travailler soit... On appelle ça la green, c'est-à-dire la signature du boulanger. Soit on va travailler le façonnage, soit on va travailler sur son toucher, soit on va travailler sur son odorat, sur: Qu'est-ce que tu sens en arôme ? Je n'ai pas de goût. Alors, comment on va développer ton goût ? On va le faire travailler sur tous ces points-là et on sera beaucoup plus vigilant que s'il était dans un centre de formation complètement externe, parce que derrière, il y a un problème de lien aujourd'hui. Et puis, la deuxième chose qui est hyper importante, c'est que ça permet aussi à mes collaborateurs, le collaborateur, le salarié qui est dans l'entreprise, il n'est pas simplement là pour faire.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Une tâche, c'est que toi, tu sais faire les croissants. Toi, tu es le meilleur des croissants. Donc, c'est toi qui vas aller faire voir comment on fait les croissants aux jeunes apprentis dans l'école. Il me dit: Moi, je ne sais pas enseigner. Je dis: Ce n'est pas grave, tu vas le faire avec ton cœur. Et derrière, j'ai quelqu'un en responsable pédagogique qui va... Bien sûr, parce que nous, on est dans des métiers où on ne parle pas. On parle avec les mains, on parle avec le toucher, on parle avec les sens, mais on ne parle pas. Donc, on va mettre des mots qui vont permettre aux jeunes de pouvoir intégrer, je dirais, la formation. C'est de revenir à des choses très simples. C'est d'aller chercher les compétences où elles sont, de ne pas demander à quelqu'un qui ne sait pas de faire, de ne pas mettre les gens en danger. C'est à chaque fois de... Et puis on dit quand ce n'est pas grave. Ce n'est pas grave que tu ne saches pas. C'est normal. Moi, je suis faire le grand sens, mais je ne sais pas transmettre. On va t'aider. Et ça permet de créer une très bonne interaction entre l'entreprise et la formation.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

C'est-à-dire que la personne deviendra valorisée dans la démarche.

Charlotte (Chance)

Super. Merci beaucoup pour votre réponse. Et on a Nathalie qui vous demande si votre école est aussi ouverte aux personnes en reconversion et donc qui ne sortent pas tout juste du bac, mais donc des personnes qui ont déjà eu des expériences professionnelles, etc. Est-ce que vous êtes ouvert, justement, à... ?

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

On est ouvert, c'est-à-dire que là... Moi, je préconise de le faire sur un an. Je sais qu'il y a des écoles qui le font sur quatre mois intensifs. Moi, j'ai besoin de laisser le temps aux choses de se faire parce que quand on est sur un projet en reconversion, on est encore sur autre chose. C'est-à-dire qu'on a eu un parcours de vie et puis, à un moment donné, on se dit: Il me manque quelque chose. Donc, dans l'information, la personne va suivre le cursus, mais on va aller chercher un peu plus loin. Ça veut dire que là, on va rentrer sur: Quels sont tes besoins exactement ? Tu veux monter une boulangerie dans l'Himalaya, je dirais, en fin fond de la campagne de la Normandie, en Savoie, Tu veux mélanger à ton ancien métier. Là, on rentre sur une formation à un an où la personne sera quand même avec les autres apprentis, mais on ira toucher un petit peu plus le projet de la personne derrière, parce que là, il y aura un projet qui sera à faire naître. Alors que là, sur les apprentis qu'on a, sont tout simplement des jeunes qui ont entre 16 et 20 ans, 25 ans, qui ne sont pas en reconversion.

Charlotte (Chance)

D'accord. Et Vous avez déjà eu des personnes en reconversion ?

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

On avait, avant, je dirais, juste avant le confinement, on avait fait un module de quatre mois sans diplôme au bout, où on avait eu six personnes, où on avait fait une formation, je dirais, en reconversion. Mais aujourd'hui, les gens en reconversion, je souhaite les intégrer avec les apprentis, surtout pour bien les faire retoucher les problématiques au quotidien d'un boulanger. Parce que la reconversion, ça englobe son histoire avec l'histoire d'un métier. Donc, il faut arriver à trouver le juste équilibre pour que la personne puisse épanouir derrière.

Charlotte (Chance)

Et du coup, ça m'intrigue. Vous parlez des problématiques, justement, au quotidien d'un boulanger. Est-ce que vous pourriez nous donner peut-être un petit aperçu d'une journée type d'un boulanger aujourd'hui ?

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Là, on va parler, par exemple, de quelqu'un qui veut faire une reconversion. Un boulanger, c'est un producteur et commerçant. C'est deux métiers. C'est-à-dire qu'auparavant, un boulanger, il travaillait la nuit. Je vais parler de 40 ou 50 ans en arrière. À 6h00 du matin, il avait fini sa journée et Madame ouvrait la boutique. Lui, il allait se coucher, Madame ouvrait la boutique et donc, elle s'occupait du côté commerce. Et lui avait fait sa partie production. Là, aujourd'hui, après la libération du prêt du pain en 1978, le degré de la baguette de tradition française à 93, Tout a littéralement explosé, c'est-à-dire qu'on a vu des plans d'ingrédients arriver et tout ça. Donc, il faut que la personne, elle ait une notion d'homme de produit, une notion commerçant. Il faut que ça soit un manager également. Il faut qu'il ait aussi des notions de gestion pour pouvoir gérer sa boutique et de rentabilité. C'est un métier où il faut rester beaucoup debout aussi. Il faut quand même bien prendre ça en notion. Ça veut dire qu'on a une boulangère Une boulangerie classique, elle va ouvrir de 7h00 à 20h00. Mais aujourd'hui, le monde est en train de changer.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

J'ai une dame, l'autre fois, là, que je vous ai parlé, elle ouvre sa boulangerie de 11h00 à 19h00. Pourquoi ? Parce que c'est une boulangerie qui est en dehors de Paris et que le matin, les gens, ils partent travailler à Paris, donc elle n'a pas besoin d'être ouverte. Donc, elle a créé son monde autour de son projet de vie. C'est pour ça qu'aujourd'hui, tous les trucs code sont en train de changer. C'est-à-dire qu'avant, le boulanger travaillait que la nuit. Aujourd'hui, on peut travailler le jour parce qu'on a des chambres de fermentation pour permettre de garder la pâte, je dirais, à une même température fermentée. Il y a plein de choses qui peuvent rester debout longtemps, qui peuvent être compliquées. C'est un métier assez physique. Donc après, il faut réfléchir aussi à pouvoir rationaliser les gammes pas trop larges pour permettre à la personne de pouvoir ne pas se perdre. C'est un métier qui est hyper magique parce que qui est complètement dans l'air du temps. Il est complètement adapté à des gens qui veulent créer un projet de vie. C'est ce qui change. Il ne faut pas forcément prendre l'image de la boulangerie qu'on a classique aujourd'hui.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Le métier de la boulangerie est en train de complètement... Il y a des gens qui vont ouvrir une boulangerie avec un salon de lecture.

Charlotte (Chance)

Absolument. Et merci pour cette réponse. Et moi, j'avais peut-être aussi une question plutôt liée aux compétences. Vous avez parlé rapidement des compétences, mais aujourd'hui, quelles sont les compétences à avoir, justement, pour faire ce métier ?

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Les compétences, c'est qu'il faut être polyvalent. Il faut accepter de pouvoir dire: Là, je vais m'écuir mes maquettes. Il y a une cliente qui rentre, je vais vendre mon pain. Là, je vais travailler sur ma compta. Ça, c'est des petites structures. C'est un métier où on demande beaucoup de polyvalence. Il faut vraiment intégrer ça. Ou à moins, simplement, je veux être que boulanger, je fais ma pâte, mais je m'occupe pas de la vente. C'est-à dire que je vais pétrir ma pâte, je vais la façonner, je vais la cuire. Mais on est aujourd'hui, pour moi, des gens qui veulent le faire en reconversion ou qui veulent donner de la dimension métier, c'est qu'on est dans un monde de communication, on est dans un monde d'images. Donc, il faut absolument que la personne puisse vendre son pain. Parce que les gens, ils ont besoin de ça. C'est très rassurant pour le consommateur de voir quand vous allez chez le boucher, quand vous allez chez le charcutier, quand vous voyez le producteur, vous coupez la viande, vous la préparez ou le boulanger vous vend le pain. C'est ce côté communication. Je dis souvent, si vous voulez, on parle de marketing et de communication.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Boulangerie, il est très simple. Vous allez chercher votre baguette à 16h30 à la sortie de l'école avec vos enfants et tout ça. Si le pain, il est chaud, vous vous souvenez du boulanger. Si à 20h00, quand vous mangez, il a du goût, vous vous souvenez de votre boulanger. Et puis, si le lendemain matin, le pain, il s'est bien Vous le conservez, vous vous souvenez de votre boulanger. Aujourd'hui, savoir communiquer de son métier, c'est au contact du consommateur. C'est de pouvoir partager avec lui ce que vous avez fait, la dimension que vous avez mis derrière et tout ça. C'est vraiment un métier de communication, alors qu'avant, c'était un métier de l'ombre. Fabriquer, on ne voyait pas le boulanger. Mais c'est un métier qui s'est complètement transformé de la partie production à la partie commercial. Je ne sais pas si j'ai répondu en termes de comportement.

Charlotte (Chance)

Non, c'est très clair et je trouve ça beau aussi de voir ce métier évoluer. Merci beaucoup Franck pour votre réponse très complète. Et peut-être Si vous deviez donner un conseil à des personnes, justement, qui souhaitent se lancer dans ce métier, qu'est-ce que vous leur diriez ?

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

C'est un métier qui peut être dur à des moments donnés. On peut être confronté à des choses compliquées, surtout avec le monde où on vit aujourd'hui. Mais si on est gourmand, si on aime les gens, si on aime partager, Si on veut se donner de la dimension importante de matériaux simples, c'est un métier qui est plein d'avenir. Par contre, si on ne veut pas se casser la tête, c'est un métier où il faut le faire parce qu'on aime les gens. Il faut aimer les gens, il faut aimer partager, il faut aimer le produit. C'est des métiers qui sont très engagés, très durs, mais si on n'a pas envie d'aller sur ça, il ne faut pas y aller.

Charlotte (Chance)

Je trouve ça assez clair et merci pour vos mots. Et peut-être aussi, je vois qu'il nous reste une dernière minute. Si je dois partager le lien de votre école, peut-être si des personnes qui nous écoutent ce soir sont intéressées.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

C'est l'Étoile du Berger Formation. C'est l'Étoile du Berger. On a six magasins qui sont sur Sceaux: Meudon, Anthony, Châtenay-Malabry, Meudon, et On en a Paris 6ème et Paris 14ème. Et à Palaiseau, on a tout notre lieu de production. On a notre moulin intégré parce qu'on fait nos farines et on a le centre de formation. Donc c'est l'Étoile du Berger, formation à Palaiseau.

Charlotte (Chance)

Super. Je viens de trouver votre site directement avec l'onglet Formation que je partage dans le chat pour toutes les personnes qui nous écoutent ce soir et qui seraient intéressés pour rejoindre votre formation et peut-être vous écrire si les personnes ont des questions. Merci beaucoup Franck pour votre temps. C'était très intéressant. Merci pour cette belle description de ce métier, de votre métier. Ces live, du coup, sont une belle illustration d'actes d'entraide, de solidarité. Si vous aussi, les personnes qui nous écoutent ce soir, vous souhaitez apporter votre aide à celles et ceux qui en ont besoin, comme Franck et toutes les personnes qui animent des live métiers cette semaine, vous pouvez aussi rejoindre la communauté d'entraide de Chance, et vous porter volontaire pour devenir membre et partager vous aussi, votre expérience aux autres. En tout cas, merci encore Franck pour votre temps et pour ce live passionnant. On serait bien resté plus longtemps, mais merci beaucoup. Merci beaucoup et merci à toutes et tous de nous avoir suivis. Merci beaucoup Nathalie pour vos questions dans le tchat et merci Janice également pour. Merci beaucoup Franck, je vous souhaite une très bonne soirée. À bientôt. Et merci encore pour votre temps.

Franck Debieu (Boulanger & Entrepreneur)

Merci beaucoup.

Charlotte (Chance)

Merci tout le monde, à bientôt, au revoir. Au revoir.

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