Julie Abbou, Restauratrice du patrimoine
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Elise (Chance)
Bonjour à toutes et à tous. Je suis heureuse de vous retrouver pour ce live. Merci beaucoup Julie d'avoir accepté de partager ton métier et ton parcours.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Bonjour, merci beaucoup Marine.
Elise (Chance)
N'hésitez pas dans ce live, le but du jeu, c'est que ce soit interactif. Vous pourrez poser dans le chat toutes les questions que vous aurez pour Julie. Et pour commencer, ça m'intéresse de savoir d'où vous nous écoutez, parce que je sais qu'il y a des gens un peu partout en France. Donc n'hésitez pas à nous dire d'où vous êtes en ce moment. Est-ce que vous êtes à Paris ? Est-ce que vous avez la chance d'être dans le Sud ? Il y avait même des gens à l'étranger dans les autres live. Donc n'hésitez pas à nous dire dans le chat. Je vois Valérie, Florence qui commence à nous dire. Alors génial, on a Florence de Bordeaux. On a Lena de Tours. Lena, je t'avais vue ce matin dans un autre live, j'adore. Moi aussi, je viens de Tours. On a Valérie de Paris, Elise de Paris Je vois que ça continue de taper. Les gens sont en train d'arriver dans le live. Emilie de Grenoble. Je ne sais pas d'ailleurs. Toi, Julie, d'où tu viens ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Moi, originaire de Paris, mais maintenant j'habite à Annecy. J'ai trouvé l'amour à Annecy, donc vous savez ce que ça fait, de mon âge.
Elise (Chance)
Écoute, génial. Un pour l'amour et deux pour Annecy, parce que c'est très beau.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Oui, c'est vrai. C'est vrai que c'est une belle ville. C'est magnifique. Le lac, la montagne. Même si je suis une pure Parisienne, je n'avais jamais pensé à aller, entre guillemets, plus dans la nature, mais j'adore ça. C'est vrai que c'est très beau.
Elise (Chance)
Trop chouette. Pour commencer, Julie, est-ce que tu peux nous raconter un petit peu ton parcours et comment tu es arrivée au métier que tu occupes aujourd'hui.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Merci déjà. Merci beaucoup pour ta question, Marine. Merci de m'avoir invitée à partager avec vous dans ce live. Je suis ravie de vous voir connectés, même si je ne vois pas évidemment vos visages, mais merci à toutes et à tous d'être là. Je suis ravie de pouvoir partager mon expérience aujourd'hui. Alors évidemment, vous me voyez à l'écran, je m'exprime en langue des signes française. Je suis une personne sourde de naissance. Et donc la personne que vous voyez en deuxième, Florine, qui parle en ce moment, c'est une interprète en langue des signes professionnelle. Merci à elle d'être revenue. C'est un peu la voix qui m'est prêtée, puisque je m'exprime en langue des signes. Alors, pour répondre à ta question, Marine. Restauratrice du patrimoine, c'est un joli titre, c'est un joli parcours, mais qui est assez complexe pour en arriver là, puisque c'est en lien avec des études qui sont aussi assez rares. Et avec ma surdité, ça n'a pas été forcément un parcours toujours facile. Donc, au total, moi, j'ai eu 10 ans d'études pour arriver là où j'en suis aujourd'hui. Donc, j'ai fait un bac ES, économique et social, dans un premier temps. Et je savais que j'avais envie d'aller dans une filière artistique.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
C'est quelque chose qui me plaisait déjà beaucoup. Mais je n'avais pas vraiment de guide, pas vraiment d'ouverture, pas vraiment d'option où aller. Donc j'ai fait d'abord l'École des beaux-arts de Marseille, plutôt orientée création et plutôt orientée sculpture dans un premier temps. J'ai fait trois ans d'école, en licence diplôme National des Arts Plastiques, ça s'appelle, D-N-A-P. Et pour autant, il me manquait un peu quelque chose, même si c'était de la création, mais finalement pas tant que ça en créativité. Et puis, j'ai rencontré une femme, Sibylle Mondero, qui est une artiste et qui était, elle aussi, en parallèle de son activité d'artiste, restauratrice. Et à l'époque, elle avait été formée par des maîtres, entre guillemets. Donc, c'est un petit peu comme des concepts un peu magiques de transmission, vous savez, qui existent dans les métiers d'artisanat d'art. Et donc vraiment, Sibylle n'avait pas fait un cursus très classique, elle avait été formée par des maîtres. Moi, j'ai cherché des études et c'est l'Institut National du Patrimoine, qui est une école publique qui est vraiment référencée comme une école de référence d'un assez haut niveau, ouverte au public, pour justement devenir restauratrice du patrimoine. Pour autant, le concours à l'entrée est assez exigeant et assez compliqué.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Et donc j'ai rencontré une femme qui, me voyant arriver, m'a dit que j'étais handicapée, que je n'aurais pas le niveau de toute façon. Donc, il y a plein de choses qui sont compliquées à expliquer là tout de suite, mais qui ont vraiment été une rencontre finalement décisive. Parce qu'au lieu de laisser tomber, je me suis plutôt tournée vers une école privée de restauration pendant deux ans. Mais je voulais retourner à l'INP pour vraiment avoir ce diplôme public. C'est fondamental. Et là, j'ai repassé le concours et je l'ai réussi. Et donc à l'INP, ensuite, c'est cinq ans d'études supplémentaires. Donc finalement, dix pour en arriver là. Mais on sort de l'INP, on a le titre. C'est un métier avec un titre de restauratrice du patrimoine. Et ensuite, j'avoue que c'était difficile les premières entrées dans le monde du travail, parce que l'investissement avait été énorme, notamment pour le mémoire. Vous savez, toutes les fins d'études, tous les cinq ans passés, finalement, ça avait été un engagement vraiment total. Et donc ça a été un peu compliqué. Et en fait, c'est six mois après que le C2RMF, c'est le Centre de recherche et de restauration des musées de France, qui est hébergé au Louvre, au Palais du Louvre, à Paris.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
C'est eux qui m'ont appelé et qui m'ont proposé un poste au C2RMF de restauratrice du patrimoine. Enfin, ça s'appelle chef des travaux d'art, précisément, le métier, avec la spécialité céramique et verre qui était effectivement ma spécialité. Et donc, je suis restée cinq ans et demi en tant que salarié. Et puis, cette fameuse rencontre de l'amour m'a fait faire d'abord du télétravail à distance et finalement, travailler à Genève dans un second temps en tant que conservatrice, responsable d'une équipe de conservation et le responsable de l'unité est régie. Donc, je gérais l'équipe de sept personnes jusqu'à fin mai dernier. Voilà. Donc, le parcours est un peu... C'était long pour répondre à ta question, mais voilà où j'en suis aujourd'hui.
Elise (Chance)
Génial, merci beaucoup. C'est normal, la première question sur le parcours, c'est toujours un peu long, parce qu'il faut que tu résumes plusieurs années de vie. J'ai plusieurs questions pour toi. La première, c'est: est-ce que c'est forcément 10 ans ou est-ce qu'on peut réussir à le faire en version beaucoup plus raccourcie ? Et ma deuxième question, c'est: est-ce que tu peux nous expliquer un peu le quotidien de ton métier ? Qu'est-ce que tu fais, tes missions ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Pour répondre à ta première question, ça n'est pas obligatoire. Moi, les 10 ans que j'ai fait, c'est parce que j'ai fait plusieurs écoles et que parce que j'ai eu un parcours assez difficile en termes d'accessibilité pour ma surdité. Donc l'objectif que je poursuivais, en fait, même si j'avais un fil rouge, je suis passé par diverses choses. L'INP est une école, je le disais, où on peut rentrer directement. Donc on peut faire un bac +5, mais en fait, c'est très rare de rentrer en concours directement après le bac. Il faut en général un bagage histoire de l'art, physique, chimie. Souvent, les personnes font d'autres études. Elles ont souvent un autre diplôme, une licence et après, elles passent le concours pour rentrer à l'INP. C'est quand même des concours qui sont assez exclusifs. Sur la conservation-restauration, c'est un grand domaine. Donc, en fait, même s'il y a plein de vocabulaire technique un peu théorique, mais moi, pour faire simple, pour vous donner un petit peu l'idée de ce que je fais... En fait, la conservation-restauration, c'est un petit peu comme le monde médical. Sauf que là, au lieu de s'occuper des patients, on s'occupe des œuvres d'art.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Donc moi, il faut m'imaginer en tant que médecin. Et je ne soigne pas des personnes, je soigne des œuvres. Donc je m'occupe, je suis engagée sur la préservation des œuvres. Donc, se prémunir de risques de maladie. Je protège les biens culturels. Donc, ça peut être des biens culturels qui appartiennent à la fois aux partiticuliers ou aux musées de France. C'est tout type de bien culturel. Et en fait, nous, notre équipe, la restauration, ce n'est pas que de la restauration, comme on pourrait imaginer. C'est vraiment plein de missions qui ont fait différentes, que je pourrais peut-être décrire tout à l'heure. Mais en fait, il y a plein de choses et c'est un métier qui est très riche, mais on s'attelle à garder une santé d'une œuvre d'art. Par exemple, quand vous voyez une œuvre d'art qui est derrière un musée, derrière une vitre, par exemple, imaginez que cette œuvre-là, parfois, elle a des milliards d'années. Comment on fait pour conserver une œuvre qui a des milliards d'années ? C'est là que nous intervenons. Mais attention, on n'intervient pas forcément tout seuls. On travaille aussi avec d'autres conservateurs, d'autres ingénieurs, d'autres métiers. C'est vraiment une équipe aussi pluridisciplinaire pour ensuite intervenir sur l'œuvre in situ.
Elise (Chance)
Génial. Et l'objectif de ces live en coulisses, c'est de donner des aperçus de la réalité des métiers dans les choses positives comme dans les choses qui peuvent être plus pénibles, sachant que c'est vraiment propre à chacun. Toi, quelles sont les parties que tu aimes le plus dans ton métier qui te remplissent qui t'énergisent ? Et quelles sont les parties qui sont moins dans ton flow, qui sont moins agréables pour toi ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Effectivement, c'est plus difficile de dire le négatif parce que moi, je suis très optimiste déjà de base, donc en plus, j'adore ce métier-là, mais j'ai quand même un recul, donc je peux t'en faire part, effectivement. Je pense que le choix du métier doit se faire dans un premier temps. Déjà, ce qui est vraiment très riche, c'est qu'il y a plein de choses différentes. Déjà, là, c'est un métier qui est très rare, qui est assez exceptionnel, qui donne ce petit aperçu d'exceptionnel, cette petite découverte, ce petit secret qu'on ne connaît pas. Donc c'est complètement inédit. C'est quelque chose qui est riche de ça, en fait. On se rend compte de merveilles qu'on ne connaît pas. Et tout à l'heure, on parlait des œuvres qu'on voit dans les musées, qu'on ne pourra jamais toucher, jamais vraiment apprivoiser. Et nous, on a la chance d'apprivoiser et de toucher des œuvres uniques qui ont des millénaires et qui racontent des siècles d'histoire. Et on est à ses côtés, on fait une enquête, on connaît leur histoire et il y a un vrai lien historique qui est incroyable de se rendre compte qu'une œuvre a traversé des tas de générations.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Comment elle a été fabriquée ? À quelle fin ? Comment elle a été utilisée après cette œuvre ? Est-ce qu'elle a été restaurée ou pas pendant toutes ces années ? Quelle est son histoire, vraiment ? Comment la chronologie fait qu'elle en arrive là aujourd'hui ? Ça, c'est vraiment passionnant. La troisième chose qui est très sentimentale, mais qui donne du sens aussi, moi, je trouve, à mon métier et à ce métier-là en général, c'est qu'on fait de la préservation aussi des œuvres. On ne fait pas que de la restauration, mais aussi de la préservation. Et je trouve que préserver des biens culturels, c'est incroyable, parce que c'est ça qui va subsister à nous. Donc, on est responsable d'en prendre soin pour que les générations futures puissent aussi en profiter et que c'est ça, c'est cette transmission fondamentale, culturelle et historique, qu'on passe aux générations futures, même à des centaines d'années. Et donc ça, je trouve que ça rend quand même fier et c'est un très beau métier. L'autre chose que je pourrais dire aussi que je trouve incroyable, c'est que c'est la richesse des contenus. Parce qu'en fait, ce n'est pas qu'un métier pratique où on touche les œuvres et on les restaure.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
On travaille aussi avec des historiens de l'art, avec des scientifiques, avec des scientifiques du patrimoine qui s'occupent de biologie, de chimie, qui ont des connaissances vraiment en physique-chimie qui sont très, très intéressantes. La connaissance des matériaux, comment ils se dégradent, etc. Et en fait, ça, c'est passionnant parce que la restauration, c'est une analyse, c'est une enquête. On discute avec plein de personnes différentes, d'acteurs, finalement, dans cette œuvre-là, avec chacun leur expertise, leur spécialité. On a des échanges où l'autre objectif, le seul, c'est de préserver l'œuvre et ça, c'est super intéressant. C'est très énergisant, comme tu dis. Ce que je voudrais rajouter aussi, c'est que dans les missions qu'on réalise au quotidien, il y a beaucoup de personnes qui pensent que la restauration, c'est un petit pinceau sur une œuvre et que ça s'arrête là, mais la restauration, le côté pratique, finalement, il est minoritaire par rapport à l'activité principale et majoritaire. Je disais tout à l'heure, les médecins, quand ils se rendent compte du patient qui arrive, il faut d'abord faire connaissance, avoir des informations sur les symptômes, sur l'identité de la personne, une étude préalable sur son lieu de vie, un constat d'état, sur les altérations qu'elle pourrait avoir.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Les altérations, c'est par exemple quelque chose qui est abîmé sur l'œuvre. Tout ça, il faut l'analyser, le décrire et ensuite faire un diagnostic. C'est vraiment le même mot qu'en santé. C'est un diagnostic et parfois, le diagnostic n'est pas évident à faire. Pourquoi l'œuvre est dans cet état-là ? C'est pour ça qu'on travaille avec des chercheurs, des scientifiques, des biologistes. On fait aussi des imageries à l'image des patients. On fait des radios et des scanners des œuvres pour voir ce que ça cache, les sous-couches qu'elles ont, les matériaux. Et ensuite, avec ces résultats-là, on fait une interprétation. Et là, on fait ce diagnostic d'état qui permet, avec le contexte de déterminer un traitement. On détermine un traitement avec les conservateurs, les conservatrices, mais aussi parfois avec les comités scientifiques. Il faut récolter les connaissances de chacun, de chacune, se mettre d'accord pour le traitement qu'on va donner à cette œuvre-là. C'est vraiment comme un médecin. Et le traitement, ce n'est pas forcément en direct. Ça peut être aussi un traitement indirect, par exemple, simplement changer l'environnement de l'œuvre, changer la température, l'humidité relative, les bactéries, l'énergie bactérienne qu'il y a autour de l'œuvre, la changer d'environnement.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Et après, bien sûr, il y a énormément de rapports. Donc, on fait des photos, on documente tout ce qu'on fait. Tout ce qu'on fait, tout ce que je viens de vous expliquer, on le fait. On a aussi une déontologie et une éthique qui est très, très stricte pour préserver justement ces œuvres-là. On fait partie aussi de programmes de recherche, on fait des conférences, des formations pour raconter un petit peu tout ça. Tout ça, c'est de l'expérience aussi. C'est pour ça que c'est un métier qui est incroyablement riche et que je trouve vraiment formidable. Et puis, on voit tellement de gens de diversité des profils que des époques aussi différentes. Les œuvres, elles ont voyagé aussi géographiquement. Et puis moi-même, j'ai voyagé. Je suis allée en Russie, en Corse, partout en France. Ça, c'est vraiment incroyable. Je me rends compte que je fais une liste de positifs, peut-être qui est beaucoup trop grande, Marine. Tu m'as demandé du négatif. Elle sera plus courte. Mais je pense que moi, il faut quand même que je précise que j'étais salariée. J'étais fonctionnaire du C2RMF, donc je travaillais pour le service public en restauration du patrimoine, alors que 76% des gens qui font mon métier exercent en indépendant.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Donc, il y a quand même deux réalités de terrain. Notre quotidien est différent. Moi, j'étais salariée, j'avais une équipe, j'étais fonctionnaire. Donc, j'ai la chance d'avoir intégré un corps d'État. Et comment dire ça ? C'est aussi mon caractère, de toute façon, donc je n'ai pas beaucoup de négatif, mais je pense que sur le côté indépendant, la réalité est peut-être un peu différente. Et puis, qu'est-ce que je pense que dans la reconnaissance du métier, la reconnaissance du métier n'est pas encore là. Le salaire, par exemple, moi, dans la fonction publique, n'est pas forcément à la hauteur de l'engagement qu'on y met. Mais après, il est complémenté par la passion, mais je pense que l'aspect négatif, ça peut être ça quand même. Le salaire et l'exigence pour autant du métier que ça demande en parallèle. Après, peut-être qu'il y a des personnes qui nous écoutent. C'est quand même un salaire cadre. C'est quand même des horaires qui peuvent un peu différents parce que parfois, il y a des urgences. Quand on est indépendant, il y a des horaires plus libres. Je pense que ce serait ça le négatif. Mais après, quand on est indépendant, l'autre charge aussi, ça peut être la charge administrative.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Nous, effectivement, en tant que salarié, on appartient à un service, donc on a des horaires qui sont quand même structurés par une hiérarchie, par des gens qui nous aident à faire des rapports, par une équipe, etc. Quand on est indépendant, on est seuls, donc on est seuls aussi à gérer tous les recherches de projets, les recherches de restauration, le réseau professionnel, la cheferie de projets, Les appels d'offres, par exemple. Ça, c'est beaucoup d'administratif, beaucoup de dossier, avant de pouvoir vraiment exercer son métier quand on est indépendant. Et puis, il faut gérer la concurrence aussi quand on est en indépendant. Ces deux réalités qui sont un peu différentes, mais en tout cas, pour moi, c'est un beau métier.
Elise (Chance)
Génial. Merci beaucoup. Je vois qu'on commence à avoir pas mal de questions dans le chat. Pour les prendre dans l'ordre, Emilie demande, mais tu as en partie répondu, je pense: quelles sont les conditions de travail de ce métier, plutôt seule, en équipe ? Est-ce qu'il y a un contact avec le public ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Effectivement, j'y pensais tout à l'heure. Ce que j'ai oublié de dire sur les missions, c'est qu'en négatif, ça peut être ça, Elise, pour vous répondre, c'est qu'on travaille de temps en temps seuls avec des produits chimiques. Donc je pense juste attention à ça sur la santé. On est évidemment protégé par des masques très solides, mais parfois, il y a des personnes qui peuvent influencer la santé. Les produits chimiques sont parfois... C'est un risque qui fait partie du travail. Et puis, c'est aussi un métier qui demande une énorme concentration. Et en fait, on peut passer 300 heures pour une toute petite œuvre. C'est un travail qui peut être très minutieux. Il faut être patient quand même, je pense, et être prêt à accepter. C'était juste ce que je voulais rajouter. Pour répondre à votre question. Qu'est-ce que c'était la question ? Les conditions de travail. Dans l'entreprise, c'est plutôt le service public, le C2RMF dans lequel je travaillais, j'étais seule dans ma spécialité, les arts du feu et la céramique. Donc, j'aurais pu être sur des projets uniquement seule, mais dans d'autres œuvres composites, on appelle composites, c'est-à-dire qu'il y a plein de matériaux différents. La céramique, le verre, mais aussi, par exemple, un émail sur métal.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Il y a du vers d'un autre côté, il y a du sel, il y a du cuir, il y a du bois. Et donc là, toutes les spécialités, tous les chefs de travaux d'art, de bois, de cuir, etc, sont à mes côtés en tant que collègues. Et là, on travaille ensemble sur la personne qui est spécialisée par le métal, par le cuir. Et là, on travaille ensemble, donc il y a des moments, c'est le projet qui fait collectif. Les personnes indépendantes aussi, même si elles travaillent en indépendance, peuvent vraiment s'appuyer sur d'autres collègues en équipe pour travailler ensemble sur certains projets. Et le contact avec le public. La plupart du temps, on voit le public lors d'événements culturels, lors de médiations culturelles, des visites guidées, des visites virtuelles qu'on peut organiser, les journées du patrimoine. C'est des rares moments. On n'a pas de médiation, vraiment. Après, il y a certains musées, plutôt à l'étranger, qui organisent des ateliers de restauration. Donc, nous, on restaure avec le public qui peut nous regarder, poser des questions. Voilà, mais c'est tout.
Elise (Chance)
Super, merci beaucoup. On a une autre question d'Alexandra qui nous dit: Est-ce qu'on se spécialise par type de matière ou plutôt par période historique ? Jusqu'où on peut choisir les œuvres sur lesquelles on va travailler ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Les spécialités, il y a un détail, effectivement, que je n'ai pas encore dit. C'est que chaque restaurateur, restauratrice du patrimoine, on a une spécialité dans laquelle on est quand même expert. Oui, il y a quand même une spécialité. Par exemple, il y a sept spécialités quand on choisit à l'INP. Il y a sept spécialités. Il y a céramique et Art du feu, métal, art textile, mobilier, sculpture, peinture et art de la photographie aussi. Donc oui, il y a quand même une spécialité par matière plutôt, par domaine, je dirais. Et chaque spécialité, quelle que soit l'époque, chaque personne, quelle que soit l'époque, s'occupe de sa spécialité. Parce qu'avant le concours, nous, on doit choisir une spécialité. C'est même avant le concours. Même avant le concours de l'INP, on doit déjà avoir des connaissances dans l'histoire de l'art de la matière dont on s'occupe. Il faut des connaissances générales, évidemment, mais on est quand même interrogé sur... Moi, j'avais vraiment une histoire sur la céramique grecque, sur la céramique ancienne. J'avais vraiment fait énormément d'analyses sur toutes les époques différentes de la céramique. C'est pour ça que ça m'enrichit aussi, parce qu'on ne s'intéresse pas qu'à une seule époque, mais vraiment à une matière qui traverse les époques.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Donc, imaginez, par exemple, le métal, le mobilier, c'est un travail où vous pouvez passer de périodes très différentes d'Antiquité, même à l'histoire moderne, aux Arts déco, etc. Après, les œuvres ont des périodes différentes et en plus, elles n'ont pas tous les mêmes traitements. Donc, c'est pour ça qu'il faut avoir une connaissance aiguë aussi des réactions différentes par rapport à leurs propriétés chimiques. Par exemple, le bois n'est pas forcément le même, il n'a pas forcément été traité de la même façon à différentes époques. Par exemple, à l'époque moderne, on le vernit, mais ça, c'est récent, finalement. C'était l'époque industrielle. Il y a plein de tests à faire, mais c'est pour ça que c'est passionnant, parce que la matière est diverse. Et est-ce qu'on peut refuser ou choisir de travailler sur telle ou telle œuvre ? En règle générale, on est assez passionné, donc on ne refuse jamais. Après, on peut refuser plutôt en droit de retrait, c'est-à-dire quand il y a vraiment une spécificité très technique. Là, on choisit d'être vraiment avec un collègue, de ne pas s'en occuper tout seul, forcément, de discuter, même si c'est notre spécialité à 100%. Ce qui peut arriver, par exemple, et ce que j'ai déjà vu, c'est que les restaurateurs, les restauratrices, même dans le domaine de la céramique, dont je suis experte, leur spécificité, c'était le dessalement, par exemple.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Il y a d'autres personnes qui étaient plutôt sur la polychromie. Il y a vraiment des spécificités qui sont même dans la spécialité. Donc, parfois, on se dit que cette œuvre-là va être un peu complexe et on prend conseil auprès d'autres, mais en règle générale, on prend ce qui se présente à nous.
Elise (Chance)
Passionnant, génial. Merci beaucoup.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Ça me fait plaisir.
Elise (Chance)
Je découvre, c'est passionnant. Il y a Mathilde qui nous dit: Est-ce facile de trouver un emploi une fois la formation terminée ? Quels sont les débouchés ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Ma situation à moi est un peu particulière. Je préfère être honnête avec vous. Quand on sort de l'INP, en dernière année, l'Institut National du Patrimoine, on a un enseignement. En quatrième année, on est vraiment sur le mémoire de recherche. Recherche et à côté, en 4 et cinquième année, on est sur des modules qui sont un peu différents. Et les modules, ça peut parler de création d'entreprises, de préparer un réseau professionnel, etc. Donc, en fait, ils ne nous lâchent pas comme ça après le diplôme. À l'INP, déjà, il y a un accompagnement pour savoir quels seront les débouchés à la sortie. Moi, dans mon domaine, c'était un peu particulier parce qu'une fois le diplôme terminé, j'ai vraiment eu six mois où j'ai eu le temps de préparer parce que j'étais crevée. On m'a appelé finalement tout de suite sur un poste. Donc, j'ai eu la chance d'avoir un poste salarié dans la fonction publique parce qu'on est venu me chercher. Donc c'était super. Après, très honnêtement, on ne trouve pas très facilement. C'est vrai, je préfère être honnête. Il faut se faire un réseau, ça peut être un peu long. Par exemple, les musées ont souvent des habitudes de travail avec des professionnels en particulier, des conservateurs, des restaurateurs qu'ils connaissent.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Il faut créer une relation de confiance, faire des stages, montrer ses compétences et créer de la relation, de la confiance technique avec les musées et les institutions pour qu'ils fassent appel à vous. Mais en fait, le de la conservation-restauration est très petit. Donc en fait, parfois, un ancien prof, par exemple, va devenir collègue parce qu'il va vous appeler à ses côtés pour travailler sur telle ou telle œuvre. Il va y avoir de l'entraide entre collègue aussi. Donc c'est du réseau pro quand même. Ça ne se fait pas si facilement, mais ça se fait quand même. Le monde est petit. Et le salaire, je dirais que c'est quand même négatif. Il y a peu de place en France pour les postes salariés en tant que restaurant conservateur.
Elise (Chance)
Super. Merci beaucoup Julie. Tu parlais de l'importance du réseau et c'est aussi ce qui nous tient à cœur chez Chance. Et c'est ce qu'on explique aux personnes qui font le parcours Chance pour trouver la voie professionnelle faite pour eux. C'est l'importance des rencontres, l'importance de rencontrer des gens qui vont pouvoir vous aiguiller, vont pouvoir vous donner des conseils ou vont pouvoir vous recommander à quelqu'un. Est-ce que toi, il y a eu des rencontres un peu marquantes dans ta vie professionnelle qui t'ont aidé et apporté.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Oui, il y a eu quelques rencontres, clairement, qui m'ont... La toute première dont je parlais tout à l'heure, lorsque j'étais au Beaux-Arts de Marseille, en fait, après le diplôme, j'ai fait un stage chez Sibylle Montereau. Je parlais, elle m'a vraiment ouvert les yeux. Elle m'a fait découvrir le métier de conservation-restauration. Je ne connaissais pas ce que ça voulait dire. Elle a été formée par des maîtres, donc c'est différent, effectivement, mais malgré tout, je ne savais pas ce que ça voulait dire. Et ça, ça a été une clé pour moi, une rencontre vraiment qui a créé... Je n'ai plus du tout été dans l'art créatif, mais vraiment dans la conservation de ce qui existait déjà. C'est vraiment très différent parce qu'artisan et artiste, c'est différent et restaurateur aussi, c'est différent. Ça, c'était une clé, je pense. Merci à Sibylle. Je pense que si Sibylle n'avait pas été là, je n'en serais pas là aujourd'hui. Je pense que je n'aurais jamais connu même le métier de restauration. Elle m'a montré que le métier existait vraiment et était incarné, parce qu'il y a beaucoup d'articles scientifiques, mais on ne voit pas d'incarnation de ce métier-là. C'est un peu un métier de l'ombre. C'est pour ça que c'est important de le montrer, même si, bien sûr, on est derrière, on est en coulisses, on est petites mains, mais pour autant, il existe et je pense que c'est important de le montrer.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Donc, je pense que c'est Sybille. Et puis, je pense que c'est Marie Corentin, la deuxième personne qui était à l'INP que j'ai rencontrée à l'entrée de l'institution et qui a été très dure avec moi, qui m'a vraiment mal jugée, qui a eu un regard sur ma différence plutôt que sur ce que j'étais. Ça a été dur à avaler, mais je pense que je la remercie aujourd'hui parce que c'est ça qui m'a donné la force d'aller plus loin et de montrer que j'étais capable de le faire et que j'avais fait l'école privée pour avoir plus de bagage et qu'ensuite, j'ai passé le concours et que je l'ai réussi. J'avais envie de lui montrer que j'en étais capable et que j'ai réussi, j'en suis là. Et donc, finalement, merci à cette femme, même si ce n'était pas une rencontre comme on pourrait l'imaginer, toujours positive, mais c'est quand même ça, parce que l'INP, c'est une grande école. C'est une grande école très exigeante, très spécialisée. Ce n'est pas un métier facile, c'est vrai. Ce n'est pas du bricolage. C'est un métier quand même qui demande un sacré niveau technique. Et du coup, l'INP, ça m'a permis de l'acquérir et ça a été la clé.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Et puis, une autre rencontre, c'est Lorène Mariot, qui est la présidente des membres du jury lors de ma soutenance à l'INP. Je ne connaissais pas cette dame, pas encore. Elle m'a vu soutenir, elle a vu mon travail, elle m'a vue signer en langue des signes, etc. Et c'est cette dame-là qui est venue me chercher après ces six mois, dont je parlais tout à l'heure, et qui m'a fait entrer au C2RMF, donc au Louvre. Etdonc parfois, ce n'est pas forcément une rencontre avec un échange. Là, c'était une rencontre où finalement, c'était du visuel, on ne s'est que vu et en fait, c'était un beau cadeau quand même, parce que c'est elle qui est venue me chercher. C'est pareil, si Lorène n'avait pas été là, je pense que je ne serais pas forcément rentrée dans l'institution qui est le Louvre, le C2RMF, qui est une grosse machine quand même, avec une reconnaissance nationale et internationale. C'était une chance quand même. Après, je pense que toutes les rencontres que j'ai faites au C2 à l'INP, pour moi, c'est ma deuxième famille à chaque fois, le C2RMF, notamment parce que ça m'a permis d'être là où j'en suis.
Elise (Chance)
Merci beaucoup.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Je pense que j'ai conscience que les rencontres, c'est énorme. Même vous, derrière les écrans, je ne vous vois pas, mais franchement, n'hésitez vraiment pas. Si vous avez des questions, si vous voulez qu'on prenne contact après à la fin de cette conférence, c'est important qu'on échange, je serai là, sans souci.
Elise (Chance)
Merci beaucoup Julie. Et pour terminer, une dernière question que j'aurais, c'est pour les personnes qui aimeraient s'orienter vers ton métier. Qu'est-ce que tu leur recommanderais et est-ce que c'est possible, même si on n'a pas du tout été dans le milieu avant ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Ta première question, tu peux répéter, s'il te plaît ? Excuse-moi.
Elise (Chance)
Qu'est-ce que tu recommanderais aux personnes qui veulent faire ce métier-là ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Qu'est-ce que je conseille ? Je conseille de foncer. Il faut y aller. Je pense qu'il faut croire en soi. Il faut être convaincu pour qu'on peut y arriver. C'est des études, mais si c'est une passion, ça va marcher. C'est un métier rare, c'est un métier unique, c'est un magnifique métier, c'est une expérience professionnelle inégalable. Donc vraiment, il faut y aller. Après, je pense que l'autre conseil, c'est la patience aussi, parce qu'il y a beaucoup de choses à acquérir comme connaissances. C'est pluridisciplinaire comme métier, donc il faut à la fois de la bio, de la chimie, mais aussi de l'art, de la culture, donc il faut y aller. C'est vraiment faisable. Tout à l'heure, on parlait du positif/négatif. Je pense qu'il faut inviter les personnes à se renseigner sur la suite, sur justement les déboucher, on en parlait, voir un petit peu sur... C'est un métier très pointu, donc peut-être se renseigner d'abord, faire quelques stages, peut-être. Ce n'est pas forcément facile à trouver, donc peut-être planter quelques graines avant de se lancer. Et puis, si vous n'avez jamais été dans l'art, moi, j'en suis l'exemple, honnêtement. J'ai grandi sans art, vraiment autour de moi.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Je n'avais pas vraiment d'histoire de l'art ou il n'y avait pas d'accessibilité à l'époque. Donc, pour les personnes sourdes, on n'avait pas encore de sous-titres, on n'avait pas encore de visio-guide en langue des signes dans les musées. Il y avait simplement, c'était la curiosité, la curiosité intellectuelle, la stimulation intellectuelle, s'entourer de... Si vous êtes curieux, si vous lisez, si vous allez à la rencontre d'eux, je pense que ça devient vraiment un moteur, ça devient une de l'essence pour que votre moteur tourne. Si vous avez envie d'y aller, allez-y avec plaisir.
Elise (Chance)
Génial. Mille merci Julie pour ton temps. Mille merci Florine de ta présence aussi. C'était fantastique. J'ai découvert un vrai métier qui me donne envie d'aller plus loin. Je vois que tout le monde dit merci dans le chat également. Le live sera disponible en replay. Avec grand plaisir. Tu voulais dire quelque chose, Julie, pour terminer ?
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Non, non, non. Simplement, merci. Vraiment, merci beaucoup. Merci Marine aussi. Merci à l'équipe Chance. Merci de m'avoir invitée, d'avoir aussi invité Florine à traduire. Et merci à toutes qui disent merci de Paris, de Tours et de partout. N'hésitez pas en tout cas à me contacter, à me poser des questions en détail. Là, c'est très résumé. Évidemment, on a 30 minutes pour vous donner envie de le faire. C'est un peu chaud, c'est un peu juste, mais en tout cas, merci beaucoup. Je vois Emilie qui dit que c'est un métier passion. Oui, c'est clairement un métier passionnant et passion.
Elise (Chance)
Merci encore beaucoup Julie. On a partagé ton profil LinkedIn qui a été demandé dans la conversation. Donc, tu auras sûrement quelques petits messages suite au live.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Super, ça marche. Merci beaucoup. Merci Marine.
Elise (Chance)
Au revoir.
Julie Abbou (Restauratrice du patrimoine)
Au revoir.













