Conseils terrain pour se lancer comme entrepreneur·e en économie circulaire (à faire / à éviter)
Résumé en 10 secondes
- Testez vite : avancez par petits pas, cherchez la traction plutôt que la perfection.
- Vérifiez le “sur le papier” : clients potentiels et possibilité de gagner de l’argent, tout de suite.
- Entourez-vous : associé·e(s) ou 4–5 personnes qui challengent vraiment.
- Allez parler aux gens du terrain : LinkedIn, 30 minutes, modèles décortiqués.
- Posez vos règles de vie : horaires, rythme, priorités. L’entrepreneuriat s’adapte aussi.
Avant de se lancer : les bases à poser (entrepreneur·e en économie circulaire)
Avant même de choisir un produit, un marché, un nom, vous gagnez du temps en posant trois bases simples : vos motivations réelles, vos attentes, et votre cadre d’exercice.
Clarifier vos motivations réelles
Se lancer peut venir d’une envie de créer “à sa manière”, de défendre une idée, ou de construire une activité plus utile. Ce point est important, parce qu’il vous servira de boussole quand l’énergie baisse.
“Claire Bretton (CEO & entrepreneure de l’économie circulaire) : « J’ai toujours aimé créer des choses à ma manière. C’est vraiment l’envie de définir son propre projet, de l’emmener là où on veut, de défendre ce qu’on veut défendre. (…) Pendant le confinement, (…) on s’est dit que nos métiers ne servaient pas à grand-chose. (…) J’ai vraiment découvert ce que c’était monter une structure dans l’impact. Et j’ai adoré. (…) Je me suis dit : OK, la prochaine boîte que je veux monter, je veux qu’elle soit dans l’impact. Et pourquoi l’économie circulaire ? Parce que c’est quelque chose que je comprenais et que j’appréhendais. Ça a un impact ultra-positif, tout en restant du business. »
Ajuster attentes vs réalité
Le démarrage est rarement “propre”. Vous avancez avec des hypothèses. Vous testez. Vous revenez en arrière. Et vous recommencez. Plus vous acceptez ça tôt, moins vous vous sentez “en échec” quand tout n’est pas linéaire.
Poser votre cadre d’exercice
Entreprendre peut déborder. Pas par malveillance. Par nature. Donc, vous avez intérêt à décider à l’avance ce qui compte : votre rythme, votre famille, votre santé, vos impératifs financiers. Et à en faire des règles du jeu.
Ce cadre n’est pas “anti-ambition”. C’est ce qui vous permet de tenir et de durer.
À faire absolument au démarrage
1) Tester vite en conditions réelles (petits pas, tests, retours)
L’idée forte : ne pas attendre d’avoir “la bonne version” pour se lancer. Votre meilleur apprentissage vient du réel.
- Testez un concept à petite échelle.
- Regardez les signaux : des personnes veulent-elles vraiment acheter ?
- Multipliez les essais : ce n’est pas une ligne droite, c’est une exploration.
“« Moi, ce que je conseille à ceux qui veulent devenir entrepreneur, c’est déjà d’oser se lancer. (…) C’est la théorie des petits pas et du test. (…) Il faut se lancer le plus rapidement possible pour tester le plus de choses possible. (…) Et donc là, l’entreprise que je suis en train de monter, (…) on a levé pas mal de fonds, mais la première, je l’ai faite sans aucun fonds, sans aucune aide financière. (…) L’accès au fonds n’est pas forcément un bloqueur quand on veut devenir entrepreneur. Ça dépend du projet. »
À retenir : votre premier pas peut être minuscule. Il doit juste être réel.
2) Apprendre progressivement (et accepter de ne pas tout maîtriser)
Vous n’avez pas besoin d’être “formé·e à tout” pour bouger. Dans l’économie circulaire, beaucoup de choses se comprennent en regardant les opérations et les contraintes concrètes.
- Acceptez l’inconfort du début : vous allez apprendre en marchant.
- Transformez chaque problème en compétence qui s’ajoute (sourcing, réparation, vente, confiance client…).
- Restez proche du terrain : c’est là que les vraies réponses se trouvent.
Un point important : une formation peut acculturer, mais ne remplace pas la pratique. L’économie circulaire se joue sur des gestes, des flux, des contraintes de transport, de stock, de main d’œuvre, de remise en marché.
3) S’entourer et créer du lien (pairs, mentors, pros du secteur)
Monter une entreprise “dans sa tête”, c’est confortable. Monter une entreprise dans la vraie vie, c’est plus facile quand on n’est pas seul·e.
- Identifiez 4–5 personnes capables de vous challenger sans vous écraser.
- Trouvez des pairs qui font déjà de l’économie circulaire (même dans d’autres secteurs).
- Demandez 30 minutes pour comprendre un modèle, une difficulté, un raccourci utile.
Concrètement, vous pouvez utiliser LinkedIn pour contacter directement des personnes du secteur et demander un échange court. L’objectif n’est pas de “networker”. C’est de décortiquer ce qui marche, ce qui coince, et ce qui se transpose (ou pas) à votre marché.
À éviter autant que possible
1) Se lancer sans connaître la réalité (clients, modèle, quotidien)
Avant de vous attacher à une idée, confrontez-la à deux questions simples :
- Est-ce qu’un jour je peux gagner de l’argent avec ?
- Est-ce que des clients veulent vraiment ça ?
Ces questions sont parfois inconfortables. Elles vous évitent des mois d’énergie mal placée.
2) Brûler les étapes (aller trop vite, sans base)
Aller vite ne veut pas dire sauter des marches. Dans l’économie circulaire, il y a des dépendances fortes. Par exemple, les “flux” comptent autant que l’idée.
Vous avez intérêt à comprendre les enjeux typiques :
- Récupérer des produits défectueux (identifier où ils sont, organiser l’acheminement).
- Reconditionner / réemployer (savoir-faire, pièces, main d’œuvre).
- Remettre sur le marché (vente, logistique, confiance, garantie).
Si vous brûlez l’étape “gisement + opérations”, vous risquez de vous retrouver avec une belle promesse… et rien à livrer.
3) Rester isolé (erreurs répétées, découragement, angle mort)
L’isolement coûte cher. Il vous fait :
- répéter des erreurs déjà connues ailleurs,
- perdre du recul,
- porter seul·e les doutes et les décisions.
Même sans associé·e, vous pouvez vous créer une “équipe invisible” : quelques personnes qui vous répondent franchement et régulièrement.
Les erreurs fréquentes au démarrage (et comment les repérer)
- Se comparer trop tôt : vous ne voyez souvent que la vitrine des autres, pas leurs contraintes ni leurs itérations.
- Confondre passion et métier : aimer l’impact ne suffit pas. Il faut aussi aimer les opérations, les ventes, l’exécution.
- Négliger le périphérique : organisation, rythme, charge mentale, logistique, recrutement. Ce “périphérique” devient vite central.
Dans l’économie circulaire, un point revient souvent : la réussite dépend aussi de choses très concrètes, comme la disponibilité de technicien·nes ou l’accès au gisement de produits. Ce ne sont pas des détails. Ce sont des conditions de possibilité.
Les leviers qui facilitent un bon départ
- Curiosité : aller voir comment d’autres font, même dans un autre secteur (textile, vélo, verre consigné…).
- Capacité à demander de l’aide : un message clair, une demande simple (“Vous avez 30 minutes ?”).
- Adaptation : comprendre ce qui se transpose et ce qui ne se transpose pas (un modèle “léger” n’est pas un modèle “lourd”).
- Persévérance : répéter, ajuster, recruter, structurer. Sans se raconter d’histoire, mais sans lâcher trop vite.
Pas besoin d’en faire une checklist parfaite. L’idée, c’est d’avoir plusieurs appuis, pas un seul.
Ce qui change avec l’expérience (quand vous avez déjà mis les mains dedans)
- Plus de confiance : vous savez mieux distinguer un vrai signal d’un bruit.
- Meilleure lecture des situations : vous anticipez les goulots (main d’œuvre, flux, coûts cachés).
- Ajustement des pratiques : vous posez des règles, vous priorisez, vous dites non plus vite.
- Prise de recul : vous sortez du “tout est urgent”, vous revenez à l’essentiel.
À qui ces conseils sont particulièrement utiles
- Personnes en reconversion qui veulent un métier avec impact, sans perdre le sens du réel.
- Profils en début de carrière attirés par l’entrepreneuriat et qui veulent éviter le fantasme du “grand saut”.
- Personnes qui changent de cadre (salariat vers entrepreneuriat) et qui doivent poser un nouveau rythme.
Tenir la ligne de crête : impact, business, et règles de vie
Il y a une tension saine à apprivoiser : construire quelque chose qui sert, sans vous perdre en route. L’entrepreneuriat peut pousser à “toujours plus”. Mais vous pouvez aussi décider, dès le départ, de vos limites et de votre style.
- Choisissez un premier test simple : une hypothèse à vérifier (clients, prix, canal de vente).
- Contactez une personne du secteur : un message LinkedIn, une demande de 30 minutes, une question précise sur le modèle.
- Listez 3 peurs et 3 hypothèses : puis transformez-en une seule en action concrète cette semaine.
Se lancer, ce n’est pas tout savoir. C’est accepter d’apprendre en avançant, avec lucidité et curiosité.













