Résumé en 10 secondes
- Qualité dominante : la rigueur personnelle. Le métier demande d’avancer même quand personne ne fixe le rythme à votre place.
- Trait clé : la curiosité, pour les films, mais aussi pour les personnes rencontrées, les métiers, les festivals, les élèves, les monteurs et monteuses.
- Ce qui fait tenir : l’équilibre entre plusieurs activités : critique, interviews, programmation de festivals, interventions scolaires.
- Point de vigilance : l’indépendance apporte de la liberté, mais aussi de l’incertitude, de la solitude et une forte tentation de procrastiner.
- Premier pas conseillé : écrire pour une revue en ligne ou un blog, rencontrer des professionnel·les, construire peu à peu des preuves concrètes.
Pourquoi les qualités humaines sont centrales dans le métier de journaliste et critique cinéma
Le métier de journaliste et critique cinéma ne repose pas seulement sur le fait d’aimer les films. C’est un métier d’attention, de régularité et de relation. Il faut voir des œuvres en amont, proposer des sujets, écrire, préparer des interviews, rencontrer des cinéastes, parfois travailler avec des monteurs et monteuses, puis recommencer.
Ce qui fait la différence, c’est la capacité à tenir un cap sans cadre toujours fixe. Beaucoup de missions se construisent en indépendant, avec plusieurs médias, festivals ou structures. Il faut donc savoir organiser son temps, ouvrir des portes, entretenir des liens, accepter des formats différents et apprendre en marchant.
Le petit battement de cœur de ce métier apparaît souvent dans cet équilibre : être seul face à un film ou un texte, puis retrouver les autres pour discuter, interroger, sélectionner, transmettre. Il y a une part très intérieure, presque artisanale. Et une part très vivante, faite de rencontres et de circulation.
Léo Ortuno, journaliste et critique cinéma, formule clairement ce socle humain : “Je dirais qu’il faut quand même avoir une certaine rigueur personnelle, puisque ça veut des fois dire qu’il y a une journée où je vais me lever et je n’ai rien de prévu dans la journée, autre que aller travailler une interview que je vais faire dans une semaine, voir certains films pour prendre de l’avance sur des choses. Et en fait, c’est-à-dire qu’on peut vite se laisser tenter à la procrastination.”
Les qualités indispensables pour exercer le métier de journaliste et critique cinéma
1. La rigueur personnelle — la qualité la plus déterminante
La rigueur est la colonne vertébrale du métier. Elle permet de tenir quand les journées ne ressemblent pas à un emploi du temps classique. Une journée peut être consacrée à préparer une interview prévue dans une semaine, à voir plusieurs films pour prendre de l’avance, ou à proposer des sujets à différents médias.
Dans ce métier, personne ne pousse toujours derrière vous. Il faut créer son propre rythme. Cela veut dire se lever, définir ses priorités, regarder les films nécessaires, prendre des notes, formuler un angle, relancer, écrire, livrer. Sans cette discipline, le risque est clair : reporter, attendre, perdre le fil.
La rigueur sert aussi à gérer les temps longs. Un film vu aujourd’hui peut devenir utile deux mois plus tard pour une intervention ou un autre projet. Le travail n’a pas toujours un bénéfice immédiat. Il faut accepter d’accumuler, de préparer le terrain, de semer avant de voir une porte s’ouvrir.
2. La curiosité — la qualité qui permet de durer
La curiosité ne se limite pas au cinéma. Elle va vers les autres, vers les métiers, vers les façons de faire. Elle permet de mener une interview avec attention, de comprendre le travail d’un ou d’une cinéaste, d’aller boire un café avec une personne dont le parcours intrigue, ou de découvrir d’autres manières d’exercer le métier.
Cette curiosité nourrit aussi l’endurance. Faire uniquement des critiques ou des interviews, tout le temps, peut créer une forme de lassitude. Varier les activités aide à garder de l’élan : écrire, programmer des films pour un festival, animer des discussions, intervenir auprès de collégiens ou lycéens, participer à des comités de sélection.
Le métier demande donc une curiosité large, active, tournée vers le réel. Voir un film ne suffit pas. Il faut aussi chercher ce qu’il raconte, à qui il parle, comment l’aborder, avec quel angle, dans quel format et pour quel public.
3. L’adaptabilité — la qualité qui permet d’évoluer
L’adaptabilité est essentielle, car le métier se pratique rarement sous une seule forme. Certains écrivent, d’autres interviennent à la télévision, dans des festivals, dans des établissements scolaires, ou combinent plusieurs activités. Le point commun : il faut ajuster sa manière de travailler selon le contexte.
Un texte pour une revue en ligne ne suit pas forcément les mêmes codes qu’un papier pour un magazine. Un format télé demande de penser l’interview, puis le montage, les respirations, les coupes, le rythme. Une intervention scolaire demande de transmettre clairement, sans perdre la richesse du film.
L’adaptabilité se voit aussi dans les choix de parcours. Passer d’un poste dans la VOD à une activité indépendante demande d’évaluer le terrain, de sécuriser une partie de ses revenus, puis d’ouvrir progressivement d’autres pistes. Ce n’est pas un saut dans le vide romantique. C’est un mouvement préparé, lucide, avec des appuis.
4. L’audace sobre — la qualité qui aide à se sentir légitime
L’audace, ici, n’a rien de bruyant. Elle consiste à dire oui à une opportunité, puis à travailler assez pour être prêt le jour venu. Elle consiste aussi à écrire à quelqu’un, proposer un café, demander comment fonctionne un métier, présenter une idée de sujet.
La légitimité ne tombe pas d’un coup. Elle se construit avec des productions concrètes : un bon texte, une bonne interview, une proposition claire, une expérience menée jusqu’au bout. Elle vient aussi parfois du média, du festival ou de la structure avec laquelle on travaille. Mais elle reste fragile si elle ne s’appuie pas sur le travail.
“On n’avance jamais en se comparant à des gens qui ont 50 ans de carrière. Je pense qu’il faut essayer le moins possible de se poser la question de la légitimité. Je sais que généralement, quand je propose un truc, quand on me propose quelque chose, même si je ne me sens pas forcément à l’aise avec, je dis oui et au moins, ça me force à bosser pour me dire qu’au moment où je me retrouverai à le faire, je serai prêt pour le faire.”
Qualités souvent sous-estimées chez un journaliste et critique cinéma
La capacité à être seul est moins visible depuis l’extérieur. On imagine facilement les festivals, les rencontres, les projections, les discussions. On voit moins les heures de préparation, les textes à reprendre, les films à visionner pour prendre de l’avance, les propositions à envoyer sans garantie de réponse.
Cette solitude n’est pas forcément négative. Elle peut être un espace de concentration. Mais elle demande de l’organisation et une bonne connaissance de soi. Si vous avez besoin d’un cadre collectif permanent, l’indépendance peut demander un effort supplémentaire.
La sociabilité professionnelle est tout aussi décisive. Le réseau se crée au fur et à mesure : stages, piges, festivals, syndicats, associations, rencontres informelles. Il ne s’agit pas de “se vendre” en permanence. Il s’agit de rester en lien, de poser des questions, de comprendre les usages, de faire circuler les idées.
La pédagogie compte aussi. Intervenir auprès de collégiens ou lycéens, animer une discussion avec un cinéaste, participer à une sélection de festival : tout cela demande de formuler, d’écouter, d’expliquer. Le métier ne se réduit pas à avoir un avis. Il faut savoir le rendre partageable.
Qualités et compétences : ce qu’un journaliste et critique cinéma apprend à développer
Les qualités humaines ne remplacent pas les compétences. Elles les soutiennent. Écrire une critique, mener une interview, proposer un angle, construire un sujet ou travailler au montage s’apprend avec la pratique.
Une porte d’entrée possible consiste à écrire pour des revues en ligne ou des blogs. Ces espaces cherchent parfois des plumes. Ils ne sont pas toujours rémunérés, ce qui demande de la prudence et de la lucidité. Mais ils peuvent permettre de se faire la main, de recevoir des retours, de construire un ensemble de textes à montrer ensuite.
La crédibilité se développe aussi par les expériences répétées. Chaque papier publié, chaque interview préparée, chaque festival fréquenté ajoute une pierre. Ce n’est pas toujours spectaculaire. Mais c’est solide.
Le style, lui aussi, se travaille. Certains médias attendent des critiques positives uniquement. D’autres accordent une grande importance à la description d’un lieu, d’une ambiance, d’une personne rencontrée. La télévision demande encore autre chose : penser la parole de l’autre, puis le rythme du montage. Une même personne peut donc apprendre à moduler son ton sans perdre sa voix.
À qui le métier de journaliste et critique cinéma convient vraiment
Ce métier est fait pour vous si
- Vous aimez travailler avec autonomie, sans attendre qu’un cadre très strict organise toute votre journée.
- Vous savez avancer sur des tâches dont le résultat n’est pas toujours immédiat.
- Vous avez envie de voir beaucoup de films, mais aussi de rencontrer des personnes et de comprendre leur travail.
- Vous aimez écrire, proposer, interviewer, transmettre, discuter et ajuster votre approche selon les formats.
- Vous acceptez de construire votre place progressivement, mission après mission, rencontre après rencontre.
Il est plus difficile si
- Vous recherchez une stabilité totale dès le départ, avec un seul employeur et des missions toujours prévisibles.
- Vous avez du mal à travailler seul ou à organiser votre temps sans consignes immédiates.
- Vous supportez mal l’incertitude liée aux piges, aux propositions refusées ou aux revenus variables.
- Vous préférez exercer une seule activité très répétitive plutôt que combiner plusieurs casquettes.
- Vous attendez de vous sentir pleinement légitime avant d’oser proposer quelque chose.
Ce qu’il vaut mieux savoir dès le départ sur le métier de journaliste et critique cinéma
La carte de presse n’est pas toujours le point de départ. Elle peut exister, tout comme une carte spécialisée dans le cinéma, mais elle n’est pas systématiquement demandée. Certaines missions sont réalisées pour des médias, d’autres pour des festivals ou des structures qui ne relèvent pas directement de la presse.
La rémunération varie beaucoup. Un texte peut être bénévole. Un papier court peut être payé autour de quelques dizaines d’euros. Des missions audiovisuelles peuvent être mieux rémunérées, notamment quand elles incluent du temps de montage, mais elles demandent aussi un travail différent. L’équilibre financier vient souvent de la combinaison de plusieurs activités.
Le réseau se construit dans le temps. Il naît des expériences, des stages, des piges, des festivals, des discussions, des cafés proposés simplement. Une rencontre peut mener à une autre. Un texte peut donner envie à quelqu’un de vous confier un sujet. Une activité bénévole peut parfois ouvrir vers une mission payée plus tard, sans que cela soit garanti.
La comparaison peut freiner. Dans le cinéma, on croise des personnes qui semblent avoir tout vu, tout lu, tout rencontré. Se comparer à des carrières de plusieurs décennies peut couper l’élan. Mieux vaut regarder ce que vous pouvez faire maintenant : écrire un texte juste, préparer une interview sérieusement, demander un retour, proposer un angle.
Tenir la ligne juste : avancer avec rigueur, curiosité et envie
Si ce métier vous attire, commencez petit, mais commencez dans le réel. Cette semaine, vous pouvez choisir un film, écrire une critique courte, puis la faire relire par une personne de confiance. Vous pouvez aussi repérer une revue en ligne, un blog, un festival local ou un·e professionnel·le à contacter pour poser trois questions concrètes.
Identifiez ensuite deux qualités que vous avez déjà. Par exemple : vous êtes curieux, vous aimez creuser, vous savez écouter, vous tenez vos engagements. Puis choisissez une qualité à renforcer. Peut-être l’organisation. Peut-être l’audace d’envoyer une proposition. Peut-être la capacité à recevoir un retour sans vous décourager.
Repensez à une situation où vous avez déjà mobilisé cette qualité. Un projet mené seul. Une discussion préparée avec soin. Un texte repris plusieurs fois. Une rencontre provoquée. Ce sont souvent ces traces-là qui montrent que le métier n’est pas si loin.
Le journalisme et la critique cinéma demandent de garder une flamme sans brûler toute son énergie. Voir, penser, écrire, rencontrer, transmettre. Et, peu à peu, sentir ce petit battement de cœur professionnel : celui qui apparaît quand votre regard trouve sa place et devient utile aux autres.
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