Le métier de chief of staff IT & digital, aussi appelé directrice ou directeur de cabinet, se vit au plus près d’une direction. Il demande d’avancer vite, de prioriser sans cesse et de créer des liens solides avec beaucoup d’équipes. Le cœur du poste n’est pas seulement de “suivre des dossiers”. C’est de rendre possible le bon mouvement, au bon moment, avec les bonnes personnes.
Dans un grand groupe, ce rôle peut donner accès à une vision très large : stratégie, transformation digitale, data, cybersécurité, technologie, relations avec le comité exécutif, équipes métiers, communication, fournisseurs. C’est stimulant. C’est aussi exigeant. Le petit battement de cœur du métier apparaît souvent là : quand tout s’aligne, quand une décision avance, quand une équipe se sent mieux guidée.
Résumé en 10 secondes
- Les conditions de travail varient beaucoup selon le périmètre de la dirigeante ou du dirigeant accompagné.
- Le rythme réel repose moins sur des horaires fixes que sur l’anticipation, la réactivité et la priorisation.
- La charge de travail est surtout mentale et relationnelle : comprendre vite, filtrer, rassurer, challenger, faire circuler les bons messages.
- Certaines contraintes sont structurelles : sollicitations nombreuses, confidentialité, responsabilité, faible temps disponible avec la direction.
- L’expérience aide à mieux réguler le rythme, poser ses limites et construire des relations de confiance.
Horaires : ce que le métier de chief of staff IT & digital implique réellement
Un agenda calé sur celui de la direction
Dans ce métier, parler d’horaires revient surtout à parler de cadence. Le chief of staff IT & digital accompagne une dirigeante ou un dirigeant dont l’agenda est dense, mouvant, traversé par des demandes internes et externes. La journée se construit autour des priorités de cette personne, mais aussi autour des urgences qui arrivent des équipes, du comité exécutif, de la direction générale, du conseil d’administration ou des métiers.
Camille Cury, Chief of Staff IT & Digital chez ENGIE, décrit ainsi le cœur du quotidien : « J’ai vraiment trois types de missions principales. La première, c’est vraiment d’assister ma chef dans son quotidien, c’est-à-dire l’aider à anticiper son agenda, à prioriser les sujets, à répondre aux diverses sollicitations, que ce soit du comité exécutif du groupe ou de la PDG d’ENGIE ou du board, mais aussi des équipes transverses. »
Concrètement, cela veut dire qu’une partie du travail consiste à filtrer. Tout ne peut pas passer au même niveau d’urgence. Il faut comprendre ce qui mérite une réponse immédiate, ce qui peut attendre, ce qui doit être préparé, ce qui doit être redirigé vers une autre personne.
Une forte amplitude d’attention, plus qu’un planning prévisible
Le métier ne se résume pas à une journée type stable. La personne peut préparer une intervention externe, organiser une réunion de codirection, relire une présentation, briefer une équipe, puis devoir traiter un sujet tombé au dernier moment. Le rythme réel tient dans cette alternance : anticiper loin, puis réagir très vite.
La directrice ou le directeur de cabinet doit garder une longueur d’avance sur plusieurs horizons à la fois : ce qui se passe dans deux heures, dans une semaine, dans deux mois, dans six mois, parfois dans un an. Cette amplitude crée une forme de vigilance continue. Elle demande de garder le fil même quand le décor change.
Le temps formel avec la dirigeante ou le dirigeant peut être limité. Un point hebdomadaire de trente minutes peut suffire pour cadrer les priorités, à condition d’arriver préparé, précis, direct. Le reste se joue dans les échanges courts, les arbitrages rapides, les ajustements en continu.
Charge de travail : au-delà du temps compté
Une charge mentale liée à l’anticipation
La charge du métier vient d’abord de la complexité. Le chief of staff IT & digital doit comprendre des sujets variés sans forcément être expert ou experte de chacun. Data, digital, cybersécurité, technologie, transformation, besoins métiers : il faut saisir assez vite les enjeux pour poser les bonnes questions, trouver les bonnes personnes et préparer les bons messages.
Cette charge mentale est renforcée par l’autonomie attendue. La dirigeante ou le dirigeant n’a pas toujours le temps d’expliquer le contexte en détail. Il faut donc savoir chercher, recouper, demander, reformuler, puis avancer.
Le poste demande aussi de passer d’un sujet à l’autre sans perdre la qualité d’exécution. Une présentation pour un fournisseur, une note pour une réunion stratégique, un agenda de codirection, une sollicitation d’une équipe métier : chaque sujet a ses codes, son niveau de confidentialité, son urgence.
Une charge émotionnelle très présente
L’humain est au centre du poste. La personne ne fait pas seulement circuler des documents. Elle rassure, explique, facilite, célèbre les réussites, recadre parfois. Elle aide les équipes à comprendre ce qui est attendu et à mieux se positionner dans la transformation.
Cette dimension peut être nourrissante. Elle peut aussi peser, car elle suppose de rester disponible, calme et clair même quand les tensions montent. Il faut accueillir les inquiétudes, entendre les difficultés, challenger sans braquer, garder le cap sans fermer la porte.
Le rôle demande une forme de solidité relationnelle : savoir être là pour les autres, sans absorber toutes les pressions à leur place.
Une charge physique peu centrale, mais une présence soutenue
Les éléments concrets du métier décrivent surtout une charge intellectuelle, organisationnelle et émotionnelle. Le corps n’est pas au premier plan comme dans un métier manuel ou de terrain physique. En revanche, le volume de réunions, d’échanges et de préparation peut créer une présence soutenue : rester concentré, enchaîner les sujets, tenir l’attention, relire finement, parler juste.
La fatigue possible vient donc moins d’un effort physique direct que d’un effort d’attention continu.
Contraintes structurelles du métier
Des responsabilités importantes, même sans décider seul
Le chief of staff IT & digital ne remplace pas la dirigeante ou le dirigeant. Mais il prépare beaucoup de ce qui permet de décider. Il aide à cadrer les informations, à organiser les échanges, à rendre les messages plus compréhensibles, à connecter les personnes entre elles.
Cette position donne une vision large et précieuse. Elle impose aussi de la justesse. Une mauvaise priorisation, un message flou, un interlocuteur oublié peuvent ralentir une décision ou créer de la confusion.
Une pression liée au rythme et aux résultats
La pression existe, mais elle n’est pas forcément dramatique ou permanente. Elle tient au niveau d’exigence du poste : livrer vite, s’adapter, garder son sang-froid, répondre à une demande imprévue.
Camille le formule avec nuance : « Il faut savoir aussi gérer à minimum ses émotions et cette pression naturelle. Je n’ai pas envie de parler de pression parce que c’est vraiment une dynamique et un peu un rythme à prendre. [...] Je veux aussi un peu lever le tabou qu’on se fait autour de cette pression-là qui est mise sur les dir-cab. Parce qu’au quotidien, il y a une très bonne ambiance et que ça se passe très bien. »
Cette nuance est importante. Le métier peut être intense sans être invivable. Tout dépend du cadre, de la relation avec la direction, de l’équipe, de la capacité à poser un mode de fonctionnement clair.
La confidentialité comme règle du jeu
La fonction donne accès à des informations sensibles : stratégie, arbitrages, messages de direction, dynamiques internes. Tout ne peut pas être partagé. Il faut savoir guider les équipes sans tout dévoiler, donner assez de contexte sans franchir les limites.
Cette contrainte est inhérente au poste. Elle demande de la maturité, de la discrétion et une communication précise.
Ce qui est choisi vs ce qui est subi
Ce que l’on peut choisir
Une partie du métier laisse de vraies marges de manœuvre. Il est possible de construire ses méthodes de travail, d’installer des rituels avec les équipes, de créer des relations de confiance avec les membres de la codirection, de porter un sujet spécifique en plus du quotidien.
Dans un périmètre digital, cela peut par exemple prendre la forme d’un rôle autour de la culture, des personnes et de la conduite du changement. Le poste peut alors devenir un terrain d’apprentissage et d’impact : faire progresser les messages, embarquer les équipes, rapprocher la stratégie du terrain.
Ce qui s’impose au rôle
D’autres contraintes se subissent davantage. Les sollicitations arrivent parfois sans prévenir. Les délais peuvent être courts. L’agenda de la direction reste prioritaire. Le temps de cadrage avec la dirigeante ou le dirigeant peut être limité. La confidentialité réduit ce que l’on peut dire.
Il faut donc accepter une part d’imprévu. Ce métier convient mieux quand l’on peut avancer sans tout maîtriser dès le départ, demander de l’aide au bon moment et réorganiser sa journée quand un dossier urgent apparaît.
Évolution des conditions avec l’expérience
Les premiers mois servent à installer la confiance
Les débuts sont décisifs. Il faut comprendre la culture d’équipe, les priorités de chacun, les manières de travailler, les zones de tension. Cette phase demande beaucoup d’écoute et d’observation.
Créer la confiance avec les N-1 de la dirigeante ou du dirigeant aide ensuite à fluidifier le quotidien. Quand les personnes savent que le chief of staff comprend leurs enjeux et cherche à faire avancer les choses, les échanges deviennent plus simples. Les informations remontent mieux. Les arbitrages se préparent plus vite.
L’expérience aide à réguler le rythme
Avec le temps, la personne repère mieux les signaux faibles : un sujet qui va devenir urgent, une réunion qui manque de cadrage, une équipe qui a besoin d’être rassurée, un message trop technique pour être compris hors de la filière.
L’expérience permet aussi de mieux poser ses limites. Adapter sa méthode aux autres ne veut pas dire renoncer à sa propre manière de travailler. Il faut trouver le point d’équilibre : assez de souplesse pour collaborer, assez de cadre pour tenir dans la durée.
Impact sur l’équilibre vie professionnelle / vie personnelle
Un équilibre qui dépend beaucoup des limites posées
Le métier demande une forte disponibilité mentale. Même quand la journée est bien organisée, un sujet peut arriver et déplacer les priorités. L’équilibre se joue donc dans la capacité à distinguer l’urgent de l’important, à dire ce qui est faisable, à clarifier les attentes.
La notion de limites revient comme un point clé. Il ne s’agit pas de rigidité, mais de protection du rythme. Sans cadre, la fonction peut absorber beaucoup d’énergie. Avec des règles de collaboration lisibles, elle peut rester intense tout en restant soutenable.
La relation avec la direction compte énormément
Le poste se travaille en binôme. La qualité de cette relation influence directement les conditions réelles : clarté des priorités, niveau d’autonomie, confiance, capacité à échanger rapidement, droit à l’ajustement.
Quand ce binôme fonctionne, le métier peut devenir un formidable lieu d’apprentissage. Quand il manque de clarté, la charge peut devenir plus lourde, car tout demande plus de vérification, plus d’interprétation, plus d’énergie.
Points de vigilance avant de s’engager
- Rythme : êtes-vous à l’aise avec un quotidien où les priorités peuvent changer vite ?
- Autonomie : pouvez-vous avancer avec peu de temps de cadrage formel ?
- Relationnel : avez-vous envie de passer beaucoup de temps à écouter, rassurer, coordonner, challenger ?
- Communication : savez-vous rendre un sujet complexe plus clair pour des personnes qui ne sont pas spécialistes ?
- Confidentialité : êtes-vous à l’aise avec le fait de savoir beaucoup de choses sans pouvoir tout partager ?
- Ambiguïté : pouvez-vous agir sans avoir immédiatement toutes les réponses ?
Ces questions ne servent pas à vous fermer une porte. Elles servent à regarder le métier en face. C’est souvent là que le choix devient plus juste.
À qui ces conditions peuvent convenir
Les profils souvent à l’aise dans ce rôle
- Les personnes organisées, capables d’anticiper et de prioriser.
- Les profils autonomes, qui savent chercher les bonnes informations sans attendre une consigne détaillée.
- Les personnes agiles, capables de changer de plan sans perdre leur calme.
- Les communicants clairs, à l’aise à l’écrit comme à l’oral.
- Les profils sensibles à l’humain, qui aiment faire avancer les autres autant que les dossiers.
- Les personnes attirées par une vision stratégique large et par l’apprentissage en accéléré.
Les profils pour qui le cadre peut être plus exigeant
- Les personnes qui ont besoin d’un planning très stable.
- Celles qui préfèrent travailler sur un seul sujet expert pendant longtemps.
- Les profils qui ont besoin d’un encadrement très fréquent et détaillé.
- Les personnes qui vivent difficilement l’imprévu ou les demandes urgentes.
- Celles qui n’aiment pas naviguer entre plusieurs niveaux d’interlocuteurs.
Choisir la ligne de crête du chief of staff IT & digital
Avant de vous projeter dans ce métier, un premier pas simple consiste à comparer deux semaines : votre semaine idéale et une semaine réaliste de chief of staff IT & digital. Dans la seconde, ajoutez des réunions, des demandes imprévues, un dossier à livrer rapidement, un temps court avec la direction, des échanges avec plusieurs équipes, un sujet confidentiel à clarifier sans trop en dire.
Regardez ensuite ce que cela provoque chez vous. De l’élan ? De la curiosité ? Une fatigue immédiate ? Une envie de structurer ? Ces signaux comptent. Ils disent quelque chose de votre manière de travailler, de vos limites, de votre place possible.
Vous pouvez aussi interroger une personne en poste sur une semaine réelle : ce qui l’a portée, ce qui l’a tendue, ce qu’elle a dû arbitrer, ce qu’elle aurait aimé savoir avant de commencer.
Comprendre les conditions réelles d’un métier, c’est se donner la possibilité de choisir en conscience — et de durer.
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