Une intuition largement fausse
On considère généralement que l’empathie est la qualité première de quiconque accompagne quelqu’un : plus on ressent ce que l’autre ressent, mieux on l’aide. Les travaux du psychologue Paul Bloom, relayés notamment par la presse de management, remettent sérieusement en cause cette évidence.
La distinction qu’il propose est simple et elle mérite d’être connue. L’empathie émotionnelle consiste à ressentir la détresse de l’autre, à souffrir avec lui. La compassion cognitive consiste à comprendre précisément ce qu’il traverse et à s’en soucier, sans l’éprouver soi-même. La première fatigue le cerveau et brouille le jugement. La seconde permet d’aider longtemps.
Pourquoi l’excès d’empathie dégrade l’aide
Trois effets sont documentés, et chacun se vérifie facilement dans la vie ordinaire.
- Elle épuise. Ressentir la détresse est coûteux, et cette dépense ne bénéficie à personne. Celui qui ressort vidé d’une conversation difficile n’a pas été plus utile que celui qui en ressort intact.
- Elle rétrécit le champ. L’émotion partagée focalise l’attention sur ce qui est immédiat et visible, au détriment de ce qui compte peut-être davantage mais qui n’émeut pas.
- Elle pousse à agir trop vite. Quand on souffre avec quelqu’un, on veut faire cesser la souffrance, la sienne comprise. On propose donc une solution, un plan, une consolation, souvent avant d’avoir compris le problème.
Ce que cela veut dire pour votre entourage
Si vous traversez une période professionnelle difficile, vous avez probablement fait cette expérience. Certains proches sont bouleversés par ce qui vous arrive, et ces conversations vous laissent plus lourd qu’avant, parce que vous devez en plus gérer leur inquiétude. D’autres restent calmes, posent des questions précises, se souviennent de ce que vous avez dit la dernière fois, et vous ressortez de l’échange avec quelque chose en main.
Les seconds ne vous aiment pas moins. Ils ont simplement gardé la distance qui leur permet de penser.
La même règle vaut pour un professionnel
C’est aussi ce qui distingue un accompagnement solide d’un accompagnement chaleureux mais inopérant. Un coach qui s’effondre avec la personne qu’il accompagne perd exactement ce qu’on attend de lui : le recul. Ce n’est pas de la froideur, c’est une condition technique du métier, et c’est précisément un des sujets que les coachs travaillent entre eux, notamment la question de savoir comment se décharger émotionnellement après une séance intense.
À l’inverse, une posture purement technique, qui ne se soucierait pas réellement de la personne, ne fonctionne pas non plus. La cible est étroite : se soucier beaucoup, ressentir à distance.
Un test simple
Après une conversation où vous avez aidé quelqu’un, ou après une séance où vous avez été aidé, posez la question suivante : quelqu’un est-il sorti de là avec quelque chose de concret, ou seulement avec l’impression d’avoir été compris ? Les deux ont de la valeur, mais elles ne se remplacent pas.
Nous avons abordé le versant collectif de cette question dans empathie et entraide.
















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