Fabrice Giroulet, Psychiatre & Psychothérapeute
Vidéo Youtube
Transcription complète
Alizée (Chance)
Bonjour tout le monde, ou plutôt bonsoir. Bienvenue dans ce live organisé par Chance, dans le cadre de la semaine des Live en coulisses. C'est une semaine qui est dédiée à découvrir des métiers qui vous intéressent en posant directement vos questions à des invités qui sont là et qui donnent généreusement de leur temps pour répondre à toute interrogation sur le métier en question. Aujourd'hui, évidemment, je ne suis pas toute seule puisque je suis avec Fabrice, qui est là pour nous parler du métier de psychiatre et de psychothérapeute. Petite info concernant le fonctionnement de notre live: vous avez un chat qui est sur la partie droite, normalement, si vous voyez les choses comme moi. Le chat est là pour interagir, donc vous pouvez rebondir, faire des commentaires, il n'y a pas de souci. Et c'est là aussi que vous pourrez poser vos questions à Fabrice pour que du coup, on ait de la visibilité et que je puisse moi aussi lire les questions et qu'il vous réponde. Voilà. Est-ce que Fabrice, tu veux nous commencer par nous expliquer un peu ton parcours, comment tu es arrivé sur ce poste, sur ce métier ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Bien sûr. D'abord, bonsoir à tout le monde. Bonsoir à toutes, bonsoir à tous. Je suis psychiatre, psychothérapeute et ça reste une spécialité médicale. Pour faire psychiatre, psychothérapeute, il faut passer par la faculté de médecine. Les choses ont bien changé, mais de manière générale, c'est un peu la même chose aujourd'hui. Après le bac, vous rentrez en école de médecine, à la faculté de médecine, puis Vous passez le fameux concours de première année et ensuite, vous choisissez entre différentes voies, que ce soit médical, dentisterie ou paramédical, notamment stage femme ou par exemple, kiné. Et puis, moi, j'ai choisi médecine, du coup, donc vous faites les études pendant six ans, donc six ans à la faculté. Ensuite, vous repassez à un deuxième concours, classant cette fois-ci, qui vous permet de choisir votre spécialité. Et à l'issue de ça, vous choisissez la spécialité et la ville. Et c'est à ce moment-là où où vous choisissez entre chirurgie, psychiatrie, médecine générale ou toute autre spécialité médicale.
Alizée (Chance)
Ok, donc on parle bien d'études de médecine à la base. Les fameuses études de médecine, P1, P1, P2.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
C'est ça, P1, P2, ça, c'est l'ancienne nom: P1, P2, D1, D2, D3, D4. Et puis après, le cycle de l'internat qui diffère en fonction de spécialités au niveau du temps.
Alizée (Chance)
C'est un métier de vocation, non ? En tout cas, un cursus de vocation.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Il faut, parce que si vous n'avez pas la vocation, C'est très difficile. Les études sont dures. Il ne faut pas se leurrer. Les études à la faculté sont très difficiles. Et après, l'internat est d'autant plus difficile. On entend beaucoup: Une fois que tu as passé la première année, c'est tranquille. Ce n'est pas vrai. Non, pas du tout. Ce n'est pas du tout vrai, c'est pire d'année en année. C'est pire, vous vous rendez compte qu'il y a une masse de choses à savoir qui est légitime, je trouve, parce qu'on ne joue pas justement avec la vie humaine, donc ça nécessite d'avoir pas mal de connaissances. Malheureusement, aujourd'hui, c'est une fois qu'on est confronté à la vie humaine, qu'on se rend compte qu'il faut pas mal de connaissances et savoir les intriquer dans toutes les spécialités. Je fais de la psychiatrie, mais je suis passé par médecine et c'est nécessaire d'avoir vraiment des connaissances en médecine en général avant de faire n'importe quelle spécialité.
Alizée (Chance)
Bien sûr. On dit souvent que les personnes qui réussissent les études de médecine, ce n'est pas forcément les Les plus intelligentes, c'est juste les personnes qui le veulent vraiment, les plus déterminées, celles qui s'accrochent. Tu confirmes ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Ça dépend à quel moment. Pour la première année, il faut être déterminé, oui, parce que c'est très difficile, c'est très compétitif. Au final, la compétition, on a tendance à croire qu'elle est envers les autres, elle est surtout envers soi-même. Le pire ennemi en médecine, c'est soi-même, parce que c'est exigeant. Je pense que tous les étudiants en médecine, en tout cas la grande majorité, et ça ressort dans les études qu'on fait en médecine, je veux dire les études statistiques, tout le monde s'est dit, au moins la grande majorité s'est dit: Ce n'est pas possible, je vais abandonner, c'est trop dur. Donc, son pire ennemi, c'est soi-même. Est-ce que c'est les plus intelligents ? Non. Est-ce que c'est les plus déterminés, oui, je pense qu'au niveau détermination, il faut en avoir. Après, c'est vrai que la manière dont est faite la sélection en première année, il faut pas se leurrer, ça nécessite quand même d'avoir une bonne mémoire. En tout cas, moi, à mon époque, il fallait recracher J'ai les cours par cœur, c'était des QCM. Il n'y avait pas d'oral. Je sais qu'aujourd'hui, il y a un oral. C'est sujet à débat, encore aujourd'hui, cet oral. Mais c'est vrai qu'à mon époque, il fallait à la fois être déterminé et il ne faut pas se leurrer, avoir des facilités pour réussir. Rien n'est impossible. Moi, je fais partie du contre-exemple, justement, où j'ai dû vraiment cravacher pour réussir. Je l'ai fait en deux fois, donc j'ai refait ma première année. Donc tout est possible. La première année, j'ai vraiment un résultat qui était loin d'être terrible. Selon les statistiques, je faisais partie des gens qui ne devaient pas l'avoir, même à l'issue de la deuxième fois. Et là, c'est vrai que c'est la détermination qui est rentrée en jeu. Mais c'était très difficile.
Alizée (Chance)
D'accord. Donc, il faut être très motivé. L'intitulé du coup du live, il y a écrit: psychiatre et psychothérapeute. Est-ce que toi qui es expert dans ce domaine, tu peux nous expliquer ou nous rappeler en tout cas la différence entre les deux ? Parce que je pense que souvent, il y a un amalgame qui est fait et quand on est dans une semaine, on peut le faire.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Il y a deux branches. Il ne faut pas qu'on fonde deux choses. Il y a souvent l'amalgame est fait où les confusions sont faites entre la psychologie et la psychiatrie, et/la psychothérapie. En fait, la psychothérapie, on peut On définirait ça comme un art. Au final, un art qu'on peut apprendre à la fois en étant psychologue ou psychiatre. C'est vraiment à la croisée des chemins. Et la psychothérapie, c'est plutôt le trait. C'est une partie de la psychiatrie, à la fois une partie de la psychologie. C'est la partie, on va dire, traitement par la parole. Donc, on peut être psychologue, psychothérapeute et psychiatre, psychothérapeute. C'est juste le fait de dire qu'on a cette compétence à la fois médicale, donc psychiatrie, et à la fois de traitement par la parole, psychothérapie. Il faut savoir que tous les psychiatres ne font pas psychiatre et psychothérapeute, bien qu'ayant le titre, le titre officiel, c'est ça, certains vont plutôt faire que de la médecine, donc que de la partie psychiatrique, et d'autres, au contraire, en tant que psychiatre, vont faire que de la psychothérapie où certains comme moi font les deux. C'est vraiment un vaste éventail dans la pratique de tous les jours, à la différence du psychologue où le psychologue, lui, est psychologue, psychothérapeute.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Il y a aussi des psychologues, juste psychologue sans être psychothérapeute. C'est un peu le même fonctionnement. Le psychologue peut aussi faire que de la psychologie. Je ne vais pas rentrer dans le détail parce que ce n'est pas mon métier, donc je n'ai pas envie de dire des bêtises, mais pour la partie psychothérapeutique, c'est la même chose. C'est-à-dire un psychologue peut tout à fait délivrer de très bons soins à un psychothérapeutique au même titre qu'un psychiatre. On dit même, en toute humilité, vraiment que les psychologues sont meilleurs que nous en psychothérapie parce qu'ils sont beaucoup plus exposés à cette partie-là. Parce que nous aussi, on a la partie médicale qui fait qu'on a un exercice mixte et il n'y a pas de secret. Comme tout métier, c'est le temps d'exposition à un certain type d'exercice qui fait qu'on va être meilleurs.
Alizée (Chance)
Tout à fait. Toi, tu exerces les deux. Est-ce que tu peux nous parler un peu de ton quotidien dans les deux. En gros, ça se résume à quoi ? Concrètement, qu'est-ce que ça donne ? Et aussi, toi, quelle casquette tu préfères ? Si c'est le cas, s'il y en a une que tu préfères.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Ce qui est bien en médecine, c'est que vous pouvez avoir plusieurs modalités d'exercices. Là, ma journée quotidienne, on va dire que c'est une journée de cabinet. C'est un exercice, on va dire, indépendant. Il y a aussi l'exercice hospitalier. Les journées diffèrent. Je vais juste parler de ce que je fais aujourd'hui, plutôt le versant indépendant, cabinet, donc libéral. On a tendance à croire que le psychiatre, il est juste là pour écouter les gens et puis c'est tout, et puis ça va aller. Non, ce n'est pas du tout ça. Ça reste justement de la médecine. Ce qui est bien dans ce métier, c'est qu'on offre un espace d'écoute aux personnes qui n'ont pas justement cet espace dans leur vie quotidienne. C'est là toute la difficulté, c'est un lieu de non-jugement, un lieu de non-parti pris, où on est là pour écouter les gens, leurs problèmes, parce qu'il y a pas mal de problèmes, et on essaye de trouver une solution à ces problèmes qui les empêche de vivre. Des problèmes de nature mentale qui touche à la santé mentale. Et donc, le quotidien, c'est d'accueillir les gens, donc de prendre ce temps d'écoute. Alors, les exercices différents, c'est en fonction des psychiatres.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Là, actuellement, j'exerce en Suisse, donc c'est un poil différent. Les séances font entre 45 minutes et 1 h 15. Pour ma part, je fais des séances d'une heure, 1 h, 1 h15, ce qui permet, moi, d'avoir le temps avec la personne d'approfondir de dire les choses et de discuter. Mon quotidien, c'est j'arrive au bureau, je regarde mes mails tranquillement, je prépare mon premier rendez-vous, je vais chercher la personne dans la salle d'attente, je l'accueille et puis on commence à discuter. Si c'est une première séance, on fait connaissance, si c'est une suite de suivi, une suite de thérapie, on parle sur ce dont on s'est arrêté la dernière fois. Et puis on prend ce temps.
Alizée (Chance)
Pardon, excuse-moi. C'est quoi préparer mon rendez-vous ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
C'est juste de relire les notes qu'on a pris sur la dernière séance. Et puis, c'est préparer rendez-vous. C'est quand on a un nouveau patient, c'est essayer de relire un peu les documents qu'on nous a transmis quand on en a pour un peu cibler nos questions. C'est super important de préparer un entretien. Il ne faut pas croire que la majorité des psychiatres font ça au doigt mouillé. C'est vraiment préparer. Il y a toute une logique derrière l'entretien en fonction de la problématique qu'on nous apporte. Parfois, on a sûrement des surprises, parce que le motif de consultation annoncé est souvent en décalage avec la vraie problématique de la personne, parce que la personne, quand elle prend rendez-vous, elle a parfois du mal à dire les vraies raisons de la consultation. Où elle les ignore. C'est ça exactement, où elle les ignore. Donc, on peut partir totalement sur un autre sujet. Donc oui, les entretiens sont quand même en amont préparés et je pense que c'est respecter aussi la personne qui vient vous voir. C'est de ne pas se dire: OK, la personne, elle vient, je ne sais pas pourquoi elle vient, je vais voir ça sur le tas. Non. Il y a quand même une préparation, je trouve qu'elle est essentielle et c'est ça que je fais avant le rendez-vous.
Alizée (Chance)
D'accord. Tu me dis si j'ai mal compris, c'est la partie psychothérapeute.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Non, ça, c'est la partie dans les deux cas, c'est justement cet accueil patient et en fonction justement de la tournure du problème, soit elle va prendre un versant médical, soit un versant psychothérapeutique, soit les deux, en fonction de l'état du patient. C'est vrai que si le patient est vraiment trop mal, par exemple très déprimé, on ne fait pas une psychothérapie avec quelqu'un qui, sur le plan psychique, n'est pas bien.
Alizée (Chance)
À l'équilibre, oui. À l'équilibre, c'est ça. Il y a pas de médicamentation.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Exactement. La médication, c'est une des solutions. Ça aussi, c'est un préjugé, comme on a l'impression que les psychiatres donnent des médicaments tout le temps. Ce n'est pas vrai. On donne des médicaments quand c'est nécessaire et quand on a l'impression qu'il y a une plus-value à la suite de la thérapie, entre guillemets, pour accélérer les choses. Une fois que le patient est stabilisé, s'il est preneur, on peut passer sur la faible psychothérapeutique, parce que ce qu'il faut comprendre, c'est que le médicament vient traiter un symptôme et si on ne traite pas le cœur du problème, ça reviendra. C'est ça. C'est pour ça qu'aujourd'hui, vraiment, la pratique de la psychiatrie, de la psychothérapie ou de la psychologie et de la psychothérapie, c'est important d'intégrer les deux. Et aujourd'hui, on est rentrés dans une vague qui, justement, mixe les deux et qui s'appelle le traitement psychiatrique et psychothérapeutique intégré. On fait vraiment les deux quand on peut et quand les patients veulent.
Alizée (Chance)
Et toi, il y a un aspect que tu préfères ou pas ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Ça dépend de mes humeurs. Ça dépend du temps. Moi, je pense qu'il faut faire les deux. Quand je peux faire les deux, je fais les deux.
Alizée (Chance)
Pourquoi ? C'est complémentaire ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
C'est complémentaire. C'est complètement complémentaire. Et justement, pour avoir une meilleure rémission sur le long terme, il faut les deux. Il faut les deux quand il y a une partie médicale qui est justifiée. Sinon, la partie psychothérapeutique suffit. Il faut les deux et vraiment, les journées, c'est d'accueillir les gens, de voir les gens au fil de la journée, aussi de répondre à des sollicitations, parce que ça, c'est la partie visible de l'iceberg. Puis, il y a la partie administrative aussi invisible, on reçoit des rapports des institutions, que ce soit des institutions publiques, tout ce qui est assurance, l'État, justice Aussi, on est pas mal en collaboration avec la justice, sur certains cas, avec des assistants sociaux de l'extérieur, des éducateurs de l'extérieur, des foyers, des familles aussi. Donc, c'est assez varié. On n'est pas juste, on va dire, en dialogue avec la personne, on l'est avec tout son système. Ce n'est pas limité juste à voir des gens, c'est aussi organiser des rencontres avec justement tous ces acteurs-là autour de l'avis de la personne.
Alizée (Chance)
D'accord. Donc une variété d'interlocuteurs, ce n'est pas juste des personnes que tu reçois dans ton cabinet ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Exactement, c'est ça, on reçoit, on fait des réunions avec les médecins traitants, avec d'autres spécialistes, avec des juges, parfois, avec des juristes, avec des assistants sociaux, comme j'ai dit, très précieux dans la prise en charge, des ergothérapeutes, des kinés, vraiment toutes les personnes qui rentrent dans la prise en charge de la personne.
Alizée (Chance)
Qu'est-ce que toi, tu aimes le plus dans ton job et qu'est-ce que tu aimes le moins ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Ce que j'aime le moins, c'est l'administratif.
Alizée (Chance)
Si on ramène ça sur une semaine, ça représente combien de temps, l'administratif ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Plutôt par jour, je vais dire par jour, parce qu'il y a toujours un travail administratif par jour. Très honnêtement, entre une et deux heures par jour.
Alizée (Chance)
Oui, quand même.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
C'est quand même lourd. C'est quand même lourd. Ça, c'est sans compter le temps que je prends à mettre des notes dans les dossiers des patients.
Alizée (Chance)
D'accord, oui, ça, c'est plus ton suivi, ton traitement.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Ça, c'est de l'administratif, mais c'est compté comme faisant part de la consultation, parce qu'il y a un travail qui est fait juste après. Mais sinon, vraiment tout l'administratif pur, c'est-à-dire répondre aux emails, répondre aux courriers, faire des rapports, contacter des gens, répondre au téléphone aussi, c'est entre une et deux heures. Tout ce qui est gérer la facturation aussi, bien sûr. Même si c'est bien automatisé aujourd'hui, ça prend quand même du temps, donc entre une et deux heures par jour.
Alizée (Chance)
Ok. Et à l'inverse, qu'est-ce que tu préfères dans ton métier ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
C'est vraiment que c'est varié. C'est très varié. Et moi, à la base, je pensais que j'avais cette vision de jeune étudiant naïf, que je devais juste recevoir des gens et puis leur parler. Ça, c'est ce que j'entends souvent en ces études, mais en fait, ce n'est pas du tout ça. Et ce qui est plaisant, c'est de faire plusieurs choses. Parce qu'en tant que psychiatre aussi, on peut avoir une activité d'expert, donc ça permet de changer l'activité, donc d'avoir une autre position, parce que la position de thérapeute et d'expert, ce n'est pas la même. Donc ça permet de réfléchir différemment. Et ce que j'aime aussi, c'est la finesse de réflexion. Parce qu'on se creuse pas mal la tête. La médecine des bouquins, ça n'existe pas. On aimerait bien pour que ce soit plus simple, mais en fait, ça n'existe pas. Et il y a toujours le doute qui plane au niveau de... Je parle au niveau des symptômes, pas le doute sur ce que dit le patient, mais du doute sur l'orientation de diagnostic. Alors parfois, c'est très clair, mais parfois, il y a du doute et c'est ça qui est intéressant. C'est de réfléchir vraiment à tous les aspects qui existent dans la santé, dans la biologie, dans la médecine, et se dire: OK, ça pourrait être autre chose, pas que ça.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Et la finesse de réflexion, c'est ça qui est intéressant.
Alizée (Chance)
Ok. Alors, une question de Marine dans le chat. On va en parler et après, j'ai une autre question. Alors évidemment, je laisse la priorité aux questions dans le chat. Et d'ailleurs, si on a d'autres, santé vous libre, évidemment, c'est fait pour ça. J'espère qu'on aura encore deux minutes à la fin pour une petite question que j'ai aussi. Marine demande: Dans le cadre d'une réorientation, si l'être est assez inatteignable, non, en termes du nombre d'années d'études ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Inatteignable, non, pas forcément. Maintenant, il y a des passerelles pour faire médecine. Oui, pour faire psychiatre, psychothérapeute. Comme toutes les spécialités médicales, si on parle de la médecine en général, oui, c'est long, mais Aujourd'hui, dans plusieurs facultés de France, notamment Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, il y a des passerelles où on peut rentrer directement en troisième année de médecine. Ce qui voudrait dire de faire trois, quatre, cinq, six, donc quatre années de faculté. Comme je dis, quand même nécessaire parce qu'on ne joue pas avec la vie des gens. Après, ça nécessite de faire, en France, quatre années de formation spécifique en psychiatrie. Ça fait huit ans pour une reconversion, c'est assez long, c'est un projet long terme. C'est ça qu'il faut dire, pas du court terme, mais après, si vraiment vous êtes intéressé par ça, si vraiment vous trouvez du sens à ça, parce que je pense que c'est ça le plus important, plus que la longueur de la reconversion, c'est plus le sens que ça va vous apporter et le sens que vous y voyez dans ce métier-là. Il faut plus le voir comme ça que par la longueur, parce que oui, c'est long, même si vous voulez faire chirurgie plastique, c'est tout aussi long, voire plus long.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
C'est vraiment qu'est-ce que vous pouvez apporter en style d'impact au niveau du monde ? Parce qu'on ne se rend pas compte, et ça, c'est très peu valorisé, malheureusement, c'est que l'impact du médecin, qu'il soit psychiatre ou médecin généraliste, sur une économie, de manière générale, dans la vie des gens, on ne peut pas l'estimer parce qu'il est inestimable. Il est inestimable. Vous pouvez vraiment rétablir quelqu'un dans un poste de travail et donc tout simplement faire tourner un pays, faire tourner l'économie. Vous pouvez résoudre des problèmes psychiques assez compliqués et redonner du sens à cette personne, lui redonner l'envie de faire des choses. C'est un métier impact. Si vous aimez avoir de l'impact sur les gens, c'est les métiers du soin qu'il faut faire, que ce soit infirmier, que ce soit médecin, que ce soit psychiatre. Mais c'est vrai que l'impact en psychiatrie est très important parce qu'aujourd'hui, on sait que la majorité des problématiques sont en santé mentale par rapport à des problématiques de travail, par rapport à des problèmes de la vie quotidienne. La prévalence, en fait, vie entière de souffrir d'un trouble psychique. Et je pense que c'est sous-estimé. En France, il me semble, c'est entre un cinquième et un quart.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Ça veut dire dans la vie entière, on ira chez le psychiatre, on a une chance sur cinq, une chance sur quatre. D'accord. D'aller voir un psychiatre ou un psychologue.
Alizée (Chance)
C'est énorme. Il y a Elise qui pose une question et c'est un peu la même question que ce que je voulais te poser. Elise dit: Est-ce que ce n'est pas dur, parfois, d'être face à la détresse humaine ? Est-ce que tu le ramènes le soir chez toi ? Et en fait, moi, ma question très c'était, tout en respectant la démontologie, est-ce que tu peux nous donner une proportion par rapport aux problématiques de tes patients, entre ce qui va être plutôt de la thérapie de confort, des personnes qui ont des problèmes qui sont importants pour eux, mais qui ne sont pas des problèmes gravissimes, et des personnes, c'est vraiment des choses extrêmement graves, extrêmement lourdes, qui vont peut-être toi t'atteindre. En proportion, c'est quoi ? Et est-ce que tu la ramènes chez toi à la maison ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Ça serait mentir de dire que je laisse tout au cabinet. Ce n'est pas vrai, c'est très difficile. C'est nécessaire quand même de se forcer de ce qui reste au boulot, ce qui reste dans les murs du cabinet, ça reste au cabinet. Dans la majorité des cas, je pense que j'y arrive, mais sur certaines situations, c'est extrêmement difficile. Parce que ce que peuvent nous rapporter certaines personnes, c'est assez violent, sans forcément qu'il y ait de violences physiques. Cette personne, je vais dire, est assez violente dans ce que les gens vivent. C'est vrai que ça peut toucher et ça peut faire quelque chose. Et c'est vrai que parfois, c'est difficile de couper sur certaines situations. Mais l'important, c'est de bien être entouré. Ça aussi, c'est un point important que j'ai oublié de dire. Dans les métiers du soin, il ne faut pas être seul. Il ne faut pas s'isoler, il ne faut pas faire son cabinet tout seul dans son coin, tout ça. Je pense que c'est une mauvaise chose pour soi-même parce qu'on a besoin de parler et de débriefer justement sur ce qui nous touche. En tant qu'êtres humains, on reste des êtres humains, donc on ne peut pas rester insensible à...
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Sinon, on s'est trompé de métier. On ne peut pas rester insensible à ce que nous disent les gens. Donc oui, c'est dur parfois de laisser les choses au cabinet et à la maison, oui, on ramène des situations dans notre tête et c'est difficile. Après, on se dit: Voilà, c'est à partir de mon boulot, on essaye de faire autre chose et puis on essaye d'oublier ça, mais parfois, c'est difficile. Et pour répondre à ta question, c'était- Pour la proportion, en fait, relativement, entre des choses, pas graves, je me permets pas de juger, évidemment, des choses très lourdes.
Alizée (Chance)
Ouais, c'est une situation, par exemple.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
C'est difficile à dire parce qu'en fait, la patientèle qu'on a, elle nous ressemble aussi. C'est qu'est-ce qu'on veut faire en psychothérapie ? Qu'est-ce qu'on veut traiter ? C'est ça, qu'est-ce qu'on veut traiter en médecine ?
Alizée (Chance)
C'est pour ça que souvent, les psy, ils ont une petite spécialité un peu sur leur cas de découverte. Oui, ça, c'est vrai. Par exemple, addictologie ou des choses comme ça.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Exactement, donc ça dépend. Après, est-ce qu'on peut vraiment parler de psychothérapie de confort ? J'entends par là, On peut parler clairement de développement personnel. Il n'y a aucun tabou avec ça. Est-ce que vraiment je fais du développement personnel ? Non, en tout cas, je n'en fais pas. Tout ce que je fais, c'est vraiment lié, dans ce que j'ai dit, dans le traitement psychiatrique et psychothérapeutique intégré. Je n'ai pas de demande, ou alors je dirige vers un psychologue. En tout cas, quand moi, je reçois une demande où j'estime qu'il n'y a pas besoin de médecine, qu'il Il y a peut-être une psychopathologie derrière, mais qui serait plus vers le développement personnel, je réadresse à quelqu'un d'autre, à un psychologue. Dans ma patientèle, je n'ai pas vraiment d'exemple. Dès lors que c'est traité, on met fin à la psychothérapie. Il n'y a pas. D'accord. Mais des cas lourds, oui, il y en a, mais comme je disais, ça dépend de notre propension à accepter ce genre de cas ou pas.
Alizée (Chance)
Très clair. Ok. On arrive au bout du temps qu'on ensemble, mais il y a une dernière question. Laissons-lui sa chance à cette dernière question. Si tu es partant pour le challenge, on a deux minutes pour cette question. C'est une question de Marine encore qui a plein de questions sur le sujet, donc ça doit l'intéresser. Quelles sont les problématiques que tu préfères ? Les problématiques, il faudrait que je dis mes. Quels problèmes ? Parce que tu parles de sujets de prédilection. Toi, qu'est-ce que tu aimes bien traiter en particulier ?
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Beaucoup de choses.
Alizée (Chance)
En plus, on n'a pas beaucoup de temps.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Je vais aller très vite. Tout ce qui touche à la problématique de la souffrance au travail, donc tout ce qui est dépression, burn out, épuisement professionnel, tout ce qui est du cadre, ça, c'est un peu plus spécialisé, du neurodéveloppement, c'est-à-dire toutes les maladies hyperactivité, autisme, déficience intellectuelle. Et puis, en général, tout ce qui est troubles de l'humeur, c'est-à-dire dépression, j'ai déjà dit, ou bipolarité. C'est plutôt ça que Et les troubles anxieux aussi. C'est plutôt ça que je préfère faire dans mon exercice.
Alizée (Chance)
C'est vaste. À la fois, ça se ressent, mais à la fois, c'est très différent parce que chacun aura sa manière de... Je comprends ta réponse. Merci beaucoup, Fabrice. Franchement, c'est fascinant. C'est une discipline, je pense, qui... Moi, je t'écouterai pendant des heures en parler. Je suis fascinée par le domaine. Je vois que le chat se déchaîne aussi. Merci beaucoup de nous avoir accordé C'est 30 minutes et ton précieux temps. On te souhaite plein de bonnes choses, plein de patients follement intéressants, sans mauvais jeu de mots. Et une bonne soirée. Et du coup, nous allons rendre l'antenne, puisque les live ne sont pas finis. Tout au long de la semaine, vous avez toute une série de live en coulisses que vous retrouverez sur le planning qui vous a amené ici. Donc, bonne soirée tout le monde. Encore un grand merci à Fabrice.
Fabrice Giroulet (Psychiatre & Psychothérapeute)
Il n'y a pas de souci. Bonne soirée tout le monde. Au revoir.













