Ludivine Mas, Ergonome
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Marine (Chance)
Bonjour à toutes et à tous. Merci beaucoup d'être là pour ce live métier. Et merci beaucoup Ludivine de nous accorder de ton temps.
Ludivine Mas (Ergonome)
Merci à vous.
Marine (Chance)
Pour nous présenter ton parcours et expliquer à ceux qui ne le connaissent pas ou qui sont intéressés par cette profession, nous expliquer un petit peu les dessous. Le but de ce live, c'est qu'il soit interactif, donc n'hésitez pas à poser des questions dans le chat. Je pourrais les poser ensuite à Ludivine. Et n'hésitez pas non plus à nous dire d'où vous nous écoutez. Est-ce que vous êtes à Paris, à Nantes, à Bordeaux ? Je sais que dans tous les live de la semaine, on avait des gens d'un peu partout. Donc n'hésitez pas à nous dire dans le chat. Et aussi, ça m'intéresse de savoir pourquoi vous êtes là. Est-ce que c'est un métier que vous voulez découvrir ? Est-ce que c'est un métier que vous voulez faire ? Est-ce que vous êtes, vous aussi, ergonome et vous avez envie de savoir comment ça se passe pour d'autres personnes ? N'hésitez pas à nous dire dans le chat. Une demi-heure, ça passe vite, alors je rentre dans le vif du sujet, Ludivine. Est-ce que tu peux nous raconter un peu ton parcours et comment tu es arrivée à exercer ton métier que tu fais aujourd'hui ?
Ludivine Mas (Ergonome)
Oui, bien sûr. Je te remercie en tout cas pour cette invitation. C'est vrai qu'une demi-heure, c'est court, donc il va falloir que tu me coupes, parce que je suis assez bavarde, je pense. Comment je suis arrivée à ce métier d'ergonome ? Ce n'est pas mon premier métier, donc c'est vrai que j'ai un profil pour vous décrire assez rapidement, assez touche à tout et pour vous donner une idée. Première scientifique, bac littéraire, licence d'anglais, licence de français langue étrangère. Donc, a priori, rien à voir avec tout ça. Et un premier métier, même en autodidacte, en tant que web en chef de projet web. Je faisais des sites Internet. Et en fait, je suis arrivée à l'ergonomie par le biais de l'informatique, justement, puisqu'en fait, on pourra peut-être en parler tout à l'heure, mais l'ergonomie, c'est l'amélioration des conditions de travail. Ça peut être adapté, justement, aux entreprises, mais ça peut être aussi appliqué à la création des interfaces informatiques. À l'époque, quand j'étais webmaster, je me suis intéressée à l'ergonomie en me disant Tiens, ça pourrait m'aider dans mon métier de webmaster pour créer des interfaces utilisables pour tous, en fait, accessibles à tous.
Ludivine Mas (Ergonome)
Je me suis intéressée à ces parcours-là et j'ai trouvé une formation au CNAM à Paris, en cours du soir, à l'époque, puisque je travaillais, du coup. Donc, j'ai fait une reprise d'études un petit peu plus sur le tard, on va dire, en préparant un master professionnel et un master recherche en ergonomie au CNAM, en cours du soir.
Marine (Chance)
Génial. On voit déjà que tu avais un parcours, comme on dit, même si je n'aime pas trop le mot, mais un parcours super riche parce que tu as fait plein d'expériences différentes. Donc, tu fais le CNAM. Et ensuite, qu'est-ce qui se passe ?
Ludivine Mas (Ergonome)
Je fais le CNAM, en effet, et un petit peu avant la fin de mon master recherche, une entreprise me contacte. C'est un groupe de transport et de logistique de 15 000 salariés, le groupe Steph, pour ceux qui connaissent, qui me contacte directement et qui avait vu à l'époque, ça ne va pas me rajeunir pour le coup, mais mon profil sur Viadeo, donc l'ancien LinkedIn, on va dire, pour les plus jeunes. Sur mon profil Viadeo, je parlais beaucoup à l'époque déjà de handicap, parce que c'est un sujet qui m'intéresse et pour lequel j'avais fait pas mal de choses, même au cours de mes études et dans cette reprise d'études aussi en ergonomie. Et donc, cette entreprise me contacte et me propose finalement un poste au sein de l'entreprise en tant que au départ chargé de mission handicap. Ils venaient de signer un accord sur l'emploi des personnes handicapées et ils se sont dit: On pressent, finalement, qu'un ergonome pourrait ou une ergonome pourrait nous aider pour améliorer le maintien de l'emploi des personnes en situation de handicap dans l'entreprise. Et c'est comme ça que je suis rentrée dans le métier en tant qu'ergonome, on va dire, interne, donc au sein vraiment d'une entreprise, puisqu'il y a différentes façons d'exercer le métier d'ergonome.
Ludivine Mas (Ergonome)
Je vais pouvoir vous détailler ça si ça vous intéresse. En tout cas, juste pour revenir sur la reprise d'études et pour t'expliquer ce switch, je vais vous expliquer ce switch entre informatique et conditions de travail, entre guillemets. Quand je suis arrivée à mon premier cours au CNAM, en fait, encore du soir, on m'a parlé de tout sauf d'informatique, sauf des interfaces informatiques comme je le pensais au départ. On m'a parlé surtout des gens qui s'usaient la santé, à faire des gestes répétitifs, notamment dans les abattoirs, en découpant des volailles, etc. Et quand on m'a parlé de ça, je me suis dit: Waouh ! Là, il y a de l'enjeu. Il y a de l'enjeu pour l'humain que je ne trouvais pas dans mon métier. Il y a eu des vrais besoins, des personnes en souffrance dans leur travail. Et ça m'a passionnée. Et c'est pour ça vraiment que j'ai suivi tout ce cursus en cours du soir. Tout simplement parce que j'ai trouvé dans ce métier une vraie utilité, un vrai sens et une vraie richesse dans les rencontres qu'on peut y faire. Mais ça, je pense que je pourrais développer un petit peu plus après.
Ludivine Mas (Ergonome)
Mais voilà pourquoi, finalement, j'ai complètement laissé tomber les aspects plutôt informatiques, web, etc, que j'avais. J'aurais pu appliquer mon métier d'ergonome à ces aspects-là. Moi, j'ai choisi d'intervenir dans les entreprises pour améliorer les conditions de travail pour tous. Je voulais préciser ce petit point parce qu'on ne peut pas forcément comprendre la bascule. Je suis juste tombée dedans, on va dire. Quand j'ai entendu parler de tout ça, Je me suis dit: Il y a tellement de choses à faire et en effet, il y a tellement de rencontres pour moi. J'ai trouvé beaucoup plus de sens dans ça, finalement.
Marine (Chance)
Oui, c'est génial. Chez Chance, pour ceux qui ne connaissent pas, c'est un bilan de compétences et une communauté d'entraide pour trouver la voie professionnelle faite pour vous. C'est ce qu'on appelle un peu ces moments de flow, où tu sens que le sujet, il te parle, que ça t'énergise, que ça t'excite, que les thématiques-là, tu sens que tu es à ta place et que ça résonne chez toi. Si on apprend un peu à écouter à l'intérieur de nous, souvent, on sent c'est quoi les tâches ou les choses qu'on fait qui vont dans cette énergie-là. Trop chouette. Est-ce que tu peux nous raconter, pour qu'on puisse un peu plus appréhender ton métier ? En tout cas, toi, comment tu l'exerces ? Quelles sont les missions de l'ergonome ? Qu'est-ce que tu fais au quotidien ou, on va dire, sur une semaine ? Quelles sont les compétences dont tu as besoin pour qu'on puisse un peu plus se projeter sur le métier ?
Ludivine Mas (Ergonome)
Oui, bien sûr. Le métier d'ergonome, en même temps, je vois finalement la question d'Anne-Sophie qui tombe, je pense, au bon moment, qui demande justement dans quel type d'entreprise on trouve des ergonomes. Moi-même, j'ai finalement exercé de deux façons différentes ce métier pour l'instant. Ça fait une quinzaine d'années que j'exerce ce métier. Tout d'abord, vous l'avez compris, je l'ai exercé dans une entreprise, dans un groupe de transport et de logistique. Et donc, j'intervenais auprès des salariés de cette entreprise pour chercher à améliorer leurs conditions de travail, que ce soit en termes de prévention de la sécurité, prévention de la santé, amélioration de la performance aussi, puisque finalement, en ergonomie, on va essayer de concilier deux objectifs: cet objectif de santé, de sécurité, de bien-être des salariés et l'objectif de performance de l'entreprise. Si on s'occupe de l'un sans s'occuper de l'autre, ça ne marche pas. Donc, il faut vraiment tenir un petit peu les deux. C'est ce qui, dans le métier, est peut-être des fois le plus délicat, parce qu'il faut concilier finalement tous les enjeux de chacun, que ce soit de la direction d'entreprise aux salariés, aux représentants du personnel. On a affaire à tous les acteurs de l'entreprise et c'est ce qui est intéressant, je trouve.
Ludivine Mas (Ergonome)
Donc, on peut intervenir en entreprise comme je l'ai été, en tant qu'ergonome interne. On va trouver des ergonomes aussi dans les services de santé au travail, qui travaillent auprès des médecins du travail, donc qui interviennent dans les entreprises du secteur de ce service de santé au travail. On peut trouver des ergonomes dans les collectivités aussi. Il y en a quelques-uns au sein de ou de grandes communautés de communes, par exemple. On peut trouver des ergonomes aussi, bien sûr, dans les cabinets de conseil. Il existe des cabinets de conseil en ergonomie un peu partout en France. C'est souvent des petites structures, mais il y On est pas mal, finalement, en tant que consultant. Et moi-même, après sept ans en entreprise, j'ai créé mon cabinet de conseil et de formation en entreprise il y a à peu près neuf ans. Ce que je recherchais en me mettant à mon compte, c'était finalement d'avoir une diversité de terrains, un peu d'applications. Quand on travaille dans une entreprise de transport et de logistique, on voit tous les jours des conducteurs, des agents de quais, des manutentionnaires, etc. C'était super riche. Ça rend un groupe de 15 000 personnes, on a de quoi faire pour toute une vie, mais j'avais envie de découvrir autre chose.
Ludivine Mas (Ergonome)
Ce qui est chouette dans ce métier, je trouve, c'est que pour améliorer les conditions de travail de quelqu'un, concrètement, comment ça se passe ? On va auprès de ces personnes-là, on les observe, on passe du temps avec elles, on les observe, on s'entretient avec les personnes qui travaillent. Les observer, ça veut dire concrètement, on travaille pendant qu'elles travaillent. C'est-à-dire si vous avez besoin, si une entreprise vous demande d'intervenir pour des équipes de nuit, vous travaillez de nuit. Si votre conducteur part à 5h00 du matin, vous partez à 5h00 du matin parce que vous suivez finalement toute sa journée de travail de l'intérieur. C'est un peu le vis ma vie quelque part. C'est un peu ça, finalement, ce métier au départ, c'est qu'on observe, on essaie vraiment de comprendre ce qui se joue dans leur métier, les difficultés qu'ils peuvent rencontrer, mais aussi les ressources qu'ils ont à leur disposition pour, finalement, aussi montrer cette richesse qu'il peut y avoir dans l'entreprise. On observe, on s'entretient beaucoup avec les gens. Il faut avoir ce plaisir aussi d'échanger, cette curiosité. Il faut garder aussi un peu cet œil un peu naïf sur les situations, on va dire.
Ludivine Mas (Ergonome)
Et de tout ça, finalement, on peut être amené même à faire des choses un peu plus techniques comme des mesures de bruit, des mesures de posture de travail, selon la problématique sur laquelle on agit. On doit agir, on va dire. Et donc, avec tout ceci, on fait nous, après, j'allais dire, au en gros une analyse de toutes les données qu'on aura recueillies sur le terrain. On met tout ça un petit peu en lien avec les entretiens qu'on aura fait ailleurs, auprès, par exemple, du dirigeant de l'entreprise, auprès du chef d'équipe, auprès du médecin du travail aussi, avec qui on travaille beaucoup. On essaie finalement de mettre tout ça en lien, tous les enjeux de tout le monde en lien, pour voir finalement où est le problème et sur lequel il va falloir trouver des solutions pour améliorer les choses. On a cette partie analyse et on a cette partie recherche de solutions et partage de solutions. On est sur un métier où la démarche participative est très importante. En tout cas, tel que moi, je l'exerce, on n'est pas sur une démarche descendante où on est expert, on arrive: Il faut que vous travaillez de telle façon.
Ludivine Mas (Ergonome)
Non, non. Ceux qui connaissent le métier, c'est bien sûr ceux qui le vivent au quotidien. Donc, on est plutôt dans la recherche d'une co-construction de solutions. On fait des fois des groupes de travail avec les salariés pour trouver la meilleure solution à la problématique qu'on aura identifiée, finalement. C'est un métier assez riche parce qu'il y a cette partie terrain, il y a cette partie analyse, on va dire, au bureau, il y a une partie animation de réunions. Il faut savoir rédiger des rapports, rédiger des présentations aussi, puisqu'on va animer les réunions, on va animer des groupes de travail, on va restituer nos résultats à l'entreprise. Moi, je les trouve... Je suis tombée dedans parce que je trouve que c'est assez complet. Comme je vous le disais, j'avais au départ une petite partie scientifique, une partie littéraire aussi en moi. Quelque part, ça allie un peu tout ça, finalement. Et la richesse du métier, c'est finalement la diversité des personnes qu'on rencontre et des terrains d'intervention sur lesquels on est. J'ai pu intervenir en industrie, dans l'agroalimentaire, dans le BTP, dans le secteur tertiaire. C'est très riche de ce point de vue-là.
Marine (Chance)
Passionnant. Merci beaucoup. J'avais une question qui résonne avec celle d'Émilie. Parce qu'en fait, de ce que tu m'expliques, je comprends que l'ergonome va donc peut être perçu comme une contrainte à prendre en compte pour l'employeur, à savoir: Là, ça marche très bien pour moi, mais en fait, il y a de la souffrance au travail où il y a des choses à améliorer, donc je vais devoir changer des process ou rajouter des choses qui peuvent coûter de l'argent, etc. Ma question, c'est: est-ce que c'est difficile ou pas ? Est-ce que parfois, on a l'impression qu'on est là, mais qu'on n'écoute pas trop nos recommandations ? Ça va avec la question d'Émilie qui était: est-ce que vous sentez que les entreprises, il y a une appétence pour la problématique de l'ergonomie ? Et est-ce que c'est un métier d'avenir ?
Ludivine Mas (Ergonome)
C'est une bonne question. D'ailleurs, la façon dont on l'exerce nous permet d'appréhender ça, on peut regarder ça d'une façon différente. Quand on est ergonome interne dans notre entreprise, finalement, quand on est salarié d'une entreprise, forcément, on a toujours accès au terrain. On est dans l'entreprise, si on a fait une intervention, on peut revenir même après l'intervention, voir si les choses ont été mises en place, aider les équipes à les mettre en place, etc. Puisque finalement, on a toujours accès à ce terrain-là. Quand on est consultant, c'est là où ça peut être des fois un peu plus frustrant, parce qu'on va livrer du coup nos recommandations, on va les partager avec l'entreprise. Après, advienne que pourra, l'entreprise peut très bien ne pas les mettre en place et ne pas en tenir compte, on va dire. Donc, ça peut avoir un côté un peu frustrant, même si on essaie toujours de garder le lien avec l'entreprise, voire même d'intégrer dans nos propositions un retour, on va dire, d'expérience ou un accompagnement à la mise en œuvre des solutions. Tous ne le prennent pas parce que forcément, ça a un coût. Donc, il peut y avoir ce côté un peu frustrant.
Ludivine Mas (Ergonome)
L'appétence des entreprises, des fois, malheureusement, ne peuvent pas s'en passer de faire appel à des services, à des ergonomes, tout simplement dans les sujets que l'on peut traiter. Je parlais de la sécurité, de la prévention de la santé. Il peut y avoir la prévention des risques psychosociaux qui rentre dans dans nos champs de compétences. Ça peut être vraiment l'amélioration des conditions physiques de travail. Ça peut être l'amélioration de process, tu l'as dit, je crois. C'est vrai que tout ceci, ça peut mettre un peu en grand l'organisation de l'entreprise. Et quand on nous voit arriver, certains peuvent se dire: Allez, qu'est-ce qui va se passer encore ? Il y a différentes façons, je pense, de prendre ça. Déjà, moi, je trouve qu'il faut rester assez humble et justement, ne pas avoir cette posture d'expert, que des fois, certains peuvent avoir, je trouve. Il ne faut pas être le sachant qui arrive dans l'entreprise et qui va essayer de dire: Moi, je vais révolutionner les choses. Ce n'est pas vrai, en plus. Il faut vraiment rester humble dans la contribution qu'on peut avoir. Moi, je vois des fois ce métier presque comme un médiateur, finalement. Des fois, ça nous permet...
Ludivine Mas (Ergonome)
Et un révélateur. Ça nous permet, finalement, de révéler, je trouve, ce qui se passe en interne, au quotidien et ce qu'on ne voit pas quand on a la tête dans le guidon, sur les chiffres, etc. La partie dans les interventions qui m'intéresse le plus, je crois, que je kiffe le plus, c'est finalement quand je livre le diagnostic. Parce que là, c'est le: Mince, oui, on n'avait pas vu ça, ou: On n'avait pas compris ça. Des fois, c'est même une problématique qui est complètement à côté de celle pour laquelle ils nous ont appelés. Je peux donner un exemple très rapide. Il y a deux, trois ans, je crois, je suis intervenue dans une entreprise qui fait de... Non, une entreprise textile, qui fait des bêtes de contention. Et on m'appelle en me disant: Les dames qui travaillent sur nous — parce que c'est ultra féminine, pour le coup — qui travaillent sur nos machines et qui, justement, mettent les fils dans ces machines, etc, qui font du guipage, ce qu'on appelle du guipage. Enchaînent, finalement, des mètres linéaires de machines dans lesquelles il faut enfiler des fils, avoir des des postures très comprégnantes, etc. Il m'appelle en me disant: Ces dames ont du mal à ouvrir certaines...
Ludivine Mas (Ergonome)
On a l'impression que ça nécessite une force importante, finalement, pour déverrouiller certains points de la machine. Je vous le fais assez simple. Il m'appelle vraiment sur une problématique de force, on va dire. Sur le coup, moi, ce n'était pas quelque chose qui m'avait passionnée dans la demande initiale, mais je sentais que derrière, il y avait peut-être quelque chose d'autre chose à creuser. J'ai accepté cette mission et quand je suis intervenue là-dedans, j'ai rencontré des personnes et ces dames étaient passionnées par leur métier, trouvées l'entreprise un métier un peu, finalement, assez unique en France, donc très valorisant pour elles. Mais quand je les avais en entretien, elles fondaient en larmes et elles me disaient: Mais j'en peux plus. J'en peux plus, j'adore mon métier, j'adore ma boite, mais je ne tiens plus. On travaille de nuit sur un rythme qui, maintenant, ne me convient plus. Et quand on creuse, on s'aperçoit que c'est des dames qui ont travaillé depuis 15, 20 ans dans l'entreprise. Elles sont arrivées, elles étaient peut-être jeunes filles, sans charge familiale, sans enfants. Et l'avancée en âge, et dans le nombre, mais en tout cas, avec l'avancée en âge, avec la structure familiale qui se compose, travailler de nuit trois semaines de suite C'est compliqué.
Ludivine Mas (Ergonome)
Ça permet pas une conciliation vie perso/vie pro. Ça a des vrais impacts sur la santé. Et c'est juste des dames qui adoraient leur métier, mais qui n'en pouvaient plus de ce rythme d'horaires alternants. Donc, ce qui a été remis en cause, finalement, grâce à cette intervention, c'est ces horaires de travail, finalement, sur lesquels on a beaucoup plus échangé et travaillé. Une partie un petit peu, c'est pour vous montrer un peu ce métier-là, finalement. On peut nous, de missionner sur quelque chose, mais finalement, nous, au cours de notre intervention. C'est pour ça que je parle de révélateur. Quelque part, ça va peut-être révéler d'autres difficultés ou au contraire d'autres qui marchent très bien et qui n'avaient pas mesuré et sur lesquelles il faut capitaliser, par exemple.
Marine (Chance)
C'est hyper touchant ce que tu racontes et ça montre à quel point, en fait, c'était hyper précieux, qu'elles étaient en souffrance, mais n'avaient pas eu d'espace pour oser exprimer ça.
Ludivine Mas (Ergonome)
Comment on a créé des espèces de discussion, tu vois ? Dans cette intervention une de mes préconisations était de vraiment recréer dans l'entreprise des espaces de discussion pour justement arriver à mettre en débat un petit peu ces problématiques qu'elles pouvaient vivre au quotidien. Et pas arriver à des situations un peu, finalement, de clash où on perd des talents, où on perd des des gens experts de leur métier parce qu'ils n'en peuvent plus.
Marine (Chance)
Oui, et puis ce n'est pas normal d'arriver à ce stade d'épuisement dans un travail, surtout. Je crois qu'il y a des questions sur... Pour reprendre, tu nous avais expliqué que toi, tu On a fait le CNAM qui dure cinq ans. Quelle est la formation ? Trois ans ? Ok. Quelles sont les formations possibles pour arriver à exercer ton métier ? Il faut compter combien d'études à peu près ? Et on pose la question de la rémunération.
Ludivine Mas (Ergonome)
Bien sûr. Pour les études, en effet, il existe plusieurs choses. Je suis peut-être un peu moins à jour sur ces aspects-là, mais je sais que maintenant, il existe des diplômes universitaires, des DU en ergonomie. C'est déjà un premier niveau qui permet quand même d'intervenir en entreprise. Après, pour... J'allais dire le statut d'ergonome, même s'il n'y a vraiment pas pour l'instant, d'ailleurs pour ça, de statut officiel d'ergonome, mais on est plutôt sur un master professionnel qu'il faut préparer. Moi, je l'ai fait en reprise d'études cour du soir et c'est pour ça que ça m'a pris trois ans, deux ans et demi, on va dire, avec un stage au bout. Mais sinon, on est sur de la formation initiale. Vous avez des très bonnes formations. L'opéra de Paris fait de la formation aussi en journée, pour ceux qui sont intéressés. Très bonne formation parce qu'en ergonomie, moi, ce que je vais vous conseiller, c'est plutôt de viser des formations qui sont plutôt généralistes, qui approchent le travail de façon vraiment globale, systémique, avec ces aspects, comme je le disais, psychosociaux, ces aspects physiques du travail, ces aspects cognitifs, etc. Parce qu'on a des fois des formations, on a par exemple des ergonomes qui viennent du Staps.
Ludivine Mas (Ergonome)
Donc, le Staps, c'est le sport et donc qui vont bifurquer finalement après le Staps vers des études d'ergonomie, mais qui auront, à mon sens, une vision très ergonomie physique, biomécanique. Ils vont être très bons, en effet, dans tous ces aspects biomécaniques du travail, les sur le travail, l'effort, etc, que ça nécessite. C'est une partie de notre métier, mais force est de constater que je trouve que notre efficacité, elle est beaucoup plus aussi sur l'organisation du travail. On en a parlé, la remise en cause un peu de l'organisation du travail. Pour ça, moi, je vous conseillerais plutôt des formations. Celles de Lyon est très bien et très complètes, avec des intervenants vraiment de qualité. À Paris aussi, vous avez des très bonnes formations. Le nom des universités a changé, alors j'ai peur de vous dire des bêtises. Bordeaux, très bonne formation aussi. Clermont-ferrand, vous en avez une très, très bonne aussi. Le CNAM en ergonomie, il y a Paris, mais il y a aussi Nantes qui propose une très bonne formation. Voilà un petit peu pour vous donner une petite idée. Sur la rémunération, là aussi, je suis peut-être un peu plus larguée, on va dire, mais quand j'ai commencé en entreprise, il y a maintenant une quinzaine d'années, de mémoire, en tant que salariée, je devais être à 2 400 net, je pense, quelque chose comme ça, pour vous donner une petite idée.
Ludivine Mas (Ergonome)
Ensuite, en toute transparence, actuellement, je suis à mon compte, je me rémunère 3 000 € net par mois. Enfin, 3 000 € par mois, du coup. Sachant que je travaille quatre jours par semaine, je n'ai aucune de mes loulous, et que je prends beaucoup de vacances scolaires, justement. Donc, c'est le rythme que j'ai actuellement, parce que mes enfants sont encore assez jeunes. Mais ça vous donne une idée. On peut gagner plus que 3 000 € sur des profils expérimentés, etc. En entreprise aussi, je pense. Et pour un débutant, je pense que quelque chose de raisonnable serait de l'ordre de 2002, quelque chose comme ça, 2002, 2004, peut-être maintenant. Mais là-dessus, je mets quelques réserves parce que forcément, après, quand on est dedans, on ne voit plus trop.
Marine (Chance)
Oui, bien sûr, mais ça donne un moment de grandeur. Par exemple, on avait des live avec des infirmières puéricultrices. Les salaires d'entrée sont très, très bas, les conditions de travail sont très difficiles. Tu as aussi les professeurs des écoles. Ça permet de donner un ordre d'idée. Et puis surtout, c'est un métier dans lequel, comme tu dis, contrairement à d'autres, malheureusement, dans le care, c'est que tu peux, avec l'expérience, monter en salaire, ce qui est moins le cas des infirmières ou des enseignantes qui sont plus plafonnées. Je vois que l'heure tourne, mais j'avais une dernière question très rapide pour toi. Du coup, j'ai un peu perdu ma question, mais si je voulais quand même te poser la question du handicap, parce que je sais que pour toi, c'est important si tu pouvais nous donner quelques informations sur ton intervention sur ça. Oui, l'autre question, si tu arrives à faire tout ça en deux minutes, c'était handicap et c'était: quels sont tes types de clients ?
Ludivine Mas (Ergonome)
Sur le handicap, c'est tout simplement pour moi... C'est un fil rouge dans ma vie pour X raisons. C'est quelque chose qui m'a toujours intéressé, ce champ-là. J'ai D'ailleurs, grâce à Chance aussi un peu, qui m'a aidé à me refocaliser un petit peu sur ce qui me fait vibrer, comme tu le disais. Je me suis refocalisée sur vraiment le maintien dans l'emploi des personnes en situation de handicap dans le cadre de mes interventions. Tout simplement parce que j'ai trouvé une utilité folle. Je trouve qu'on rencontre des gens vraiment formidables, des parcours de vie qui nous ouvre à tellement de richesse. Moi, j'en ai fait un peu une spécialité, on va dire, et c'est quelque chose qui me prend aux tripes. C'est-à-dire que je ne comprends pas pourquoi, quand on est avec un handicap, on ne peut pas accéder à l'emploi et à l'information comme on le voudrait. Donc, c'est quelque chose qui me prend au trip. C'est une façon d'intervenir en tant qu'ergonome Je peux faire d'autres types d'interventions, de la conception d'aménagements, de situations de travail, d'espaces de travail, etc. Mais là où je vais peut-être plus prendre de plaisir en ce moment, c'est sur le maintien dans l'emploi des personnes handicapées.
Ludivine Mas (Ergonome)
Et les types de structures qui font appel à moi, j'essaie vraiment de tenir le timing. On sera peut-être plus sur des grandes entreprises. Pour le volet handicap, c'est certain, parce qu'ils ont souvent des missions handicap, des budgets dédiés justement à l'emploi des personnes handicapées. Ils ont plutôt facilité de faire appel à des ergonomes. Sinon, pour tout ce qui va être interventions de conditions de travail de façon plus large, on est quand même plutôt sur des structures qui sont un peu plus importantes et qui ont justement la possibilité d'avoir un budget à allouer à des des intervenants extérieurs, on va dire. Même si les besoins, quelque part, ils seraient peut-être un peu plus dans les PME et dans les plus petites entreprises. Pour eux, heureusement, il y a des fois des dispositifs d'aide financière de la CARSAT, par exemple, etc, qui leur permettent d'accéder à des intervenants comme les dérogonomes, notamment.
Marine (Chance)
Génial. Mille mercis Ludivine pour ton temps.
Ludivine Mas (Ergonome)
Merci à toi pour l'invitation encore. Merci à vous.
Marine (Chance)
30 minutes, tu vois, on a Emilie qui dit: C'est une totale découverte pour moi et c'est hyper intéressant. Je suis peut-être convertie. Merci Ludivine. J'ai partagé ton LinkedIn dans le chat parce que je suis désolée, on n'a pas pu répondre à toutes les questions, mais n'hésitez pas à contacter Ludivine qui a fait Chance et qui fait partie de la communauté. Chez Chance, on apprend justement beaucoup à aider et être aidé. Si on peut vous aider en répondant à vos questions. Et je t'avoue que moi, je découvrais aussi le métier et tu m'as vraiment donné envie. Je trouve ça fascinant. Donc, mille mercis. Et vous recevrez le replay du live et à très bientôt.
Ludivine Mas (Ergonome)
Merci beaucoup à vous. Passez une belle journée et n'hésitez pas à me contacter si besoin.
Marine (Chance)
Merci Ludivine. Au revoir.
Ludivine Mas (Ergonome)
Au revoir.













