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Interviewer (Chance)
Bonjour. Bonjour à toutes et à tous.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Bonjour à tous.
Interviewer (Chance)
Nous sommes sincèrement désolés pour ces quelques minutes de retard. On a eu quelques petits problèmes techniques qui sont résolus maintenant et nous allons pouvoir commencer ce live avec Delphine. Merci beaucoup de prendre un peu de temps pour nous présenter ton métier de directrice éditoriale. On fait ce live et on présente ce métier dans le cadre de la semaine en coulisses organisée par chance, où on a une cinquantaine d'intervenants qui nous présentent leur métier. Et donc, n'hésitez pas à poser toutes vos questions à Delphine pendant la demi-heure que nous avons ensemble. Et moi, je vais peut Je vais juste te poser la première question Delphine, c'est: est-ce que tu peux nous parler justement un peu de ton parcours et comment tu es arrivée directrice éditoriale ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Oui, je n'étais pas tout à fait destinée à ce métier. Si je reviens à mes premières envies, à l'école primaire, je voulais être coiffeuse et au collège, je voulais être médecin sans frontières. Après, au lycée, je voulais être architecte, j'ai fait un bac S. J'ai fait un test qui disait que je ne ferais jamais de commerce. En fait, j'ai fait une école de commerces. Voilà, ça, c'était les débuts. Je voulais ensuite beaucoup travailler dans la com et le marketing. Ça a été le fil conducteur pendant de longues années, enfin, 15 ans, vraiment. Et puis, un jour, en 2020, exactement, la bifurcation sur le métier éditorial pur est arrivée.
Interviewer (Chance)
D'accord. Et comment est-ce que tu as fait, finalement ? Qu'est-ce qui t'as poussé à te bifurquer et à prendre ce virage vers ce monde éditorial ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Le choix et la bifurcation, c'était arrivé fin 2009. En fait, ça faisait 10 ans que j'étais dans le même groupe. Et à ce moment-là, j'étais complètement désalignée avec, assez classique, la nouvelle direction qui arrive, nouveau mode d'organisation. J'étais dans une petite filiale PME très autonome et tout allait être réintégré. Donc, à ce moment-là, je sais que ça ne va plus, qu'il faut que je change. Je refais mon CV et je regarde toutes les annonces de directrice marketing, puisque c'est ce que je sais faire et c'est ce que je pense pouvoir continuer à faire. Je me rends compte qu'à chaque fois que je lis les annonces, ça ne me donne pas envie. Je n'ai plus envie où je me dis: Je vais apprendre toutes les techniques de marketing digital, ce n'est plus ça qui fait que ça m'attire. J'ai une vraie chance à ce moment-là, c'est qu'on me contacte pour ce poste-là de directrice éditoriale, alors que ce n'est pas du tout ma formation de départ. Et j'ai un atout pour ça, c'est que je connais le secteur, parce que j'ai été directrice marketing dans le secteur de l'édition, mais ce sont quand même des métiers différents.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Et je me dis pourquoi pas ? Si on peut me faire confiance et puis ça m'intéresse. Et donc j'y vais. Je me dis que c'est possible et c'est génial.
Interviewer (Chance)
D'accord. Donc, tu étais déjà dans le secteur et finalement, c'est un changement de métier tout en restant dans le même secteur ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Oui, tout à fait. Très exactement, j'ai commencé à travailler... C'est des opportunités ou des hasards qui comptent. Parce que j'ai commencé par travailler dans... Mon vrai premier CDI, c'était dans l'assurance. Pareil, je n'avais pas vraiment choisi ce secteur, mais il y avait l'intérêt du métier du marketing. Et un jour, j'ai pu changer de secteur en continuant le marketing dans l'édition juridique. Alors pareil, le droit, c'était le cours que j'ai le plus détesté en école de commerce. Je m'étais dit que je n'en ferais jamais. Mais c'était sympa d'arriver dans le monde de l'édition. Donc, je m'étais dit que c'était un secteur qui était chouette. Et de fil en aiguille, effectivement, de travailler dans le monde de l'édition. Mais au début, j'ai commencé à travailler sur les bases de données numériques et les produits d'abonnement pour les experts comptables, les avocats. J'étais très loin du cœur de métier pur de l'éditeur.
Interviewer (Chance)
Merci. On a une première question de Chloé. Quelles sont tes principales missions en tant que directrice éditoriale ? À quoi ressemblent tes journées ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Il n'y a pas vraiment de journée type. C'est assez fluctuant. C'est beaucoup de rencontres, beaucoup d'échanges, bien sûr, avec des auteurs, mais comme le métier d'éditrice pure n'est pas mon métier de base, parce que j'encadre une équipe, il y a aussi beaucoup d'échanges avec les éditeurs, les projets en cours. Il y a à la fois des sujets de contrats, des sujets sur le livre, de structure, de format du livre, des sujets de planning, beaucoup, puisque ce qu'on n'imagine pas forcément quand on voit le livre ou surtout le domaine des prix littéraires, etc, c'est qu'en fait, c'est une industrie assez lourde. Il y a énormément de livres qui sortent, il y a énormément de planning à respecter pour que tous les intermédiaires de la chaîne du livre aient de la information en temps et en heure. Donc, cet aspect-là est assez important. Et bien sûr, il y a aussi tous les aspects de communication, de promotion du livre aussi, qui sont là.
Interviewer (Chance)
D'accord. Et est-ce que du coup, il y a eu peut-être des moments de doute quand on est venu ? Déjà, quand on est venu te chercher pour te proposer ce poste-là, c'était une personne que tu connaissais de ton entourage ou non, c'était de la chasse, peut-être ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Oui, c'était un cabinet de recrutement qui est venu me chercher. C'était une entreprise que je connaissais. Il y avait un petit lien assez faible, mais dans mon entreprise précédente, qui était un organisme de formation au sein d'un groupe d'édition, il y avait une petite collection développée avec Dunot, qui s'appelait Les cinq clés pour devenir manager, plein d'autres sujets. Ça m'a tout de suite interpellée. Je me suis dit: Je n'y connais rien. Je connais sans même cette collection. Il y a eu cette chance-là et la chance de recroiser ou de pouvoir être conseillée par d'autres personnes, d'autres collègues d'avant sur le métier et de pouvoir me préparer. Il y a quand même une hésitation, c'est qu'au moment où je m'étais mis activement en recherche d'un autre boulot, j'avais une autre piste à l'époque qui était à la Croix-Rouge, plutôt sur un métier de marketing. Et en fait, j'ai vraiment hésité parce que j'étais en recherche de sens aussi. Et il y avait quelque chose d'un peu évident parce que la Croix-Rouge, l'aspect, l'impact sur la société, sur l'aide qu'on peut apporter aux personnes était évidemment là. Dans tous les cas, il y avait une baisse de salaire, mais du coup, ce n'était pas le premier aspect.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Et en fait, j'avais envie d'écouter cette petite voix, de dire: Le livre, j'adore. C'était l'envie qui a finalement primé, mais je me suis posée la question, vraiment.
Interviewer (Chance)
C'est intéressant parce que pour nous, chez Chance, comment on définit le sens au travail ? C'est justement la combinaison de quatre piliers qui sont le métier, l'environnement, la finalité qu'on peut avoir et nos impératifs. C'est marrant quand tu parlais de sens, là, tu avais deux pistes complètement différentes, des secteurs, donc des finalités différentes, des métiers différents, mais quand même, les deux faisaient sens pour toi.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Oui, c'est ce qu'on fait.
Interviewer (Chance)
Chloé nous pose la question de: qu'est-ce que tu préfères dans ce poste ? Et d'après toi, quelles sont les qualités qu'il faut avoir pour exercer ce poste ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
C'est un vrai poste de chef d'orchestre, à mon niveau, mais au niveau de tous les éditeurs de l'équipe. C'est-à-dire que quand on prend en main un projet et qu'on accompagne un auteur, il y a la genèse, il y a le début de l'histoire. On commence des projets, parfois, le livre n'est pas du tout écrit. Il y a une idée, une envie, une structure. Il y a vraiment ce rôle d'accompagnement et de conseil de l'auteur sur la structuration du livre, le format. Après, il y a un accompagnement beaucoup plus fin qui, là, demande des compétences vraiment éditoriales de relecture de textes, orthotypos, syntaxes, connaissance de la technique du livre. Ce rôle de chef d'orchestre, il continue bien après, puisque l'éditeur est le premier ambassadeur du livre en interne dans une maison d'édition pour donner envie, pour que les autres collègues s'en emparent les réseaux de services. Il y a cette difficulté du métier et de tous les instants, tous les jours, c'est qu'il y a beaucoup de livres. Il y a beaucoup de livres dans toutes les maisons d'édition, dans toutes les librairies, dans tous les secteurs. C'est à la fois une richesse, une chance et la production en France est vraiment forte.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
C'est aussi une grande difficulté parce qu'il faut exister dans ce paysage-là et trouver le bon marché, le bon créneau. Il faut avoir envie, il faut connaître, il faut se battre pour ces projets. Il y a cette qualité d'engagement et de vouloir défendre les sujets et les auteurs.
Interviewer (Chance)
Super, hyper intéressant. Est-ce qu'il y a des choses que tu aimes peut-être le moins dans dans ton métier ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
J'aime vraiment beaucoup de choses. Je dirais qu'il y a peut-être une frustration qui est: les journées ne font que 24 heures, un peu moins, parce qu'on dort quand même. Une fois qu'on est dans la brèche d'un livre et d'un sujet, on aimerait d'une part peaufiner le texte, parfois un passage, une réécriture, mais on n'a pas toujours le temps d'aller au bout des choses autant qu'on le voudrait. On aimerait aussi passer plus de temps sur la promo et tous ces aspects, mais on est assez vite ramené à des contraintes business qui sont que... Il y a d'autres livres à défendre et il faut équilibrer et gérer ce temps pour chacun au mieux. C'est la plus grande frustration pour ma part.
Interviewer (Chance)
Ok. Chloé nous pose la question de: est-ce que tu travailles un peu à distance ? Est-ce qu'il y a du télétravail ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Oui. Merci le COVID, comme beaucoup de boîtes. Ça a vraiment été un grand déclencheur chez nous. Et le rythme qui a été assez vite mis en place après, on est à peu près tous à deux jours de télétravail par semaine, ce qui est un bon rythme. En tout cas, pour moi, c'est tout à fait bien. J'ai trois enfants aussi et ça permet vraiment de concilier l'aspect pro-perso. Et après, il y a aussi une certaine autonomie et indépendance dans le métier qui font qu'avec les outils numériques et être au bureau ou à la maison, tout est possible.
Interviewer (Chance)
C'est une question qui me titille. C'est quand tu parlais justement de quand il faut se battre pour son projet et pour défendre aussi l'auteur et en même temps, il faut se battre un peu pour tous, les défendre un peu tous. Comment tu arrives à peut-être prioriser ou te dire: OK, en fait, Cet auté, ce livre-là, ce projet, il en vaut vraiment la peine. Et celui-là: Non, peut-être qu'il y a déjà trop d'offres sur le marché, parce que tu me disais qu'il y avait beaucoup de livres. Comment vous arrivez à structurer votre activité et à vous dire: Tiens, ce projet-là, je le pousse et ce projet-là, en Non, malheureusement, je ne peux pas le pousser.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Bonne question. C'est un milieu assez processé. On a déjà un moment très important qui est le comité éditorial, qui est le lieu où les éditeurs présentent les projets. C'est qu'on décide vraiment d'éditer le livre ou pas. En général, les projets sont très bien préparés en amont et on présente des choses assez solides, mais c'est à ce moment-là qu'on va se donner aussi le niveau d'enjeu sur un livre. Par exemple, une première idée sur le tirage qui sera fait. C'est déjà assez structurant et on échange bien sûr avec l'auteur à ce moment-là. On explique aussi les chiffres du marché et ce qu'on peut espérer d'un livre professionnel en l'occurrence, qui ne sont pas du tout les mêmes tirages qu'un roman, une littérature. On ne touche pas les mêmes personnes. Ensuite, il y a d'autres moments dans le process et la vie du livre. Il y a des réunions commerciales avec les diffuseurs. C'est des intermédiaires qui sont entre les éditeurs et les libraires qui vont, sur le terrain, aller défendre les livres et faire des tournées en région, en librairie, pour proposer le programme des éditeurs et négocier avec les libraires le nombre d'exemplaires qui vont prendre sur leur table et dans leurs étagères.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
À ce moment-là, c'est un deuxième point de contact important où nous, on a éditeur une envie, un objectif sur le livre et le diffuseur nous dit aussi ce qu'il en pense et ce qu'il sera capable de faire. Il y a un autre ajustement à ce moment-là. Et puis après, il y a la confrontation réelle au marché. Maintenant, réimprimer un livre, ça peut être assez rapide, surtout un livre simple en noir et blanc. Donc, on peut faire un tirage raisonnable au départ et aussi à rencontre avec le public et que tout se passe bien, on peut assez vite faire un retirage et viser plus haut.
Interviewer (Chance)
Ok, super. Merci beaucoup pour l'explication de toutes ces différentes étapes. Est-ce qu'il y a eu des rencontres marquantes ? Parce que tu nous as un peu expliqué que dans ta précédente expérience, il y avait des éditions. Est-ce qu'il y a vraiment comme des personnes qui t'ont marquée, mais même tout au long du parcours, finalement, parce que tu as quand même fait plusieurs secteurs, l'assurance, le monde juridique.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Il y en a eu plein. Oui, il y en a eu vraiment plein. Je pense que dans le monde strictement professionnel, la première personne qui a compté pour moi, c'est mon tuteur d'apprentissage. J'étais en alternance sur mes deux années d'école les dernières. C'est vraiment quelqu'un qui s'est intéressé à mon parcours d'étudiante et d'apprentie et qui m'a challengé sur ce que je pouvais faire de plus, de mieux. C'était déjà une chance à ce moment-là. Après, j'ai eu des rôles modèles assez forts dans mes premières managers. J'ai eu, je pense, deux ou trois femmes actives qui m'ont montré aussi que concilier vie de famille et vie pro, c'était possible, qu'on peut avoir de l'ambition qui m'ont confié des responsabilités aussi, même si je débutais et j'étais junior. Donc, c'est assez chouette. J'ai une personne clé qui a bien voulu m'attendre alors que j'étais enceinte de mon troisième enfant, que j'allais être en arrêt six mois. J'avais très envie de travailler dans cette entreprise, de changer au sein du groupe. Elle a bien voulu m'attendre. Je pense que ce n'était pas toujours possible et c'était chouette d'avoir cette confiance-là. J'ai une coach aussi qui m'a beaucoup aidée sur le management et la gestion du temps.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Quand j'ai pris mon premier poste de manager, on n'est plus le seul maître de son emploi du temps, de ce qu'on fait. Il faut savoir déléguer, accepter que les choses ne sont pas exactement faites comme on aimerait les faire. J'avais vraiment besoin d'aide à ce moment-là. C'était chouette de pouvoir avoir ces apports. Les cabinets de recrutement, forcément, c'est des rencontres clés, importantes. Dans les aspects plus personnels, la famille aussi, très important. Mes parents n'ont pas du tout fait ce genre de métier. C'était électricien et infirmière, donc c'était aussi la possibilité d'explorer autre chose. Et un mari qui est très présent, qui permet d'avoir un métier prenant aussi à côté. Ça fait partie de tous les équilibres un peu C'est important, je pense.
Interviewer (Chance)
Super. Merci beaucoup, Delphine, pour cette transparence. On a des questions de Raphaël, de savoir est-ce qu'il est possible, selon toi, de rejoindre ce milieu de l'édition quand on n'a pas un peu de réseau ou de background ? Parce que ça rejoint un peu la deuxième question qui est l'importance du réseau dans ce milieu, finalement.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Dans le monde de l'édition, il y a plein de métiers différents. Là, on parle du métier d'éditeur et effectivement, pour commencer en tant qu'éditeur, c'est mieux d'avoir une formation et un master d'édition, c'est la voie royale, mais on peut basculer sur ce métier à d'autres moments et on peut surtout exercer d'autres métiers dans le domaine du livre. J'ai parlé forcément des métiers de la promo, de la communication qui sont importants. Il y a des métiers de fabricant aussi. Il y a tous les métiers de l'entreprise dans une maison d'édition, mais aussi des métiers de gestion. Je crois que je l'ai montré. On peut commencer dans un secteur ou sur un métier à un moment donné et avoir des rencontres aussi qui font qu'on a envie d'apprendre autre chose. Je me souviens d'un dirigeant d'entreprise qui m'avait vu juste une fois en entretien à ma prise de fonction, avec qui j'ai très peu échangé ensuite, mais qui m'avait dit: Le poste que tu vas prendre sera ce que tu en feras. C'est une toute petite phrase, mais je trouve que quand on donne aussi le meilleur dans un poste et qu'on s'intéresse aux autres et aux autres collègues, pas forcément dans la relation immédiate de travail, mais c'est souvent là qu'il y a des opportunités qui se font aussi.
Interviewer (Chance)
Ok. Merci beaucoup pour ces réponses. On a une question de Chloé. Tu mentionnes que c'est un métier où il faut être assez autonome, indépendant. Quelles sont les missions que tu réalises finalement seule et celles que tu réalises en équipe ? Si tu peux donner un pourcentage.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Oui, pas facile cette question. Ce à quoi je pense en seule, ça va être toute la veille, en fait. Veille, recherche, prospection, puisque dans l'édition et dans ces métiers-là, on est aussi à la recherche d'experts. C'est un lire, s'intéresser, voir en intervenant sur un sujet, se dire qu'il n'a peut-être pas fait de livre ou que ça mérite un livre. Ça, c'est un temps qu'il faut prendre seul. Un autre temps à prendre seul, c'est aussi des relectures de manuscrits, de livres. Il y a besoin de concentration, d'agir seul. Sur un poste d'éditeur plus classique, ces missions peuvent vraiment prendre 50% du temps ou plus, mais en fait, c'est aussi un métier énormément de relations puisqu'il y a tous les échanges avec l'auteur, tous les échanges avec avec l'équipe, avec les collègues des autres services. Pour ma part et sur mon poste en particulier, je pense que je suis 80, 80% du temps en collaboration avec d'autres personnes.
Interviewer (Chance)
C'est peut-être aussi dû au fait que tu as du management. Oui, voilà.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Ça, c'est inhérent, effectivement, au poste de management. Mais sur un poste d'éditeur plus classique, il y a effectivement beaucoup de choses qui sont en autonomie.
Interviewer (Chance)
Ok, merci. Est-ce que Delphine nous pose la question ? C'est vrai qu'on entend souvent le monde de l'édition, il y a un monde fermé. Et tu expliques qu'ils sont venus te chercher. Finalement, ils avaient un peu identifié ton profil. Selon toi, quelles sont les qualités qu'ils sont venus chercher chez toi, chez tes expériences précédentes ? Tu nous as déjà partagé le côté autonomie, gestion de projet. Il y a d'autres choses ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Oui, sur mon cas particulier, je pense qu'il y avait trois choses. Il y avait la connaissance du secteur, même en ayant un autre métier. Il y avait l'expérience de management qui était à longue et avérée et il y avait peut-être... De quoi je pensais ? C'est deux choses-là, oui, essentiellement. Quand même, l'expérience marketing promo, pour qu'un livre marche bien, c'est quand même bien d'avoir les deux. C'était intéressant d'avoir déjà cette qui est là pour communiquer aussi avec les autres services. Mais si je pense à mon entrée dans le monde de l'édition, de l'édition juridique, elle s'est faite juste sur la compétence de chargé de projet marketing, qui est transférable vraiment de secteur en secteur. Et dans le monde de l'édition B2B, business, pas la grande littérature, il y a vraiment des profils qui peuvent venir de multiples univers. J'ai une éditrice de Duno qui avait un background de chimiste ou plutôt ingénieur, parce qu'il y a aussi des livres sur ces secteurs Et donc, parfois, la compétence métier d'un autre secteur peut être transférable. Et si on a envie d'organiser, si on aime le livre, c'est intéressant d'avoir une expertise d'un monde complètement différent, parce qu'on sera amené à discuter avec des auteurs et à les comprendre et à gagner beaucoup de temps aussi sur ce domaine-là.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Il y a des livres à peu près dans tous les domaines. Ça laisse un large...
Interviewer (Chance)
Un large, quoi. Ok. Et est-ce qu'on a une question de Delphine. Le travail éditorial avec les auteurs, est-ce qu'il est fait intégralement en interne ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Ça dépend vraiment des maisons d'édition sur ce point. Pour Duno, c'est très internalisé, en effet. L'équipe Je dirais que 80, 90% des livres, tout est fait en interne sur les relectures, le travail éditorial, vraiment sur le texte. De temps en temps, quand on n'a plus les ressources ou qu'il y a un bouteillage, trop de manuscrits en même temps, on peut faire appel à des freelances et des éditeurs indépendants. Après, il y a un autre aspect de la chaîne éditoriale sur la fabrication du livre et le lien avec les compositeurs, les imprimeurs où là, forcément, on travaille avec des prestataires et il y a des maillons, une transmission très importante.
Interviewer (Chance)
Moi, j'ai une question qui fâche un peu. C'est l'arrivée de l'intelligence artificielle sur la partie relecture de textes. Comment vous vous préparez à ça ? Comment vous voyez les choses vis-à-vis de cette technologie ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
C'est une très grande question. C'est une inquiétude, en effet. Pour l'instant, On a eu quelques cas de manuscrits qui sont arrivés et souvent, ça se voit. C'est-à-dire que dans le temps, dans la structure, on sent qu'il y a quelque chose qui est automatique ou qui est la plume d'un auteur. Peut-être qu'on ne verra pas tout. L'intelligence évoluant, c'est vraiment un risque, c'est un sujet de réflexion et sur laquelle on travaille. Duneo fait partie du groupe Hachette, donc on travaille avec tous les services d'Hachette sur ce sujet-là. C'est un vrai sujet. Pour la suite, personnellement, je suis convaincue que quand il y a une vraie... Le travail des auteurs d'envie de transmission. Il est souvent ancré vraiment sur cette connaissance, cette envie de transmettre. Ils donnent beaucoup d'eux-mêmes de leurs expériences. Et ça, ça ne va pas disparaître. Et c'est ça qu'on va chercher. Et quand on est dans l'échange et la construction du projet, on détecte très vite ce qui va se passer après.
Interviewer (Chance)
D'accord. Ok, hyper intéressant. Sophie qui pose une question où elle a l'impression que parfois, dans le monde d'édition B2C, il y a eu peu d'évolution sur la manière de faire la promotion, le marketing, toujours les mêmes affiches, encart, photo de l'auteur sur la couverture. Est-ce que finalement, c'est le reflet peut-être d'un manque d'évolution, d'innovation ? Ou en fait, c'est juste parce qu'on sait que c'est ça ce format-là qui marche et du coup, on continue ? Est-ce que déjà toi, tu partages cet avis ou pas forcément ?
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
C'est vrai que sur l'objet livre en lui-même et par exemple, la quatrième de couverture, il y a des bonnes recettes qui marchent et c'est assez codifié, en effet. On constate des petites différences parfois selon les pays. Dans le monde américain, anglo-saxon, dans la quatrième de courbe, il y a beaucoup plus de citations, recommandations sur le livre, un peu moins en France. C'est toujours sympa de savoir ce qu'a fait l'auteur, son expertise, sa légitimité. Donc une petite bio, une photo, oui, c'était pas mal. Et après, il y a toujours ce travail de texte, de construction pour donner envie. Ça, c'est un peu immuable, c'est vrai. Après, il y a des vrais changements. Ces dernières années, ces derniers mois, l'arrivée de TikTok dans l'un L'industrie du livre, ça a quand même été un pan complètement nouveau qui a été investi par les éditeurs, les auteurs, les influenceurs. Ça, ça n'existait pas du tout comme ça il y a 20 ans, donc c'est vraiment très nouveau. Après, il y a aussi un travail d'artisanat de fourmis, c'est-à-dire, pour ce que je connais, qui sont les livres d'entreprises, le travail sur le terrain, sur les médias de management et toutes les relais des experts restent avec un travail à réaliser, évidemment.
Interviewer (Chance)
Ok. Merci beaucoup Delphine, c'est passé très, très vite. Est-ce qu'on a peut-être une dernière question Pas forcément. Dans ce cas-là, un grand merci. Merci à vous. Merci à tous. Merci d'avoir pris le temps, Delphine. Pour rappel, vraiment, ce live-là, c'est vraiment dans une dynamique d'entraide de la communauté Chance, donc n'hésitez pas à nous rejoindre. Et un grand merci à toi Delphine d'avoir pris ces 30 minutes pour nous parler de ton métier avec sincérité. Et on te dit à très vite. Et merci à toutes et à tous pour vos questions et vos échanges.
Delphine Levêque (Directrice éditoriale)
Bonne journée. Merci.
Interviewer (Chance)
Bonne journée. Au revoir.












