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Radio Classique

Le chiffre du jour

janvier 2026

Stéphane Pedrazzi : Le chiffre du jour : un Français sur deux voudrait changer de travail en 2026. C'est un chiffre issu du premier baromètre de l'Amour Pro, réalisé par Chance en partenariat avec YouGov, sur un échantillon assez large de 50 000 personnes. On en parle avec Ludovic de Gromard. Bonjour.

Ludovic de Gromard : Bonjour Stéphane.

Stéphane Pedrazzi : Merci d'être avec nous ce matin. Vous êtes le cofondateur de Chance, le leader de l'orientation professionnelle des adultes. Est-ce que ce chiffre d'un Français sur deux qui veut changer de travail cette année n'est pas un peu surprenant dans le contexte économique actuel ? Généralement, quand l'économie va mal ou pas très bien, on a plutôt tendance à ne pas vouloir prendre de risque.

Ludovic de Gromard : Vous savez, Stéphane, en France, on ne manque pas de travail, on manque d'amour pro. Selon ce même baromètre, vous avez quatre Français sur cinq qui se sentent en déphasage avec leur quotidien professionnel.

Stéphane Pedrazzi : Donc ils changeraient de travail par défaut ?

Ludovic de Gromard : De manière hyper proactive. Par rapport à votre remarque, on pensait que ce désamour des Français avec leur travail était passager, un effet du Covid. En fait, ce qu'on comprend, c'est que c'est structurel, et que désormais la norme n'est pas d'aimer son travail, elle est de l'endurer.

Stéphane Pedrazzi : Vous n'aimez pas votre travail ?

Ludovic de Gromard : J'aime mon travail. Et vous, Stéphane ?

Stéphane Pedrazzi : Moi, j'aime beaucoup le mien.

Ludovic de Gromard : Vous avez rencontré l'amour pro, donc ?

Stéphane Pedrazzi : Oui, absolument. On sait que l'intelligence artificielle va changer le panorama : certains métiers vont évoluer, peut-être même disparaître. Est-ce que ça veut dire qu'il y a des personnes, aujourd'hui, sur le marché de l'emploi, qui veulent anticiper plutôt que subir les effets négatifs de l'intelligence artificielle ?

Ludovic de Gromard : Vous savez, les chiffres changent, mais on parle d'un milliard de jobs qui vont être détruits ou radicalement changés d'ici à 2030 dans le monde. C'est quelque chose d'absolument structurel, et on en parle très peu dans les médias, mais les gens prennent de plus en plus la mesure de ça, par la pratique et par la prise de conscience de ce que peut faire l'intelligence artificielle dans leur quotidien. Donc ça, combiné tendanciellement avec l'allongement des carrières, les gens se posent de plus en plus de questions, se résignent de moins en moins, et s'apprêtent à changer de plus en plus.

Stéphane Pedrazzi : Vous êtes un professionnel de l'orientation professionnelle des adultes. On dit souvent que ceux qui arrivent aujourd'hui sur le marché de l'emploi changeront de métier plusieurs fois dans leur vie. C'est vrai ?

Ludovic de Gromard : Je pense qu'on fait un raccourci quand on parle de changement de métier, parce qu'en fait il y a trois types de changements possibles. Quand vous sentez que vous n'êtes pas exactement à votre place, il y a trois scénarios potentiels. Premier scénario, changer de métier effectivement : sur les 40 000 personnes qu'on a accompagnées, c'est grosso modo 50 % des gens. Le deuxième scénario, c'est de ne pas changer de métier mais de changer d'entreprise, parce que vous n'êtes pas exactement au bon endroit : ça, c'est 30 %. Et le troisième, c'est de ne changer ni de métier ni d'entreprise, mais de changer d'équilibre, de type de mission, de relation avec votre manager, de niveau de responsabilité : ça représente 20 %.

Stéphane Pedrazzi : Vous êtes spécialisé notamment dans les bilans de compétences. Quelles sont les bonnes questions à se poser, sur ses motivations, sur ses aspirations, avant de sauter le pas et de changer d'employeur ou même de métier ?

Ludovic de Gromard : Le premier conseil serait... Vous savez, souvent on dit qu'un travail, c'est un métier, un secteur. C'est simpliste. On a développé chez Chance une définition du travail qui est le modèle CIPA. Le C, c'est la contribution : en quoi je suis utile par mon travail, c'est votre motivation extrinsèque. Le I, ce sont les interactions : quel type d'environnement de travail, quelle relation avec votre manager, plus ou moins hiérarchique, plus ou moins autonome, plus ou moins perfectionniste. Le P, c'est votre vie perso : vous avez certains impératifs financiers, géographiques, horaires.

Stéphane Pedrazzi : Des enfants, éventuellement.

Ludovic de Gromard : Des enfants qu'il faut récupérer à la crèche tel jour, et vous ne pouvez pas faire autrement, donc une certaine charge financière. Et le A, ce sont vos activités quotidiennes : là, c'est votre motivation intrinsèque, ce que vous faites et ce qui vous apporte un certain plaisir dans ce que vous faites.

Stéphane Pedrazzi : Et ces quatre piliers doivent entrer en compte pour choisir, ou pas, de changer de travail.

Ludovic de Gromard : C'est la première chose à faire. La première chose à faire, c'est de définir vos critères, et ensuite d'explorer si une piste professionnelle est alignée avec ces critères, ou pas. Ce serait le premier conseil. Et j'en ai un deuxième : avoir un projet, c'est bien, avoir un projet réalisé, c'est beaucoup mieux. Et pour ça, il faut pouvoir rencontrer les bonnes personnes, celles qui vont vous ouvrir la bonne porte, in fine, pour concrétiser ce que vous avez construit.

Stéphane Pedrazzi : Il nous reste très peu de temps. Une dernière question : est-ce que vous avez le sentiment, aujourd'hui, que les gens cherchent plus de sens ?

Ludovic de Gromard : On parle beaucoup de sens, mais qu'est-ce que c'est, le sens ? Le sens pour Stéphane, le sens pour Ludovic, ce n'est pas le même. Le sens est individuel, et donc le sens, c'est l'alignement avec votre CIPA. Cet alignement, c'est ce qu'on appelle rencontrer l'amour pro. Stéphane, j'espère que vous, vous l'avez rencontré, et que beaucoup d'auditeurs et d'auditrices vont le rencontrer de plus en plus dans les années à venir.

Stéphane Pedrazzi : Vous voyez l'harmonie, ce matin, dans ce studio. Merci beaucoup d'être venu ce matin, Ludovic de Gromard, cofondateur de Chance. 6 h 56, à suivre dans un instant.

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