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La France qui doute : plus d'un Français sur deux se dit perdu dans sa vie pro

janvier 2026

Pour la première fois en France, un baromètre met en regard un corpus massif de trajectoires individuelles et un échantillon représentatif des actifs pour mesurer ce que les indicateurs classiques ne voient pas : la part émotionnelle du travail, ce qui fait tenir… ou vaciller.

Chance, l'un des leaders français de l'orientation professionnelle des adultes, connu notamment pour son bilan de compétences, dévoile les résultats du premier Baromètre Amour Pro, croisant deux sources de données complémentaires : les données anonymisées de Chance de 49 713 répondants entre mai et novembre 2025 (données Chance) et une enquête réalisée par YouGov auprès d'un échantillon représentatif des Français (hors retraités et étudiants) (données YouGov).

L'étude met en lumière une réalité que ni les indicateurs économiques ni les outils RH traditionnels ne captent : l'Amour Pro s'effondre

Le Baromètre Amour Pro n'est pas une étude comme les autres. C'est un miroir émotionnel, une alerte sociale. Alors que le monde du travail vacille entre désengagement massif, fatigue silencieuse et quête de sens fragmentée, ce baromètre ne se contente pas de produire des chiffres : il capte le rythme cardiaque du monde professionnel. Il enregistre ses essoufflements, ses doutes, ses battements faibles et ses pics de tension. C'est un socio-cardiogramme, conçu pour écouter ce que les baromètres classiques ne savent pas détecter : le désir, la peur, le sentiment d'utilité, l'alignement.

En creux, il dit aussi quelque chose d'un malaise plus large : quand le travail devient source de désillusion, c'est la confiance dans la société, dans le système et dans l'avenir qui s'érode.

Au cœur de ce Baromètre, un fil rouge s'impose : la Relation. Relation au manager, d'abord, qui concentre l'essentiel des griefs. Relation aux autres, ensuite, dans l'aspiration à exercer un métier utile, tourné vers le soin, l'aide, le lien. Relation à soi, enfin, dans cette question intime : « Est-ce que je peux encore me reconnaître dans la personne que je suis au travail ? »

Ce que révèle l'Amour Pro, c'est moins une crise du travail en tant que telle qu'une crise de la Relation : à l'autre, au collectif, à soi-même.

Pour Ludovic de Gromard, cofondateur de Chance :

Le débat sur le travail ne peut plus se limiter à des données démographiques ou statistiques : âge, chômage et emploi, CDI, CDD. Ce baromètre dit ce que l'INSEE et les DRH ne mesurent pas : l'Amour Pro, les peurs, l'alignement, le sentiment d'être à sa place. Tant qu'on ne parle pas de ses désirs, ses choix et ses possibilités de changer, de se réorienter, on passe à côté de ce qu'est vraiment le rapport des gens avec leur travail.

Enseignements clés

Dans quel état d'esprit sont les Français aujourd'hui ?

3 Français sur 10 déclarent vouloir changer de travail en 2026 ; et, si l'on regarde les 18-54 ans, on frôle 1 Français sur 2 qui souhaite ce changement.

Plus d'un répondant sur deux se dit perdu… et 79 % des Français sont insatisfait de leur vie pro. Les données Chance montrent que 53 % des répondants se sentent perdus dans leur vie professionnelle, tandis que seulement 2,3 % estiment que « tout va très bien ». Du côté des Français·es (YouGov), le constat est cohérent : 79 % déclarent connaître au moins une source d'insatisfaction dans leur vie professionnelle. Le plaisir au travail existe encore, mais il n'est clairement plus la norme.

Envie de bouger, impossibilité d'agir : à la question « qu'est-ce qui freine le plus votre épanouissement professionnel aujourd'hui ? », les Français citent en priorité : le manque d'opportunités professionnelles visibles (47%) et le manque de confiance en soi. Autrement dit : l'envie de changement est là, mais le passage à l'action est empêché. Beaucoup veulent bouger, mais ne voient pas d'opportunités accessibles ou ne se sentent pas légitimes pour les saisir. Quel que soit l'âge, le manque de réseau apparaît par ailleurs comme le deuxième frein majeur à l'épanouissement professionnel. Dans un marché où une part importante des postes ne sont jamais publiés, ne pas avoir de réseau revient à être enfermé·e à l'extérieur du jeu.

Le doute professionnel a un visage : féminin, diplômé, au cœur de la vie active

Une France en poste et en plein doute … mais surtout féminine et au cœur de la vie active. Le doute professionnel a un visage : 77 % des répondants Chance sont des femmes, majoritairement entre 31 et 50 ans, avec plus de dix ans d'expérience. Autrement dit, celles qui font tenir le monde du travail sont aussi celles qui se demandent le plus si elles sont encore à la bonne place.

Le doute ne s'invite plus seulement à 40 ans. Les données Chance montrent que le questionnement professionnel gagne du terrain dès 25-28 ans, au moment de l'entrée dans la vie active. Les trentenaires restent la tranche la plus représentée (37 % des répondants ont entre 31 et 40 ans, 34 % entre 41 et 50 ans), mais le signal est clair : on ne se contente plus de « voir ce que ça donne » pendant dix ans avant de se poser des questions. Les parcours se construisent désormais avec, beaucoup plus tôt, cette interrogation en toile de fond : « Est-ce que ce métier, cette voie, sont vraiment faits pour moi ? »

Perdus… mais en poste. Parmi les répondants, 85% sont en poste, avec un répondant sur 2 qui se sent perdu. On peut donc être « installé » dans la vie pro… et profondément perdu.

2 000 € pour se projeter, et ce n'est pas un caprice de riches. Les répondants estiment qu'il faut au minimum 2 000 € nets par mois pour « vivre confortablement », c'est-à-dire sortir du mode survie et commencer à se projeter. Le baromètre rappelle un principe simple mais fondamental : on ne peut pas choisir son avenir quand on survit au présent. Se rapprocher d'un travail qui nous correspond, c'est aussi augmenter ses chances de progresser en compétences, en rémunération et en statut. C'est là que la question de l'égalité des chances rejoint celle de la mobilité sociale. L'étude révèle ainsi une ligne de fracture sociale : tout le monde doute, mais seuls ceux qui disposent de temps, d'argent et de réseau peuvent réellement se permettre de changer de voie.

Rémunération et pression, le duo toxique de l'insatisfaction

La rémunération est la première source d'insatisfaction dans la vie professionnelle, toutes tranches d'âge confondues. Juste derrière, les Français pointent une pression de travail trop forte. Ce duo (salaire jugé insuffisant et pression trop élevée) nourrit un fort sentiment de frustration, résumé par cette phrase qui revient souvent : « Je ne me considère pas assez payé au vu de la pression que je subis toute la journée. »

Les analyses du Baromètre montrent que plus on vieillit, moins on se dit insatisfait de sa vie professionnelle ; ce qui peut refléter à la fois une forme de résilience… ou une habituation progressive à une forme de renoncement ?

Un choc genré : 38 % des femmes vs 28 % des hommes déclarent une surcharge de travail. Dans les sources d'insatisfaction, les femmes citent beaucoup plus souvent la surcharge de travail / la pression ressentie que les hommes (10 points d'écart entre H/F). Elles mentionnent aussi davantage les difficultés d'équilibre vie pro / vie perso. Les hommes, eux, déclarent plus souvent la peur d'être jugés ou déconsidérés par leurs collègues ou leur hiérarchie.

L'épuisement professionnel comme déclencheur de prise de conscience. Côté répondants, l'épuisement professionnel est de loin la première explication de la remise en question de sa vie pro (34 %), suivi d'une situation conflictuelle avec le manager ou un collègue (16 %). Le burnout n'est donc pas un accident ponctuel : il devient le moment de bascule à partir duquel la personne ne peut plus « tenir » et se met à envisager une transformation profonde.

Le manager, premier vecteur d'érosion (ou de reconstruction) de l'engagement

Près de 70 % des Français ont des insatisfactions à l'égard de leur manager. L'enquête YouGov montre que près de 70 % des Français ayant un manager déclarent au moins une insatisfaction préoccupante à son égard ; seuls 3 sur 10 n'ont aucun grief. En tête des reproches : le manque de reconnaissance du travail accompli, puis le manque d'écoute, d'empathie et de soutien face aux difficultés. Les griefs sont donc d'abord relationnels, pas stratégiques : ce qu'on reproche à son manager, ce n'est pas tant la vision ou le cap, que de ne pas voir, ne pas entendre, ne pas soutenir.

Les 18-34 ans sont les plus insatisfaits de leur manager ; à l'inverse, les plus de 50 ans sont plus cléments, avec une proportion plus élevée de personnes sans grief. Quand ça craque, ce n'est pas la fiche de poste qui lâche, c'est la Relation. Ce que disent les Français, ce n'est pas : « mon manager ne sait pas piloter une stratégie », mais : « il ne me voit pas, il ne m'écoute pas, il ne me soutient pas ».

On attend des managers qu'ils soient présent·es, à l'écoute, capables de feedback et de soutien. Dans les faits, le Baromètre montre un décalage massif : le lien managérial reste la zone de fragilité principale dans l'expérience au travail. De plus en plus, les Français ne choisissent plus seulement une entreprise, ils cherchent un « boss » avec lequel ils seront compatibles : un binôme choisi, plutôt qu'un employeur subi.

Bilan de compétences - Une envie de changement profonde et un horizon d'altruisme

Le bilan de compétences : le geste concret d'une envie de bascule. Lorsque l'on demande aux Français ce qui les motiverait à envisager un bilan de compétences, trois facteurs ressortent en tête : l'envie de changer de métier ou de secteur, surtout chez les 18-34 ans, le mal-être au travail, particulièrement marqué chez les 35-44 ans, le manque de reconnaissance financière, qui reste un moteur important, surtout chez les hommes. Chez les femmes, le mal-être au travail devient le deuxième facteur de considération pour un bilan ; devant la seule reconnaissance salariale. On est loin d'un simple « ajustement de carrière » : l'envie de changement est profonde, liée à la santé mentale, au besoin de reconnaissance et de cohérence.

Un souhait : retrouver de l'épanouissement, de la sérénité et du plaisir au travail. Dans les souhaits exprimés vis-à-vis de leur vie professionnelle, les Français·es citent massivement l'envie de retrouver de l'épanouissement, de la sérénité et du plaisir : pouvoir respirer au travail, ne plus être constamment sous tension, sentir que l'on est à sa place.

L'altruisme au travail devient un moteur central du désir professionnel. Quand ils se projettent dans un futur travail, les Français·es mettent en avant : l'envie d'apprendre de nouvelles choses, la volonté d'agir concrètement pour le bien-être des autres, l'aspiration à contribuer à des causes liées à la santé et au bien-être, qui arrive en tête des causes auxquelles ils aimeraient le plus contribuer via leur travail.

Est-il encore possible d'aimer son travail ?

« L'Amour Pro, ce n'est pas un caprice de CSP+, c'est une aspiration profondément humaine. On ne cherche pas un job parfait, on cherche un endroit où ce qu'on fait compte, où on ne se trahit pas tous les matins en allant travailler », résume Ludovic de Gromard.

Les personnes sondées ne fuient pas le travail en tant que tel : elles refusent surtout d'endurer encore dix, quinze ou vingt ans un travail désaccordé avec leurs valeurs. Ce que montre le Baromètre Amour Pro, c'est que ce malaise n'a plus rien d'exceptionnel : il est devenu structurel et intervient de plus en plus jeune, parfois dès deux ou trois ans après l'entrée dans la vie active.

Dans ce contexte, le bilan de compétences n'est pas un outil de fuite, mais un premier geste de réanimation : un espace neutre pour relire son parcours et reprendre la main. Le fait que 4 Français sur 10 voient dans le bilan de compétences un moyen de changer de métier ou de secteur n'est pas seulement le symptôme d'un malaise ; c'est aussi le signe qu'une partie des actifs refuse de subir et cherche des outils concrets pour bouger.

Malgré la lassitude et la perte de repères, le Baromètre Amour Pro fait émerger des signaux positifs. Quand on demande aux Français à quoi devrait ressembler leur futur travail, ils et elles citent d'abord l'envie d'apprendre, d'agir concrètement pour le bien-être des autres et de contribuer à des causes liées à la santé et au mieux-être (47 % des répondant·es Chance placent la santé et le bien-être en tête des causes auxquelles ils souhaitent contribuer) : l'horizon n'est pas le retrait, mais des métiers plus relationnels, plus utiles, plus « soignants ».

En creux, ce baromètre rappelle que la crise du travail est aussi une crise de dignité. Comme le résume Ludovic de Gromard :

Si on veut vraiment parler d'égalité des chances, il faut donner à chacun de vraies marges de manœuvre pour se réorienter et de progresser, quel que soit son point de départ. Parce que quand on est à la bonne place, on apprend plus, on contribue plus, on a plus de chances d'être promu. C'est par là que passe, très concrètement, l'égalité des chances des adultes, et que la mobilité sociale est rendue possible.

Méthodologie

Données Chance : Les données sont issues d'un questionnaire en ligne proposé entre mai et novembre 2025 auprès de 49 713 répondant·es.

Enquête YouGov pour Chance : L'enquête YouGov pour Chance a été réalisée en novembre 2025 auprès d'un échantillon national représentatif de la population française (hors retraités et étudiant·es). Les résultats sont redressés selon les standards de YouGov afin de garantir leur représentativité. Les principaux indicateurs cités portent sur les freins à l'épanouissement professionnel, les sources d'insatisfaction vis-à-vis du manager et de la vie professionnelle, l'intention de changer de travail en 2026 et les motivations à envisager un bilan de compétences.

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