Mythes vs réalité du métier de Chief Impact Officer : le vrai quotidien derrière le “poste à impact”

Résumé en 10 secondes

  • Mythe : un métier centré uniquement sur la RSE.
  • Réalité : un périmètre très large qui mêle RH, communication, affaires publiques, RSE, et même performance.
  • Écart marquant : on pense “impact = stratégie”, on découvre “impact = mesure, coordination, et arbitrages concrets”.
  • Difficulté inattendue : l’incertitude d’une startup industrielle, avec des essais qui peuvent faire perdre des mois.
  • Peu visible de l’extérieur : le travail de désilotage et de pilotage pour “faire infuser” l’impact partout.

Pourquoi le métier de Chief Impact Officer est souvent idéalisé

Le titre fait rêver. Il combine deux promesses fortes : “impact” (donner du sens) et “chief” (avoir du pouvoir d’action). De l’extérieur, on imagine un rôle clair, presque linéaire : définir une trajectoire, porter une vision, et faire avancer une entreprise vers de meilleures pratiques.

La réalité attire aussi parce qu’elle touche à quelque chose de très humain : ce moment où l’on se sent enfin “aligné·e” avec ce qu’on fait. Et quand l’entreprise travaille déjà sur un sujet vertueux (comme le recyclage), on peut projeter une forme d’évidence : “ça doit être simple, tout le monde va dans le même sens”.

Mythe n°1 : “Chief Impact Officer, c’est surtout de la RSE”

Ce qu’on imagine

Vous seriez surtout là pour “la planète” : politique RSE, reporting, labels, objectifs environnementaux. Un rôle cadré, avec un périmètre identifié, et des sujets relativement séparés du reste (RH, communication, juridique, etc.).

La réalité sur le terrain

Alice Balagué (Chief Impact Officer) décrit un poste beaucoup plus large, pensé comme une fonction qui relie, qui coordonne, et qui pilote plusieurs communautés à la fois :

« Chief Impact chez Fermat, c’est à la fois en charge de l’impact auprès de la communauté interne. Donc, tout ce qui va être communication interne et toute la partie people. C’est l’impact auprès de la communauté externe avec le juridique, les affaires publiques, la marque et la communication externe. Et c’est tout ce qui est impact RSE. Et sachant que depuis quelques semaines, il y a aussi la performance. [...] Fermat, c’est une startup [...] et donc, les organisations bougent. »

La RSE existe bien, mais elle se vit comme un travail de fond : mesurer, recommencer, suivre des paramètres industriels, définir des objectifs réalistes. Même la labellisation (B Corp) devient un chantier structurant, lourd, et très concret à mener.

Ce que ça change concrètement

  • Dans le quotidien : vous passez d’un sujet à l’autre, avec des “points d’ancrage” (réunions d’équipe, one-to-one), et beaucoup d’urgences, notamment côté RH.
  • Dans la motivation : le sens ne suffit pas. Il faut aussi aimer relier des sujets très différents, et tenir la cohérence dans la durée.
  • Dans les choix pro : vous ne “faites pas de la RSE” à côté. Vous portez une fonction transversale qui demande de l’énergie, de la méthode, et un goût réel pour la coordination.

Mythe n°2 : “Dans une entreprise à impact, tout est déjà vertueux, donc c’est facile”

Ce qu’on imagine

L’entreprise recycle, donc l’impact serait “automatique”. Votre rôle serait surtout de raconter ce qui existe déjà, et d’aligner quelques pratiques supplémentaires. Une sorte de bonus, agréable mais pas vital.

La réalité sur le terrain

Justement parce que l’activité est déjà vertueuse, l’exigence monte : comment démultiplier l’impact, et le prouver. Cela passe par des choix coûteux (mesure, analyse), et par une approche très opérationnelle : objectifs, données, paramètres, arbitrages de production.

Et cette logique dépasse l’environnement : l’impact se diffuse aussi dans le recrutement, dans la façon d’intégrer les engagements à l’interne, et dans des sujets d’affaires publiques (par exemple autour de l’industrie verte).

Ce que ça change concrètement

  • Dans la vie pro : vous devez “faire tenir ensemble” l’ambition et la réalité industrielle, sans perdre l’agilité.
  • Dans l’effort : mesurer l’existant, définir des métriques fiables, relancer des analyses : ce n’est pas glamour, mais c’est la base.
  • Dans le sens : l’impact devient un travail de précision, pas une étiquette.

Mythe n°3 : “En startup, ça va vite, donc tout avance forcément”

Ce qu’on imagine

Startup = décisions rapides, trajectoire claire, itérations efficaces. Un environnement où l’on avance sans lourdeurs, avec une sensation constante de progression.

La réalité sur le terrain

La vitesse existe, mais elle cohabite avec l’imprévu. Et quand la startup est industrielle, l’incertitude peut coûter très cher en temps. Une machine attendue, un procédé qui ne fonctionne pas comme prévu, et tout le planning bouge.

« Je n’avais pas vraiment anticipé à quel point la startup, en plus industrielle, où du coup, il y a des choses qui fonctionnent, des choses qui ne fonctionnent pas. [...] Quand on m’a fait venir une machine de Chine en pensant qu’elle allait marcher et qu’elle ne marche pas [...] on s’est repris trois mois dans la vue. [...] On sait où on va et on sait qu’on va y arriver. C’est juste qu’on ne sait pas encore tout à fait quand. »

Ce que ça change concrètement

  • Sur le rythme : vous avancez avec des à-coups. L’énergie doit tenir même quand le calendrier glisse.
  • Sur la charge mentale : vous vivez avec le “pas encore”, sans perdre la direction.
  • Sur la posture : vous apprenez à aimer le tâtonnement, ou au moins à composer avec lui.

Ce que personne ne dit avant de commencer

  • Le poste peut être une création sur mesure. Donc il bouge, il s’élargit, et il faut l’incarner au fur et à mesure.
  • La coordination est un travail à part entière. Faire des liens, désiloter, créer de la synergie : ce n’est pas “du bonus”, c’est le cœur du réacteur.
  • La partie RH peut prendre beaucoup de place. Les urgences et le quotidien humain s’invitent, même quand on est venu pour “l’impact”.
  • Les résultats demandent de la mesure. Avant d’annoncer, il faut établir l’existant, choisir des métriques, relancer des cycles d’analyse.
  • En industriel, l’incertitude est structurelle. Des choix techniques peuvent décaler des objectifs, sans qu’on puisse tout expliquer immédiatement.

Le vrai déclic : quand la réalité devient acceptable (ou enthousiasmante)

Le métier cesse d’être un fantasme quand on accepte qu’il ne se résume pas à une “mission”, mais à un système à faire tenir. Un système humain, industriel, politique parfois. Et qu’il faut aimer piloter dans le mouvement.

Le basculement se fait aussi quand le sens devient tangible : une usine, des procédés, des produits réels. Ce rapport au concret enlève une couche de rêve, mais rajoute une couche de satisfaction. À ce moment-là, le métier cesse d’être un fantasme pour devenir un choix.

À qui la réalité de ce métier correspond (ou non)

Celles et ceux qui semblent s’y retrouver

  • Les personnes qui aiment la rapidité de discussion et la prise de décision quand ça pulse.
  • Celles et ceux qui aiment relier des sujets différents et créer de la cohérence (RH, communication, affaires publiques, RSE, performance).
  • Les profils qui ont besoin de concret et de tangible, et qui apprécient une activité “dans la vie réelle” (usine, procédés, produits).

Celles et ceux pour qui le mythe risque de s’effondrer rapidement

  • Les personnes qui cherchent une journée type stable et prévisible.
  • Celles et ceux qui veulent un périmètre “pur RSE”, sans avoir à porter une coordination transversale permanente.
  • Les profils que l’incertitude industrielle fatigue vite, surtout quand les délais bougent sans date certaine.

Ce que le terrain apprend avec le recul

  • L’impact se pilote. Il ne suffit pas d’être dans une entreprise “qui fait du bien”. Il faut mesurer, structurer, recommencer.
  • Le lien fait la force. Une grande part du travail consiste à créer des ponts : “arriver à justement faire des liens” pour que l’impact infuse.
  • Le temps n’est pas toujours maîtrisable. En startup industrielle, on peut être sûr du cap sans être sûr du calendrier. Et ça demande une vraie solidité intérieure.

Une ligne de crête : choisir le réel, et y trouver son élan

Pour confronter le mythe à la réalité, faites un geste simple : rencontrez une personne en poste et demandez-lui de vous décrire sa semaine, pas son titre. Qu’est-ce qui revient ? Qu’est-ce qui déborde ? Où est le concret ? Où est l’incertitude ?

Ce n’est pas une question de rêve, mais d’ajustement. La réalité n’est pas un problème quand elle est choisie.

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