Touhfat Mouhtare, Écrivaine
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Transcription complète
Marine (Chance)
C'est bon, on est en direct. Bonjour à toutes et tous. Merci beaucoup d'être venus nombreux à ce live. Bonjour tout le monde.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Et merci de m'accueillir dans ce live.
Marine (Chance)
N'hésitez pas à nous dire d'où vous venez dans le chat. C'est toujours drôle de voir que vous êtes un peu de partout en France. Est-ce que vous êtes à Paris, à Nantes ? Et ça m'intéresse aussi de savoir pour voir pourquoi vous êtes venu. J'ai quelques idées sur le pourquoi, mais c'est intéressant de vous entendre l'écrire. Je vois qu'il y a Anna qui est dans l'un, il y a Charlotte qui est à Londres, il y a Charlotte Dutreumpsette que je connais, Myriam Delion, Céline, Charlotte, Paris, Nantes. Il y a plein de monde et on traverse même la Manche. Il y a Nantes, Strasbourg, Stockholm.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Génial.
Marine (Chance)
Les frontières, tout faite. Trop chouette. Julia, de Montagne-Suisse. J'ai toujours voulu écrire comme ma grand-mère, mais je ne sais pas comment m'y prendre. Audrey, de Grenoble. Trop chouette. On va essayer de répondre au maximum de questions aujourd'hui. Pour commencer, est-ce que tu peux nous raconter un petit peu ton parcours et comment on est arrivé au métier qui est écrivaine, auteur ? Je ne sais pas comment tu préfères le dire.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Tout. Je prends tout. L'écriture, elle est très liée, pour moi, à déjà ma vie personnelle, Puisque j'ai grandi, j'ai passé mon enfance dans plusieurs pays d'Afrique. Donc, les dix premières années de ma vie, je les ai passées hors de mon pays de naissance, ce qui m'a donné déjà une vision assez intéressante de la vie, parce qu'on a dû bouger beaucoup dans la précipitation, parce qu'il y avait des conflits, etc. Il fallait fuir à chaque fois. Et donc, quand je suis retournée au Comores, mon pays d'origine, qui est un archipel, l'Afrique, c'est un continent, les Comores, ce sont des îles. Et donc, tout de suite, il y a un rapport différent à l'espace, parce qu'en Afrique, tu peux traverser la frontière et te retrouver quelque part. Et comment tu traverses, tu tombes dans l'eau. Donc, c'était déjà un premier... Pour moi, c'était un premier contact avec l'écriture, parce que l'écriture m'a permis déjà de digérer tout ce qui a pu m'arriver et de prendre de la distance. Ça, c'était un peu pour planter le décor. Et ce que j'ai fait par la suite Ensuite, j'ai poursuivi une scolarité tout à fait normale tout en continuant à écrire.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
La personne qui m'a initiée à l'écriture, c'était un instituteur en CMA, qui me disait de regarder le journal, de regarder les faits divers et d'imaginer des suites. Moi, ce que je faisais, étant une petite fille assez sensible, les conflits au Kosovo me touchaient beaucoup. À l'époque, ça avait lieu. Et donc j'inventais des suites pour les vies de toutes ces familles qui étaient obligées de se déplacer. Et c'est à la suite de cela que l'instituteur, en voyant ce que j'écrivais, m'a encouragé. Donc ça, c'est une première rencontre. Il s'appelait Roger Cunkindy. Donc c'était une toute première rencontre et c'est très important d'avoir quelqu'un... En fait, ça peut changer une vie, d'avoir quelqu'un qui vous dit: Ce que tu fais là, c'est bien, c'est super. Continue. En gros, à être toi-même et à faire ce que tu fais. Voilà. Et ensuite, Après mon bac, je suis arrivé en France pour poursuivre des études en langues, littérature et civilisations anglophones, puis en communication des entreprises. Et j'ai continué à écrire en parallèle.
Marine (Chance)
Génial. Merci beaucoup. Je vois qu'il y a plein de gens qui ont ce désir d'écrire, mais qui ne savent pas trop comment s'y prendre. Est-ce que tu aurais des conseils à leur donner ?
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Peut-être déjà accepter le fait que l'écriture, c'est comme la respiration. Il y a des temps où on est à fond dedans. Je vois déjà, j'écrivais dans ma jeunesse, je vois Anna qui dit qu'elle aime écrire et qu'elle veut reprendre l'écriture à fond. Il y a des temps de respiration. Il y a des moments où on écrit énormément, puis des moments où il n'y a rien qui vient. Ce que j'ai appris dans mon rapport à l'écriture, c'est que ce n'est pas un rapport dans lequel la volonté entre en jeu. C'est un rapport plutôt dans lequel c'est la liberté qui entre en jeu. C'est-à-dire que: Est-ce que je vais me sentir assez libre d'écrire ce que j'ai envie d'écrire là, maintenant, tout de suite ? Est-ce que je peux me l'autoriser ? Maintenant, je vois qu'il Inès pose la question sur les formations. Quelle formation technique à distance ou en ligne serait utile pour commencer ? Moi, ce que j'ai fait, c'est que j'avais suivi une formation de Martin Winkler, qui est un médecin écrivain, et qui donne de très bons conseils sur l'écriture. Vous tapez Martin Wincler sur... C'est Martin. Est-ce que je peux mettre un message là ? Martin Rinkler.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Je crois que c'est comme ça que ça s'écrit. Il est super parce qu'il participe à énormément d'ateliers d'écriture. On voit beaucoup d'ateliers d'écriture qui passent. On voit The Artist Academy qui est pas mal aussi, qui fait parfois appel à Bernard Verber, etc, pour faire des master classes d'écriture. Ça peut toujours servir. Bernard Verber, justement, fait des master classes en ligne sur YouTube. Il y en a qui sont en libre accès. Après, ça reste assez subjectif. Ce sont ses techniques à lui, c'est son écriture à lui, c'est sa façon à lui de voir. Alors que Martin Rindler, ce qu'il fait, et d'autres écrivains comme lui, il va vous pousser dans les ateliers qu'il organise ou auxquels il participe, à vous approprier l'écriture en tant qu'instrument pour vous-même. Et ça, c'est important. Ça vous permet d'éviter de tomber dans un piège. Le piège dans lequel moi, je suis Je suis tombée, par exemple, pour mon premier roman. J'ai écrit trois livres, un que deux nouvelles et deux romans. Et mon premier roman que j'ai écrit, qui a été publié en 2018, qui s'appelle Vert cru, que j'aime beaucoup, qui a fait son chemin, qui a rencontré son public.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Mais le piège dans lequel je suis tombée avec ce roman, c'est que j'ai voulu trop bien faire. C'est-à-dire que j'ai voulu regarder: Alors comment est-ce qu'on constrime l'histoire ? Comment le personnage doit se comporter ? Comment est-ce qu'on écrit qui est un bon dialogue ? Et cetera. Et en fait, ça se voit. Ça se voit qu'on a essayé de faire bien comme il faut. Après, il y a des éditeurs et des lecteurs qui sont sensibles à cela, mais ça ne me ressemblait pas à moi. Moi, ce qui me ressemble, c'est plutôt de me laisser complètement m'exprimer, d'être dans la fluidité. Donc c'est important, je pense, de s'écouter parce que c'est là que vous allez trouver votre propre voix. Comme ça, quand on vous publie, on ne publie pas une idée qu'on se fait de l'écriture, on vous publie vous. C'est ça qui est le plus pérenne, on va dire. C'est comme ça que j'ai pu rencontrer l'écriture. Et aujourd'hui, par exemple, pour mon roman actuel, Le feu du milieu, qui a été publié en août 2022 et qui rencontre un super public, qui a été parrainé par Mohamed Bougarsa, le prix Goncourt 2021. J'ai eu vraiment de très bonnes surprises, qui va sortir en poche bientôt.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Il y a de très belles choses qui se passent autour de ce livre et en fait, je ne pensais pas du tout qu'il allait être publié C'est-à-dire qu'en l'écrivant, il y a des moments où je n'avais aucune inspiré. Et puis, il y a un moment où parfois, je peux me dire: Ce soir, j'ai envie d'écrire. Qu'est-ce que j'ai envie qu'il arrive à mon personnage ? Qu'est-ce qui pourrait lui arriver ? Et c'est là que j'écris sur le papier. Donc c'est là que parfois intervient la question du papier et de l'ordinateur. Souvent, je vais écrire sur papier quand je n'ai pas d'inspiration. Puis après, j'écris sur l'ordi. Ça n'a rien à voir avec ce que j'ai écrit sur papier, mais j'ai libéré quelque chose. Et parfois, j'écris un paragraphe, j'en suis satisfaite, je me dis: Ça, c'est exactement ce que j'avais envie de transmettre. Et je m'arrête là. Je ne vais pas me forcer à aller au-delà. Donc c'est important d'accepter le temps. Et là, c'est justement ça que je fais pour faire face à la page blanche. C'est-à-dire que je me pose et j'essaye de me demander ce que j'ai envie de transmettre. Parfois, c'est un élément de ma propre vie, parfois c'est une émotion personnelle et je vais l'écrire.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Ou une colère que j'ai envers quelqu'un, ou envers moi-même, ou une colère que j'ai envers quelqu'un ou envers moi-même en déception ou une émotion particulièrement joyeuse, je vais m'autoriser à l'écrire parce que parfois, c'est ça qui bloque et qui fait que je n'arrive pas à poursuivre l'histoire. C'est le fait qu'il y a une espèce de parasite, un fantôme qui est là, qui dit: Il me dit: Coucou, j'ai envie de m'exprimer moi aussi. Donc, si je ne lui donne pas la parole, il ne va pas me laisser écrire la suite. Donc, il faut absolument que je lui donne la parole. Donc, face à la page blanche, moi, je dis que ce sont souvent des petits blocages comme ça, des petits fantômes qui sont là, qui nous hante. Ça peut être des Un problème du quotidien, un collègue qui nous a énervés. Ce sont ces petits blocages-là qu'il faut laisser s'exprimer. Il faut leur donner la parole, parce qu'ils se disent: De toute façon, tu es là pour écrire. C'est ton dada, c'est ta passion ou c'est ton métier. Fais-le, écris, laisse-moi m'exprimer. Quand vous lui laissez la place à cette émotion-là, à cet événement, à cette personne qui vous a touché, énervé, après, vous avez libéré de l'espace.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Vous avez un peu de rangement. Maintenant, est-ce que c'est difficile de se faire publier ? Oui. Oui, parce que oui, c'est très difficile et c'est très difficile de résister à la tentation de s'auto-éditer. Parce que s'auto-éditer, il y a beaucoup de personnes qui le font et c'est très bien, aucun problème. Moi, j'avais besoin... Je ne suis pas du tout commerciale pour un sou, je ne suis pas du tout prospecteuse, je n'y arrive pas. Donc j'ai besoin d'être portée C'est difficile de se faire publier pour deux raisons: d'une, parce que les maisons d'édition reçoivent énormément de manuscrits, nous n'avons jamais été aussi nombreux à écrire. Et de deux, ils ont des enjeux marketing, ils ont des enjeux ligne éditoriale, etc. Qu'est-ce qui marche, qu'est-ce qui ne marche pas ? Et de deux, c'est difficile aussi parce que ce n'est pas facile de rencontrer le bon éditeur. Aujourd'hui, vous pouvez être publié chez Seul ou chez Canimar dans une très grande maison, mais vous êtes un auteur tout petit parmi la pléthore Vous avez en face de vous un David Fuenquinos, difficile de faire le poids. Et en même temps, c'est David Fuenquinos qui vous porte, qui fait qu'on peut vous publier vous aussi.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Donc, il y a ces enjeux d'argent. Et dans les grandes maisons, ce qui est très difficile, c'est d'avoir quelqu'un qui vous accompagne en permanence. C'est pour ça que je suis assez satisfaite, moi, de l'expérience que mon roman a eue aux Éditions Le Bruit du monde, parce que c'est une nouvelle maison d'édition qui a été cofondée par deux personnes qui sont issues du milieu de l'édition et de la qui sont issues des grandes maisons d'édition et de la librairie. Ça m'a permis d'être complètement portée. J'ai été entourée, j'ai été portée, mon livre a été porté comme un bébé. Ça, c'est une chance inouïe. D'ailleurs, n'hésitez pas à leur envoyer. Quand vous avez un travail abouti, vous pouvez leur envoyer vos manuscrits. Ils sont constamment à la recherche de nouvelles voix. Et maintenant, à côté de la rédaction des livres, que fait l'écrivain ? C'est C'est une bonne question. Je rédige pour des entreprises et donc je n'envie pas encore de ma plume, parce qu'il faut vendre énormément d'exemplaires pour vivre de sa plume. Mais en revanche, je peux vivre aussi, en tant qu'écrivain de d'activités qui tournent autour de mon métier. C'est-à-dire que je peux animer des ateliers d'écriture dans les écoles, dans les lycées, dans les médiathèques.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Il y a ce qu'on appelle les résidences d'écriture. C'est un contrat que vous signez avec une soit une médiathèque, une bibliothèque, la région Île-de-France. Il y a énormément de régions qui proposent des résidences d'écriture. Vous pouvez aller sur le site du CLL, Centre National du Livre, pour avoir accès aux résidences d'écriture et même pour candidater pour les bourses d'écriture, parce que le Centre National du Livre donne des bourses d'écriture. Personnellement, j'ai eu droit à deux bourses: une bourse découverte de 3 000 €, qui m'a permis de bloquer un à deux mois pour pouvoir bien avancer sur ma recherche, et une autre, je crois qu'elle s'est levée, si je suis très transparente, à 8 000 €, et qui m'a permis aussi de bloquer du temps pour écrire mon roman de l'année dernière, Le feu du milieu. Et ça, ce sont des infos qu'il est important d'avoir. Donc, vous allez sur le site de la... Je n'ai pas envie de perdre du temps. Mell. Ça s'appelle Mell et c'est Maison de l'édition et du livre, si je ne me trompe pas. Et ça, c'est un site sur lequel sont répertoriées toutes les aides auxquelles vous pouvez prétendre en tant qu'auteur.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Je considère qu'à partir du moment où on a écrit une phrase parce qu'on a eu envie d'exister, on est auteur ou autrice. Donc, en tant qu'auteur ou autrice, vous pouvez tout à fait postuler sur... Vous pouvez regarder ces résidences-là. Il y a les résidences, il y a les bourses d'écriture, il y a d'autres d'autres aides aussi qui sont proposées par les régions, les départements. Donc, n'hésitez pas à aller voir, ne quittez pas votre emploi tout de suite pour pouvoir devenir écrivain, mais allez regarder s'il y a des aides pour vous permettre déjà de vous poser un ou deux mois et réfléchir un petit peu. Personnellement, pour l'instant, je ne me sens pas à même de tout abandonner pour le livre. C'est-à-dire que si je travaille en freelance aussi à côté, c'est parce que j'aime naviguer entre les deux. Rédiger pour les entreprises, ce n'est pas rédiger son livre, ce n'est pas la même chose. On ne s'adresse pas au même public et on ne parle pas de la même manière. Et ça me permet, moi, de laisser respirer ma plume d'écrivain pour revenir ensuite vers quelque chose qui me correspond, qui me ressemble le plus.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Donc ça, c'est ce que je pourrais vous conseiller. Ensuite, quelle est la part de recherche de rencontres de travail hors rédaction dans votre métier ? Oui, dans la géographie des lieux, etc. Si vous n'avez pas forcément les moyens de partir très loin, de partir au bout du monde en Alaska, alors que vous avez envie d'écrire sur l'Alaska, il y a quelque chose de très sympa qui s'appelle Arte, qui s'appelle YouTube, qui s'appelle les encyclopédies, les atlas. N'hésitez pas à vous en nourrir. Et puis aussi les récits de voyage des écrivains. Personnellement, J'ai effectué un voyage, moi, en Inde, pour mon livre. J'avais envie de voir quelque chose. Je voulais voir un observatoire. C'était l'Observatoire astronomique de Jaipur. C'est l'un des plus anciens observatoires. Et parfois, quand vous faites ce genre de voyage parce que vous pensez que votre histoire va se situer à cet endroit-là, il faut vous faire confiance parce qu'en fait, quand je suis revenu de mon voyage, l'histoire ne s'est pas du tout déroulée dans cet observatoire ni en Inde. Il y a un tout petit passage à un moment où on en parle, mais c'est tout. C'est-à-dire que parfois, vous faites énormément de recherches, vous engrangez énormément de documentation et finalement, c'est juste une phrase, un paragraphe, mais il faut vous faire confiance là-dessus et il ne faut pas regretter d'avoir passé du temps à chercher.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Parce que peut-être que toutes ces recherches-là, c'était un chemin qui était censé vous mener à juste cette petite phrase. Donc, tout a été nécessaire, en fait. Et c'est cela aussi le travail d'écrivain, c'est d'accepter que le résultat ne sera pas forcément ce à quoi vous aurez pensé. Et c'est pareil pour le chapitrage, le plan, etc. Il y a des écrivains qui savent très bien établir des plans et leur roman, à la fin, il ressemble exactement au plan qu'ils avaient fait, mais ce n'est pas du tout mon cas. J'ai essayé d'être très organisée, de suivre à la lettre ce que j'avais établi comme plan. Finalement, à la fin, je n'ai pas du tout écrit ce que j'avais prévu d'écrire. J'en suis très heureuse parce que parfois, quand vous écrivez, votre inconscient prend le dessus. Votre inconscient prend le dessus, ça, c'est la manière scientifique de le dire. Moi, je dis plutôt que le personnage, il s'invite chez vous, il chamboule tout et il vous dit: OK, ton plan Là, c'est bien gentil, mais moi, j'ai des choses à vivre. Moi, j'ai des choses à faire. Ça, ce que tu m'as dit de vivre, là, ce n'est pas du tout cohérent, ça n'a rien à voir avec ma personnalité.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Moi, je vais autre chose. Donc, si vous faites confiance à cela, que vous vous imaginez que vous êtes juste le témoin de leur vie, que vous êtes en train de courir pour les rattraper pendant qu'ils vivent leurs aventures, ça vous permet déjà, vous, de vivre l'histoire. Ça, ce n'est pas la méthodo, mais je viens de trouver cette liste. Ok. Combien de temps te prend la mise au monde d'un roman entre la première ligne et la sortie en librairie ? Mon dernier roman m'a pris quatre ans. Et mon premier aussi d'ailleurs m'a pris trois, quatre ans. Parce qu'il faut manger, donc il faut travailler. Parce que j'ai des enfants et parce que aussi, je respecte aussi beaucoup ce temps de respiration. Quand je ne suis pas inspirée, quand j'ai l'impression que je suis en train de tourner à vide, que j'écris juste pour écrire, j'arrête. Et ça, c'est un conseil qu'un écrivain qui était devenu un ami, qui est décédé il y a quelques années, m'a prodigué, c'est qu'un jour, j'étais en train d'écrire mon livre et je m'ennuyais profondément. C'est-à-dire qu'il fallait absolument que je finisse et je m'ennuyais beaucoup. Et je lui ai dit: Écoute, j'ai l'impression que mon livre m'ennuie.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Je m'ennuie pendant que j'écris. Et il me dit: Écoute, si tu t'ennuies, c'est simple, ton lecteur va s'ennuyer. Donc, autant que tu arrêtes tout de suite, accepte que tu t'ennuies, regarde ce que tu as écrit et relis-toi et en fait, essaie de déceler à partir de quel moment tu t'ennuies. Et si ce moment-là, c'est à la deuxième page alors que tu en as écrit 20, tant pis, tu supprimes les 18 autres pages. Martin Wendler. Lui, sa formation, je ne me souviens plus trop de nom de sa formation, mais je sais qu'il a un blog et qu'il a aussi des... Il y a des vidéos aussi qu'il fait. Vous pouvez tout à fait vous pourrez le trouver en cherchant sur... Je n'ai pas le nom là en tête, je suis désolée. Il a énormément de vidéos, il a un blog Il prodigue des conseils sur Facebook et il est très accessible. Je lui avais envoyé un message sur Facebook, après avoir suivi une de ses formations, pour dire: Super, merci beaucoup. J'ai fait ma groupie et il m'a écrit... Je n'espérais pas qu'il m'écrirait, mais il m'a écris et un long message pour me dire: Croyez en vous, c'est super ce que vous faites.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Et surtout, ce qu'il dit, c'est: Écrire, c'est 5% d'inspiration et 95% de travail. Et ça, le travail, ce n'est pas forcément le fait d'écrire en soi. Parce que moi, je n'ai pas l'impression de travailler quand j'écris pour mon livre. C'est effectivement, comme dit Océane, le fait de lire. C'est important de lire pour écrire tout court. Bien écrire, je ne sais pas si ça existe, bien écrire, mais écrire, je ne pense pas qu'il y ait une bonne et une mauvaise écriture. Je pense qu'il y a l'écriture qui vous ressemble. Pour donner un exemple, quand Quand vous regardez les différents prix littéraires de la rentrée et que vous voyez comment les gens écrivent, il y a une femme, par exemple, qui est pétillante, qui est géniale, qui s'appelle Maria Pourchet, qui écrit des livres absolument géniaux. Et en fait, quand elle écrit, on dirait qu'elle a un flingue au bout de sa plume. Quand elle écrit, elle a une manière très brute, voire parfois un peu brutale d'écrire. Alors qu'à côté, vous avez d'autres écrivains. Je parlais de Mohamed Bouhgarçard tout à l'heure, qui a plutôt un style qui peut être qualifié peut-être d'assez... Il y en a qui disent que c'est assez cérébral, etc.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Mais il va explorer plusieurs styles littéraires. Vous en avez d'autres aussi qui vont être plus scolaires et qui sont assez drôles aussi. Donc n'hésitez pas à vous nourrir de ce qui vous nourrit, de ce qui vous ressemble le plus. Il faut être sélectif, je pense, sur les livres que l'on va choisir, même si souvent, on va vous dire: Il faut lire tout le monde, il faut lire des grands classiques, etc. Moi, je ne suis pas d'accord. Je pense qu'on peut ne pas aimer certains classiques, ce n'est pas du tout un problème. Si vous n'aimez pas La recherche du temps perdu de Proust, vous n'aimez pas La recherche du temps perdu de Proust. Vous aimerez peut-être autre chose. Moi, j'ai toujours un livre de compagnie. C'est-à-dire que quand j'écris, j'ai toujours un ou deux livres de compagnie. Pour mon dernier livre, par exemple, j'avais trois livres de compagnie. Le premier, c'était un livre de Donna Tarte qui s'appelle Le Chat d'un Raie, qui est magnifique, dans lequel elle parle de l'expérience d'un enfant, d'un adolescent. Il lui arrive des choses et en même temps, il lui arrive qu'il est adolescent. Ça, c'est super intéressant. Il y a un livre de Madlene Miller qui s'appelle Sircey, de Madlene Miller, qui est un vrai trésor parce qu'elle réinvente la mythologie grecque à sa manière.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Pour moi, c'est vraiment de la création pure et simple, parce qu'elle s'approprie un mythe et on dirait que c'est vrai ce qu'elle est en train de décrire. Ce sont des choses qui nous arrivent aussi, que l'on ressent, donc on s'identifie beaucoup au personnage. Ça, je trouve ça magnifique. C'est important, je pense, d'aller chercher pas forcément un auteur, de pas forcément avaler tous les livres d'un auteur, parce qu'un auteur, il change. Il ne change pas comme vous, vous changez. Il ne suit pas le même chemin que vous. Le livre de compagnie, moi, il me permet de légitimer mon imagination. Je ne m'interdis rien quand j'imagine, quand j'écris. Je ne m'interdis aucune piste. Et le problème, c'est qu'on peut ne pas avoir confiance en soi. C'est-à-dire que quand j'écris, par exemple, l'un des blocages que je peux avoir, c'est que je me dis: J'ai envie d'écrire une histoire magique, magnifique. J'ai envie de faire appel au merveilleux. Mais en ce moment, le merveilleux, ça n'a pas trop de succès. En ce moment, les gens parlent plutôt de la vie de famille, les relations familiales, la maternité, etc. Les femmes, les hommes, entre eux, la fratrie. Et donc, comment je fais pour rejoindre mon lecteur ?
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Et c'est là que mon métier de communicante peut déborder un peu sur mon métier d'écrivain en me disant: Oui, peut-être que si tu commences par évoquer d'abord par parler d'une jeune femme qui a des problèmes dans sa famille et qui découvre un secret de famille. Et ensuite, le secret de famille, c'est ton histoire que tu as envie de raconter, peut-être que ça passera mieux. Et j'avais commencé comme ça. Et quand j'ai présenté le livre à mon éditrice en lui disant: Voilà, j'avais cette partie-là et puis celle-là. J'avais du mal, déjà. J'avais un gros problème de page blanche à partir de là, parce que je me disais: Mais comment je vais faire le lien ? Comment je vais faire le lien ? Et je pu faire un lien. Puis j'ai présenté cela à mon éditrice et elle me dit: Mais, en fait, on dirait que tu construis une maison et que tu n'as pas confiance en la solidité de tes murs. Et du coup, tu poses plein d'échafauds, plein de détails comme ça, de poutres pour la faire tenir. Mais tu peux les enlever. Ça t'a rassuré à un moment donné, mais tu peux enlever tout ça. Ton histoire de la jeune fille qui cherche je ne sais pas quoi, c'est un prétexte.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
C'est une histoire prétexte. Donc, débarrasse-toi de ça et fais confiance à cette histoire-là. Et c'était très difficile de me débarrasser de cette partie-là que j'avais mis du temps à construire, etc. Et de faire confiance juste à mon histoire que j'avais vraiment envie de raconter. C'est comme quand vous pelez un oignon. Il faut peler en faisant une couche, puis une autre couche, puis une autre couche et vous faites confiance à ce que vous trouvez au cœur. Et ça, ce n'était pas facile parce que ça veut dire faire un saut dans le vide, parce que ça veut dire se montrer, se mettre à nu devant le public. Et donc, ce que j'ai fait, c'est que j'ai fermé les yeux, j'ai écrit jusqu'au bout, j'ai fini ce que j'avais envie de finir. Et une fois que j'ai fini, j'ai confié le manuscrit, j'ai accepté de corriger, j'ai fait taire la voix de la peur. Donc c'est ça, c'est se jeter de la falaise et avoir peur pendant qu'on tombe, pas avoir peur avant de se jeter parce que sinon, on se jette jamais. Donc, j'ai accepté que j'avais très peur, mais je me suis laissée guider et après, ça a très bien fonctionné.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Les revues littéraires, non. J'hésite. À part... Non, j'hésite plutôt. Pas j'hésite, j'évite. Maintenant, ce que j'ai appris sur le fait que dans le paysage littéraire, on parle beaucoup de maternité, de famille, etc, c'est parce que c'est ce que je vois à la rentrée littéraire. Forcément, quand votre livre vient de sortir, vous vous connectez, vous allez vous réactiver vos réseaux sociaux quand vous vous êtes désactivé comme moi. Et puis, vous voyez tout le monde qui va de son commentaire sur tel, tel, tel, tel livre. Donc forcément, vous recevez l'actualité. En revanche, moi, je ne vais pas la chercher. Pour une simple raison, c'est que nous sommes humains et qu'en tant qu'humains, c'est normal d'avoir envie d'avoir de la notoriété, c'est normal d'avoir besoin de reconnaissance. Et le problème, c'est qu'à la rentrée littéraire, il y a plein de prix qui sont distribués, il y a plein d'articles, de journaux, etc. Moi, j'ai eu de la chance, j'ai eu une très belle couverture médiatique, parce que j'avais une super attachée de presse qui a fait un travail de fou. Ça, c'est un travail d'équipe aussi. Ça ne vient pas comme ça. Le journaliste ne tombe pas par magie sur votre article.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Il faut vraiment qu'il y ait quelqu'un qui aille le donner au journaliste et qui dise: Il faut que tu lises ça. Ici, Hylène, il va en parler. Mais quand vous voyez toutes les retombées, vous pouvez aussi vous sentir un petit peu... Vous dire: Pourquoi moi, je n'ai pas telle et telle retombée ? Pourquoi je ne suis pas dans le monde ? Donc j'évite. J'évite souvent d'aller lire les revues, les magazines, etc. Aussi parce que je n'ai pas envie d'être guidée par les tendances. Et ça, c'est juste un choix personnel, parce qu'il y a des auteurs qui savent très bien aller regarder les tendances et se dire: Tiens, je vais me placer sur ce créneau-là. Quelqu'un comme Guillaume Musot ou Marc Lévy avouent très facilement écrire ce que les gens ont envie de lire. Et ce n'est pas du tout un souci. Guillaume Musot est quelqu'un de très, très, très intelligent. Il a décidé de dédier sa plume à cela, au désir de ses lecteurs. Franchement, tout à son honneur, c'est magnifique. Maintenant, moi, je ne peux pas. J'ai besoin d'autre chose. Oui.
Marine (Chance)
Merci beaucoup. Le temps s'est envolé.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Je crois parler ?
Marine (Chance)
Non, non, non, non, mais c'est fantastique, c'est hyper intéressant. Je vois qu'il y a encore plein de questions. Donc, je suis désolée pour ce moment de frustration parce que malheureusement, il y a un live à 13h30 qui enchaîne, donc on va devoir libérer la place, sinon je vais me faire engueuler. C'était passionnant. Si jamais, tout faite à l'occasion, si jamais tu es partante pour en refaire un, j'ai l'impression que...
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Avec grand plaisir.
Marine (Chance)
Beaucoup de questions. Et même moi, je trouvais ça passionnant. Et Surtout que chez Chance, on explique qu'un travail, c'est quatre idées. C'est le métier, mais c'est aussi l'environnement, comment tu le pratiques. Toi, tu expliques que d'ailleurs, c'est écrivaine, mais pas que. Tu as le problème de comment tu vis de l'écriture. Tu as les impératifs personnels. Tu expliquais que tu as deux enfants, etc. Donc, tu mets quatre ans parce que tu as tout ça. J'ai entendu d'autres personnes qui m'ont dit qu'ils avaient suivi une technique où c'était... Bref, en trois semaines, tu tombes le truc, mais du coup, tu te fais. Il faut réussir à libérer ces trois semaines. Je pense qu'elle, en l'occurrence, c'était en congé maths avant le premier enfant. C'est le pilier de tout ça qui fait qu'on peut avoir ce désir d'écriture et comme tu le fais toi, c'est un super exemple, le faire à côté d'un travail rémunéré parce que c'est le principal frein à l'écriture. Tout à fait. C'est génial parce que tu montres que c'est possible.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Il faut nourrir sa passion. C'est mon travail qui nourrit la passion.
Marine (Chance)
C'est génial. Merci mille fois. Je dois couper le live, je suis désolée. Merci beaucoup. Ils sont présents et qui sont intéressés. Vous recevrez le replay et on vous tient au courant si on peut reprogrammer un autre live pour toutes les questions encore rester sans réponse. Merci à vous.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Merci.
Marine (Chance)
Au revoir.
Touhfat Mouhtare (Écrivaine)
Au revoir.













