Elodie Emo, Puéricultrice

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Marine (Chance)

Bonjour à toutes et à tous. Merci d'être présents pour ce live. Merci Élodie d'avoir accepté l'invitatio, pour partager ton parcours et nous expliquer la réalité de ton métier pour toutes celles et ceux que ça pourrait aider et qui seraient intéressés par cette voie professionnelle. Le but du live, c'est que ce soit interactif, donc n'hésitez pas à écrire dans le chat quand vous avez des questions pour Élodie. Pour commencer, ça m'intéresse de savoir d'où vous nous écoutez. Je sais que pendant les live, on en avait des gens de toute la France, voire même parfois des Français à l'étranger. N'hésitez pas à nous dire dans le chat d'où vous nous écoutez et pourquoi vous êtes venus écouter ce live. Pour commencer, Élodie, est-ce que tu peux nous raconter un peu ton parcours et comment tu es arrivée à faire le métier qui est le tiens aujourd'hui ?

Elodie Emo (Puéricultrice)

Bonjour à tous, je m'appelle Élodie. Pour devenir infirmière puéricultrice, déjà, il faut quatre années d'études post-bac. Moi, j'ai fait un bac littéraire. Je me destinais pas forcément à devenir infirmière à la base et puis ça m'a attiré le métier du soin. J'ai fait trois ans d'école d'infirmière après un concours. À l'époque, il y avait un concours, maintenant, c'est par Parcoursup. Donc, les choses ont changé. Et puis, on peut soit travailler après dans des services généraux en tant qu'infirmier, soit enchaîner sur une année de spécialisation, qui est une année complète avec des stages et avec des apports théoriques. Et donc, j'ai repassé un autre concours pour rentrer en école d'infirmière puéricultrice. Et donc, j'ai fait ma quatrième année. Je suis devenue infirmière puéricultrice au bout de quatre années d'études. Et ensuite, j'ai commencé à travailler dans des milieux hospitaliers, extrahospitaliers, sans me poser de questions, j'ai fait des diplômes complémentaires, parce que ce qu'il faut savoir, c'est qu'il y a beaucoup d'infirmières des puéricultrices qui font des DU après ou des masters ou des choses comme ça pour venir compléter leurs connaissances de base.

Marine (Chance)

Super. On sait que c'est souvent compliqué quand on a 16, 17, 18 ans, de choisir une voie professionnelle. Est-ce que tu sais, tu te rappelles pourquoi toi, à l'époque, tu t'es dit que tu voulais faire ça ?

Elodie Emo (Puéricultrice)

Moi, je trouve que c'est un très, très beau métier. Déjà, c'est un très joli métier. C'est un métier où on prend soin des autres et on prend soin des plus vulnérables. Les enfants, c'est quand même une population... Ce n'est pas tout à fait égalitaire par rapport au monde des adultes. Moi, c'est ça qui m'anime, c'est le fait de prendre soin de jeunes enfants et aussi d'accompagner les parents. Je pense que plus on favorise des débuts de vie. L'infirmière puéricultrice, elle est spécialisée dans tout ce qui est développement psychomoteur et affectif de l'enfant, mais elle est aussi spécialiste, de la naissance aux 18 ans, où tout ce qui est soins physiques et psychiques pour les enfants. Donc, partout où il y a des enfants, que ce soit en milieu hospitalier, extrahospitalier, il y a une infirmière puéricultrice. C'est ça qui m'a attiré au démarrage. C'est vraiment cette notion de prendre soin, d'aider et puis d'aider les parents, évidemment, qui sont les plus experts face à leur enfant.

Marine (Chance)

L'idée, c'est dans ces live, de faire découvrir la réalité des métiers. Est-ce que tu peux nous expliquer un petit peu quelles sont les missions d'une infirmière puéricultrice ? Quel est ton champ d'action ? Qu'est-ce que tu fais au quotidien ?

Elodie Emo (Puéricultrice)

Une infirmière puéricultrice, elle peut travailler dans des milieux comme la maternité, la néonatologie, ou des lieux où il y a de très jeunes parents, mais aussi bien en pédiatrie, où il y a des enfants hospitalisés, donc aux urgences pédiatriques, dans les services où il y a des enfants qui sont atteints de cancer, par exemple, l'hémato-oncologie. Elle peut travailler aussi en PMI, protection maternelle infantile et en crèche. Donc, en pouponnière , j'oublie des services, il y a aussi tout ce qui est pédopsychiatrie, les IME, où il y a des enfants porteurs de handicap. Son champ d'attention va beaucoup varier en fonction de son milieu d'exercice. Quand on veut être plutôt, par exemple, tout ce qui est lié à la pédiatrie, il y a quand même aussi beaucoup de soins physiques. Elle peut poser des perfusions, faire des prises de sang, faire des examens de ce type-là, toujours accompagnée de soins psychiques, puisqu'elle va avoir cette bienveillance, cette écoute, ce rôle de soutien face aux épreuves que traversent les familles. En maternité, elle a un gros rôle de soutien à la parentalité. On sait que la jeune maman, elle traverse une période très complexe, le jeune papa aussi.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Elle va avoir tout ce rôle d'accompagnement, de guider, de montrer les soins, d'être à l'écoute aussi des émotions des parents, de ce processus un peu maturatif. Aussi, en milieu hospitalier, il y a tout ce qui est lié évidemment aux transmissions. Quand on est infirmière puéricultrice, on travaille en équipe pluridisciplinaire, donc c'est important de connaître aussi les champs d'action des médecins, des auxiliaires de puériculture, mais aussi de beaucoup d'autres professionnels qui travaillent avec elle. Elle va aussi avoir un rôle de transmission, d'alerte, et elle va travailler en collaboration. En extra-hospitalier, son rôle est différent. Par exemple, elle peut être directrice de crèche. Et là, il va y avoir vraiment un rôle de management important. Elle va porter le projet pédagogique de la structure. Elle va être garante des bonnes pratiques de la structure. Il y a vraiment des rôles différents, mais elle va aussi être référente quand il y a un enfant qui a de la fièvre ou s'il y a un problème physique. Et là, elle va devoir orienter si le médecin n'est pas là, par exemple. Je dirais qu'il y a quand même une distinction entre l'extra et l'intra hospitalier.

Elodie Emo (Puéricultrice)

En PMI, elle a un rôle au niveau des assistantes maternelles. Elle va s'occuper de tout ce qui est agrément des assistantes maternelles, vérifier que tout est bon et conforme pour que l'assistante maternelle puisse accueillir l'enfant. Elle va aussi travailler en amont pour savoir si on peut ou pas, en collaboration évidemment, sous la responsabilité du conseil départemental, mais elle va aller faire des entretiens à domicile, voir si tout est sécurisé. En PMI, il y a ce rôle-là. Il y a un gros rôle de soutien à la parentalité également. Elle va peser l'enfant, donner des conseils aux parents. Et puis, ce qui se développe beaucoup actuellement, et ce qui manque dans l'offre de soins aujourd'hui, c'est l'infirmerie puéricultrice libérale. Parce qu'on voit des sages-femmes libérales, des médecins libéraux, il n'y a pas encore d'exercice très tendu de l'infirmerie libérale. Et ça commence à se mettre en place. Parce que dans le maillage et dans l'offre de soins, il y a un vrai besoin en dehors de la PMI. La PMI, ça touche 15% des familles à peu près. Et donc, il y a des gens qui n'y vont pas.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Là, il y a cet exercice en plus qui se développe. Dans l'exercice libéral, elle va aussi bien avoir le rôle qu'elle peut avoir parfois à l'hôpital, puisque ça va être une continuité, parfois, des soins qui ont été apportés à l'hôpital, puis elle va aussi avoir un gros rôle au niveau du soutien à la parentalité qui est déficitaire. On le sait aujourd'hui, on sait qu'aujourd'hui, la prévention, ce n'est pas le point fort en France, donc il faut vraiment aller développer ça à un maximum. Et puis, j'ai oublié un lieu d'exercice parce que moi, je suis chargée de formation. Donc moi, je forme les professionnels de la petite enfance. Ça, c'est une évolution possible après tous ces lieux d'exercice. On peut aussi devenir cadre, directeur des soins. Mais donc moi, je forme des professionnels de santé, des auxiliaires qui sont le vrai binôme de l'infirmière en puéricultrice. Et puis, j'ai développé l'Action des cercles des parents qui va dans le sens de l'exercice libéral dont je te parlais juste avant.

Marine (Chance)

Super, effectivement.

Elodie Emo (Puéricultrice)

C'est très vaste. Et c'est vraiment de la naissance aux 18 ans. Il y a des infirmières puéricultrices qui font ce métier parce qu'elles adorent être dans la technicité. Quand tu travailles en réanimation néonatale, il y a quand même des aspects très spécifiques, une grande dextérité à acquérir. Puis, il y a d'autres infirmières puéricultrices qui sont très, très vite se tourner vers, par exemple, la PMI parce qu'elles sont à l'aise dans tout ce qui est relationnel. Mais je dirais que c'est un métier qui allie quand même les deux. Moi, j'ai travaillé en néonat et en maternité au démarrage pendant deux ans. Donc, je pense que c'est vraiment un métier qui allie les deux facettes. C'est très important d'être compétent et d'avoir des connaissances sur les deux.

Marine (Chance)

Ouais, passionnant parce qu'effectivement, le panorama d'exercices du métier est hyper large. Pour comprendre, c'est une formation infirmière et après, c'est une spécialisation en plus pour être infirmière puéricultrice, c'est comme les infirmiers anesthésistes ou les infirmières de blocs opératoires.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Très prochainement, c'est l'équivalent de quatre années d'études et très, très prochainement, ça va passer sur cinq ans. C'est-à-dire que l'année va passer sur deux ans de spécialisation puisque c'est tellement dense qu'on se rend compte que... Des fois, on est dans certains postes, on se rend compte qu'il peut y avoir des petits manques, il y a besoin d'une harmonisation, de revoir le socle de compétences. Ça, ça a été un engagement du ministre là, très dernièrement pour revoir cette spécialisation et lui donner tous les moyens de pouvoir se déployer encore mieux sur ces lieux d'exercice.

Marine (Chance)

Ok. Chez Chance, on dit qu'un travail, c'est quatre piliers. Pour ceux qui ne connaissent pas Chance, c'est un bilan de compétences et une communauté d'entraide pour t'aider à trouver ta juste place dans le monde du travail. En fait, les quatre piliers, c'est le métier, l'environnement, la finalité et les impératifs. Pour le métier, dans notre cas présent, c'est puéricultrice, l'environnement, c'est ce qu'on explique, c'est qu'un métier peut être complètement différent en fonction des conditions et des lieux dans lesquels tu l'exerces. Ça me semble très à propos, vu tout ce que tu viens de me raconter sur les différentes manières d'être puéricultrice. Est-ce que toi, tu peux nous raconter un peu les différentes fois où tu as exercé le métier et quelles ont été pour toi les plus, les moins ? Qu'est-ce qu'il faut savoir pour être capable de dire: Est-ce que ça me convient ou pas ? Tu parlais du néomat, tu parlais de maternité, tu parlais de maintenant former aussi. Est-ce que tu peux nous raconter les différents types que tu as exercés ?

Elodie Emo (Puéricultrice)

J'ai commencé donc maternité de l'hématologie dans une maternité de niveau 3. Maternité de niveau 3, ça veut dire qu'il y a de la réanimation. Moi, très clairement, j'ai commencé à exercer là-bas parce que je savais que j'étais faite plutôt pour le relationnel. Je savais d'emblée que je resterai pas toute ma carrière à l'hôpital, bien qu'il y ait beaucoup de relationnel à l'hôpital, mais je me voyais plutôt travailler en extra-hospitalier, mais j'avais envie d'acquérir, justement, ce dont je te parlais tout à l'heure, une certaine expérience dans les soins et je pense que ça m'a apporté beaucoup. À l'hôpital, ce qu'il peut y avoir de complexe, déjà, il y a les horaires. Tu travailles pas sur des horaires de journée, tu as des horaires de quart, tu peux faire des nuits. Ça, au niveau du rythme, c'est quelque chose qu'il faut prendre en compte. Il y a quand même un rapport hiérarchique assez présent avec les médecins à l'hôpital. Ça aussi, c'est quelque chose d'important qui peut peser parfois sur le poids, même si... Moi, j'ai commencé à travailler il y a... J'ai 40 ans, j'ai commencé à travailler il y a 17 ans. Les choses ont beaucoup évolué depuis.

Elodie Emo (Puéricultrice)

À l'époque, il y avait ce truc un peu patriarcal très, très présent. Maintenant, on en sort un peu. Je dirais que ça permet d'allier justement... Plus tu maîtrises les soins qui demandent beaucoup de dextérité, plus tu vas être à l'aise dans les explications que tu vas donner, l'accompagnement que tu offres aux parents et la communication que tu vas pouvoir offrir aux tout petits bébés et aux parents. Il faut quand même réussir à maîtriser un petit peu les choses pour après se détacher de ça et pouvoir être à l'aise. Cette expérience-là m'a permis ça, m'a permis de voir qu'il y a des choses qui prennent un petit peu de temps. On n'est pas tout de suite hyper à l'aise sur tous les domaines. Je pense que pour faire ses preuve, il faut être humble, il faut écouter les conseils des personnes qui sont là depuis longtemps, qui ont de l'expérience. Cette première expérience de deux ans m'a appris ça, m'a appris à travailler aussi en équipe, en collaboration Tout seul, on peut être un super bon professionnel, tout seul, on est toujours moins performant qu'ensemble. Ça, c'est quelque chose d'important. Voilà pour la première expérience. Ensuite, moi, j'ai basculé en TNI.

Elodie Emo (Puéricultrice)

J'ai travaillé neuf ans en TNI, à Boulogne-Billancourt et à Courbevoie. Je suis originaire de Normandie à la base, mais j'ai travaillé longtemps à Paris. J'ai fait pendant ces neuf années deux diplômes complémentaires: un diplôme en psychopathologie du bébé et de la famille et un autre diplôme en psychisme et périnatalité. Je me suis un peu spécialisée dans toutes les relations intrafamiliales pour comprendre vraiment très bien encore plus tout ce qui était lié au développement, à la relation d'attachement. Ces neuf années en PMI, là, j'ai développé le relationnel plus, plus, plus, de manière à être presque experte. C'est un peu prétentieux, mais c'était ça, d'être experte dans cette relation où tu t'adaptes à l'autre. C'est-à-dire que tu ne peux pas être la même avec une maman et une autre maman. Il y a cette adaptabilité qui demande du temps aussi. Parce qu'au début, tu as des connaissances très théoriques, que peut-être tu vas ressortir parce que tu les connais. Ce qui est vraiment important au-delà de ça, et là, cette année, je fais un master en communication et c'est ce qui ressort dans les entretiens que j'ai fait avec les mamans, c'est qu'au-delà des conseils que tu donnes, ce qui compte vraiment, c'est ta posture, c'est ta bienveillance, c'est ton écoute.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Ces années ont permis de développer ça. Je n'avais pas encore d'enfant. Après, la maternité aide aussi à voir les choses sous un autre angle. Je n'avais pas encore d'enfant, mais c'est ça, s'adapter, sentir là où tu te places et là où tu es bien placé. Il y a aussi le travail en équipe qui est extrêmement important. En TMI, on travaille à la semaine, du lundi au vendredi, avec des horaires de journée. C'est quand même un confort. Ça, c'est un avantage de travailler en TMI. Et puis, les missions sont très variées. On peut aller dans les écoles aussi faire des bilans, des moyennes sections des enfants de quatre ans pour voir si la vue va bien, l'audition va bien, si tout se passe bien au niveau psychomoteur. Les infirmières puéricultrices vont aussi dans les écoles et elles font, comme je l'ai dit tout à l'heure aussi, tout ce qui est lié l'agrément et au suivi des assistantes maternelles. Et puis, il y a aussi tout un volet protection d'enfance, en collaboration avec l'aide sociale à l'enfance, où on va, dans certains cas, quand les parents ont besoin d'aide, venir apporter une aide supplémentaire, suivre les parents et faire de nombreuses visites à domicile en plus.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Voilà pour ma deuxième expérience qui a duré neuf ans. Et puis là, il y a six ans, je suis arrivée en Bourgogne. Je change de région, à chaque fois, je change de poste. Et donc, je suis devenue chargée de formation parce que je pense que j'avais acquis une certaine expérience qui me permettrait, qui me permettait à mon tour de transmettre. C'est ce que je fais d'ailleurs aujourd'hui, et le fait de transmettre me plaît beaucoup. Et dans la transmission, c'est pareil, dans la transmission, ce qui me plaît le plus, c'est vraiment de repartir de la base et de dire: C'est un métier de soin. C'est un métier de soins et au-delà de tout ce que vous avez envie de venir réparer. Il ne faut pas oublier que les soignants, mieux tu te connais, le meilleur soignant tu es. Il y a beaucoup de soignants qui choisissent ces métiers-là parce qu'ils viennent réparer quelque chose. Nous, en plus, dans les métiers de la petite enfance, c'est ça. Pour peut-être des jeunes filles qui m'écoutent ou des jeunes garçons, c'est très important parce que mieux on se connaît soi-même, plus on est compétent. Ça, je le dis beaucoup à mes élèves et de leur dire aussi que c'est un métier de soin.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Et prendre soin de l'autre, ça veut dire être bienveillant, être à l'écoute. Ça ne veut pas dire être hyper performant dans un soin qu'on va faire hyper technique. En tout cas, pas que, même si ça peut être une base importante. La transmission, ça m'apprend ça et puis ça me permet d'être réflexive puisqu'elles m'apprennent autant que je leur apprends. C'est-à-dire que je dis elles parce qu'il y a beaucoup de filles, très peu de garçons, J'espère que dans les années à venir, il y aura de plus en plus de garçons parce qu'ils ont toutes leur place. Elles m'apprennent beaucoup puisqu'il y a des choses que je ne sais pas, que je suis loin d'être parfaite. C'est important de dire: Je ne sais pas, merci beaucoup de m'apprendre ça. Elles me nourrissent presque autant que je l'ai nourrie. Moi, j'ai vraiment cette vision de la transmission un peu à l'horizontale de plus en plus. Là, mes dernières activités que j'ai développées de soutien à la parentalité, c'était vraiment parce qu'il y a un vrai maillon manquant dans l'offre de soin aujourd'hui française. Je soutiens les jeunes parents de la naissance aux trois ans en leur offrant des espaces de parole sécuritaire pour leur permettre de pouvoir poser toutes les questions qu'ils veulent et qui n'ont pas forcément le temps de poser, par exemple, au pédiatre, parce qu'il y a des rendez-vous assez rapides.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Voilà pour faire un petit panel de ce que je fais, de ce que j'ai fait et de ce que ça a pu m'apporter. Je ne sais pas si ça répond à ta question ?

Marine (Chance)

Si, c'est génial parce que ça permet de voir vraiment différentes conditions d'exercice du métier avec vraiment des environnements qui sont très différents entre la PMI ou l'hôpital. Et encore-

Elodie Emo (Puéricultrice)

Moi, je n'ai pas fait de pédiatrie, je n'ai pas fait de direction de crèche et donc une autre puéricultrice pourrait parler de ça bien plus richement que moi.

Marine (Chance)

Oui, mais hyper intéressant de savoir vraiment que c'est un métier où tu peux te renouveler, tester des nouvelles choses. Tu as fait plusieurs fois référence au fait que tu as repris des études pour ajouter une formation à ton arc. J'ai l'impression que tu l'as fait souvent. Est-ce que vous avez des formations facilitées que tu fais à côté de ton travail en cours du soir ou est-ce que tu arrêtes de travailler et tu retournes à la fac pendant deux ans ?

Elodie Emo (Puéricultrice)

Cette année, je suis retournée à la fac et j'ai continué à bosser en même temps. Ce qui est assez rare. Mais les DU, je les ai faits parce que j'avais envie. C'était vraiment un désir de ma part. Je me suis fait financer, mais j'ai continué à travailler en parallèle, mais j'étais détachée pour pouvoir aller à la fac. Cette année, vu que je suis chargée de formation, c'était aussi une recommandation d'avoir un niveau de master de recherche pour pouvoir enseigner. Mais le master que j'ai choisi, c'est sciences de la communication de l'information. C'est un truc qui me va bien, c'est une orientation dans laquelle je vais. C'est par hasard, si je suis là aujourd'hui aussi. Mon thème, c'était: Où est-ce que les jeunes mères vont rechercher de l'information en 2023, après ce nouveau modèle parental ? Il y a un nouveau modèle parental qui se met en place. On sait beaucoup plus de choses sur les neurosciences, sur l'impact du comportement des parents sur les enfants. Donc, j'ai voulu m'intéresser à ça. Ce que j'ai découvert, c'est que les mères sont très, très responsabilisées aujourd'hui. Il y a un vrai devoir, en tout cas de l'espace public, de bouger un peu les choses et d'inclure plus les pères.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Et puis aussi de permettre plus d'expérimentation. C'est un modèle qui est encore très abstrait. Il y a beaucoup de bouquins, de podcasts, de choses là-dessus. Mais au final, les mères, elles le font avec leur filtre et elles lisent des bouquins pendant la grossesse et avant l'accouchement. Et puis après, on fait tout seuls puisque ce n'est pas une éducation reçue, ce n'est pas une éducation partagée par l'environnement proche. Voilà donc mon thème, en fait, il y a un fil conducteur. Ce n'est que des mères qui sont venues au cercle des parents que j'ai interrogé cette année pour mon master, que je vais soutenir très prochainement. Voilà. C'est passionnant aussi. Je pense que c'est important de continuer à... Je pense que ça permet d'avancer sur ton chemin professionnel, de te former, de réfléchir, de bouger. Puis, on est des générations qui... Autour de moi, il y a beaucoup de gens qui changent. On ne fait pas les mêmes jobs toute une vie. Ça, c'est important aussi de ne pas se... Parce que quand tu es dans un entonnoir, ça peut être assez complexe. Je pense que ça, c'est important. Mais je pense que les gens qui regarderont le live, je pense qu'il y a beaucoup de très jeunes, et donc ils ont déjà ça en eux.

Elodie Emo (Puéricultrice)

C'est la génération Z. Ils ont ça en eux, c'est un peu dans leur code génétique de bouger, de s'adapter. C'est aussi une des caractéristiques de ce métier-là. Je pense qu'on est une profession où on bouge beaucoup, on s'adapte beaucoup.

Marine (Chance)

On parlait tout à l'heure des différents piliers qui définissent un travail. On a vu le métier, on a vu l'environnement. Tu as aussi ce qu'on appelle les impératifs, notamment la rémunération, les conditions de travail. Et c'est hyper important de savoir quels sont les siens. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur la réalité concrète de ce point de vue-là ?

Elodie Emo (Puéricultrice)

Tout à fait. C'est un métier que je trouve magnifique, mais qui est trop peu valorisé, comme beaucoup de métiers. C'est un métier à 98% de femmes. Donc quand même, on place les choses. Au niveau rémunération, on est sous-payé par rapport aux responsabilités qu'on peut avoir. Il y a eu quand même le Ségur, il y a eu des choses qui ont augmenté. Moi, quand j'ai commencé en 2007, enfin, 2008, j'étais payée à l'hôpital 1 750 € de net. Je pense que maintenant, c'est un peu plus. Ça doit être autour de 1 900 € de net quand tu commences à l'hôpital avec des week-ends. Ça reste trop peu et surtout, les grilles salariales évoluent. C'est un métier qui est trop peu valorisé, très clairement. Je pense que ça va évoluer. Si ça passe en bac plus cinq, ça va évoluer aussi, mais on a du travail à faire par rapport à ça... Mais c'est valable pour tous les soignants. Là, je ne sais pas si tu as entendu parler avec les crèches, tout ce qui s'est passé, les professionnels des crèches qui s'occupent des jeunes enfants ou des gens qui bossent en EHPAD. L'enfance, c'est des métiers vraiment sous-valorisés, donc le métier d'infirmière/infirmerie puéricultrice, il n'échappe pas.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Donc, la rémunération, ce n'est pas un plus. Après, il ne faut pas dire aux jeunes gens qui voudraient s'orienter vers ces métiers-là: C'est un métier que vocation, c'est un métier que passion. Moi, je n'aime pas dire ça parce que la reconnaissance, ça fait partie de la valorisation de soi. Donc, c'est primordial. Je ne vois pas pourquoi quelqu'un qui a un bac plus simple et qui est soignant aurait un salaire médiocre comparativement à quelqu'un qui bosse dans un milieu de marketing ou du commerce. Il y a vraiment des choses à revoir profondément. Aujourd'hui, c'est ça, le constat est tel. Après, il y a des gros désavantages au niveau du rythme. C'est-à-dire que si on bosse à l'hôpital, ça peut, dès lors qu'on a une vie de famille, être compliqué, bosser les jours de fête, le 25 et le 24 au soir. Il y a quand même tout ça à avoir en tête. Il y a aussi actuellement l'état de l'hôpital public qui fait qu'il y a de la maltraitance institutionnelle pour les patients, mais aussi pour professionnels de santé. Il ne faut pas idéaliser les choses. C'est un très joli métier, mais il ne faut pas idéaliser. Il faut quand même avoir en tête ça et de se dire: OK, moi, je veux faire ce métier-là, je l'ai vraiment à cœur, mais je vais être face à un environnement qui n'est pas toujours plaisant, qui n'est pas toujours facile.

Elodie Emo (Puéricultrice)

On peut aussi être face à la réaction des patients qui peut être complexe. Tu peux être face à la mort très souvent, même si c'est un lieu où il y a des enfants. Émotionnellement, c'est un métier qui est très dur. Je dirais: Au-delà de ça, je ne regrette pas une seconde d'avoir fait ce métier-là. Je trouve que c'est un métier tellement porteur de sens dans une société, des fois, où on perd ce sens-là.

Marine (Chance)

C'est hyper important de le dire et malheureusement, oui, c'est tous les métiers du care qui sont en plus essentiellement exercés par des femmes. L'enseignement a le même problème avec des gens...

Elodie Emo (Puéricultrice)

Exactement. Je parle du métier du soin, mais dans l'éducation, C'est exactement la même chose.

Marine (Chance)

Des métiers indispensables et qui, souvent, ne sont pas du tout valorisés, mais c'est effectivement des décisions politiques qui doivent être prises. Question, parce que je sais que pour des infirmières, j'ai déjà eu des cas comme ça. Le fait de passer en libéral permettait de mieux vivre de son métier. Est-ce que ça pourrait fonctionner aussi pour les puéricultrices?

Elodie Emo (Puéricultrice)

Moi, j'ai beaucoup d'infirmières libérales. J'en connais beaucoup, ma belle-sœur infirmière libérale. Il n'y a plus le poids hiérarchique, c'est-à-dire qu'il y a une liberté. Et ça, la valeur liberté, je pense que quand c'est ta première valeur, tu t'y retrouves. Moi, perso, la liberté, c'est une valeur extrêmement importante. Mais au-delà de ça, il y a quand même un rythme qui peut être très intense. On entend souvent les infirmières libérales, elles gagnent super bien leur vie, mais elles font parfois 50 heures par semaine. Tu vois ? Donc, il y a ce rapport travail-gain. Oui, tu n'as plus le poids hiérarchique, organisationnel que tu peux avoir dans d'autres structures. Comme les métiers d'autoentrepreneuriat, c'est toi qui gères ton temps, donc tu peux bosser énormément. Mais pour les gens qui ont envie d'être libres et de pouvoir gérer leur temps plus comme ils veulent... Après, infirmier en libéral, tu as quand même des contraintes. Je sais que c'est très, très tôt le matin pour aller faire certains examens, les prises de soins, c'est 7h00 le matin parfois. Tu as une pause au milieu de ta journée, puis tu reprends le soir de 17h00 à 20h00. C'est un rythme, pareil, avec une vie de famille qui n'est pas simple.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Au niveau rémunération, oui, tu peux bien gagner ta vie, mais il faut faire beaucoup d'heures. Tu ne peux pas super bien gagner ta vie en faisant 35 heures par semaine. Tu la gagne correctement, mais je veux dire, si tu parles de sommes autour de 3 à 5 000 €, il faut bosser bien plus qu'un 35 heures. Très clairement. J'allais juste te dire que ça dépend des actes. C'est-à-dire qu'il y a des actes qui sont bien rémunérés et d'autres pas. Mais si tu interrogeais des infirmières libérales, elles te diraient qu'elles sont trop peu payées parce qu'il y a certains actes qui sont... Je n'ai pas les tarifs en tête, mais ce n'est même pas respectable. Franchement, le tarif devrait vraiment être revu.

Marine (Chance)

Oui, et tu rajoutes le tarif de l'essence pour aller voir les patients.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Et puis aussi le temps que tu passes, c'est-à-dire que quel soin tu fais ? Si tu passes deux minutes, tu fais ta prise de soin, tu t'en vas, tu speed à mort. Ou alors tu t'intéresses au relationnel puisque les soins techniques et le relationnel sont toujours couplés. Toi, si on vient chez toi, qu'on te fait une prise de sang à la va-vite, qu'on ne prend pas le temps de te sourire, de te parler, ça va être un soin de moins bonne bonne qualité. Donc il y a ce temps-là qui est à coté. Et tu vois, tous ces temps, c'est ça qui est pas compté dans le système de soins. C'est tous ces temps hyper importants où tu prends vraiment soin de l'autre. Ça, c'est un problème tellement plus large.

Marine (Chance)

Pour finir, est-ce que tu peux nous raconter un petit peu l'association que tu as créée ? Je ne sais pas si c'est le bon terme association.

Elodie Emo (Puéricultrice)

C'est ça. Tu parles d'elle, tu parles d'elle, du collectif Je suis infirmière puéricultrice, peut-être ? Du collectif, non ? Ou des cercles de parents.

Marine (Chance)

Les deux.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Les deux. Je suis devenue cofondatrice du collectif Je suis infirmière puéricultrice il y a deux ans, avec des nanas géniales, parce que notre métier, on ne le connaissait pas. Et tu vois, je pense qu'il y a deux ans, on n'aurait pas pu le faire, aujourd'hui là il y en a deux, il y a Alexia aussi. C'est un collectif de citoyennes qui s'est retrouvée sur le net il y a deux ans, juste après le confinement, pour défendre notre profession et donner de la visibilité. Parce que quand tu disais: Qu'est-ce que c'est qu'une infirmière puéricultrice ? Les gens ne savaient pas. Ils confondaient avec une auxiliaire de puériculture, qui est un peu l'équivalent d'une aide-soignante pour les enfants avec qui on bosse en collaboration. Et donc, j'ai cofondé ce truc-là et on s'est battu, on a bougé pour donner plus de visibilité et on a un peu gagné parce qu'aujourd'hui, on sait un petit peu plus ce que c'est qu'une péricultrice, en tout cas un petit peu plus qu'il y a deux ans. On a été en contact avec le ministre, Adrien Taquet, de l'époque et Philippe Romac. On disait: Il faut rembourser les soins en libéral, les infirmières puéricultrices, soutien à la parentalité, tout ça.

Elodie Emo (Puéricultrice)

En gros, pour le moment, ce n'est pas encore acté, mais ils nous ont dit: Investissez-vous dans des appels à projets des agences régionales de santé. Ce que j'ai fait, en lien avec la politique des 1 000 premiers jours, puisqu'il y avait un vrai défaut de maillage. Donc, j'ai réfléchi avec d'autres puéricultrices. On a créé les cercles de parents. On a obtenu le projet, on a été lauréat du projet sur trois départements à la base. Et ensuite, grâce au collectif, et à l'UNA et l'UDAS, parce que c'est une association qui s'appelle l'Union Départemental des Familles qui nous a aidé à déposer le projet. J'ai dit à plein de puéricultrices du collectif: Je vous file le projet, on va le développer dans d'autres départements, répondez à des appels à projets dans d'autres régions. Et donc, notamment dans le Grand Est, il a été élu avec Barbara Dupuy qui a bataillé et maintenant, c'est sur cinq départements dans le Grand Est. Là, on est à 13 départements aujourd'hui et j'espère que ça va encore monter. Mon idée, parce que je parlais avec Fabrice, qui était psychiatre et qui m'a interrogé pour son podcast, il m'a dit: C'est une startup, ton truc.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Je lui ai dit: Ouais, mais je ne suis pas dans ces valeurs-là. L'idée, c'est que je donne mon projet parce que ça va être bénéfique au plus grand nombre et beaucoup plus vite. Et ça a marché. Ça a marché et j'en suis hyper fière et hyper heureuse. Après oui, on aurait besoin de plus d'aide, on aurait besoin d'aides de l'État bien plus massive parce que mine de rien, ce n'est pas encore démocratisé, c'est peut-être du soutien à la parentalité. Être parent en soi, c'est une période de vulnérabilité, donc tu n'as pas besoin d'avoir des problèmes gigantesques pour venir au cercle des parents. Et j'ai rencontré dans ce parcours-là une nana géniale qui s'appelle Aude Laffitte, qui a perdu son bébé du syndrome du bébé secoué il y a quatre ans de cette maltraitance. Elle a fondé, elle a réfléchi à une association qui s'appelle Avis Action Contre les Violences Infantiles et elle m'a demandé de la rejoindre. Et donc maintenant, je suis devenue membre actif et fondateur de cette asso' qui va se battre pour sensibiliser les professionnels de santé, mais aussi les parents. Et donc, les services de parents, ce sera sûrement un outil pour sensibiliser les parents aux maltraitances, notamment au syndrome du bébé secoué.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Enfin, la maltraitance du bébé secoué. Voilà un peu l'histoire. Donc, tout a un fil conducteur, si tu veux. J'ai fait beaucoup de choses, mais tout est lié et tout s'articule. Et un peu mon leitmotiv, c'est: tu crées des belles relations et après, tu tisses ensemble. J'ai cité Barbara, mais je pourrais citer Katia, je pourrais citer Claire, je pourrais citer Julie, toutes les filles qui bossent avec moi au collectif, Estelle, j'en oublie sûrement. Mais Michelle, Anne, on s'est portées mutuellement, on s'est aidées. Dans ce parcours-là, c'est ça que je retiens. Je n'ai rien réussi toute seule.

Marine (Chance)

Merci beaucoup Élodie pour ton partage. Il est 9h30, donc on va devoir arrêter. C'est toujours frustrant une demi-heure parce qu'on a toujours envie de continuer. Mais mille merci pour ton partage qui a contribué à faire connaître encore plus ton métier. Elodie Emo, si vous voulez la retrouver sur les réseaux, puéricultrice et très active, voire activiste, sur tous ces sujets.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Je suis militante. Et les cercles de parents sur Instagram. N'hésitez pas. Les cercles de parents sur Insta.

Marine (Chance)

Et le cercle des parents sur Instagram. Merci beaucoup Elodie pour ton temps.

Elodie Emo (Puéricultrice)

Merci à toi Marine.

Marine (Chance)

À bientôt. Au revoir. Salut.

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