Une leçon venue de zones de turbulences
Valérie Decamp, dirigeante passée par des secteurs particulièrement exposés, a livré dans un entretien une distinction qui mérite d’être connue au-delà du monde de l’entreprise. Ce qui sépare, selon elle, ceux qui subissent les crises de ceux qui les surmontent ne tient ni au talent ni à la chance, mais à une posture.
Face à l’échec ou au coup dur, se positionner en victime, chercher des excuses ou désigner un responsable extérieur est une impasse. Pas une faute morale : une impasse énergétique. Cela consomme une ressource considérable et cela ne produit aucun mouvement. Prendre ses responsabilités, regarder le réel en face et assumer ses choix, y compris les mauvais, est le seul moyen de garder la main.
Ce que la posture de responsabilité n’est pas
Il faut immédiatement écarter deux malentendus, parce qu’ils font beaucoup de dégâts.
Cette posture ne consiste pas à s’attribuer la faute de tout. Un licenciement collectif, un secteur qui s’effondre, une discrimination à l’embauche, un management toxique ne sont pas des choses dont on est responsable. Prétendre le contraire serait faux et cruel.
Elle ne consiste pas davantage à faire semblant que tout va bien. Le déni est une autre façon de ne pas regarder le réel, et il coûte aussi cher que la plainte.
Ce dont il s’agit est plus étroit et plus utile : sur l’ensemble de ce qui vous arrive, identifier la part qui dépend encore de vous, et y placer votre énergie. Cette part est parfois petite. Elle n’est jamais nulle.
Le tri qui change tout
Concrètement, cela ressemble à un tri en trois colonnes, à faire par écrit et de préférence avec quelqu’un.
- Ce qui ne dépend pas de vous et ne dépendra jamais de vous : le contexte économique, la décision d’un recruteur, l’histoire d’une entreprise. À constater, pas à ruminer.
- Ce qui ne dépendait pas de vous mais sur quoi vous pouvez agir maintenant : votre lecture de la situation, l’information que vous allez chercher, les personnes à qui vous en parlez.
- Ce qui dépendait de vous : les signaux que vous n’avez pas voulu voir, les conversations que vous n’avez pas eues, les décisions repoussées. C’est la colonne inconfortable, et c’est celle qui contient l’apprentissage.
La troisième colonne n’est pas un tribunal. C’est la seule qui vous appartienne assez pour être utilisée la prochaine fois.
Pourquoi c’est central dans un parcours de reconversion
Une reconversion est rarement un long fleuve tranquille. Une porte se ferme, un projet doit pivoter, une formation coûte plus cher que prévu, un premier contact ne répond pas. Le réflexe, à chaque fois, est de conclure quelque chose de trop grand : le marché est bouché, mon profil ne vaut rien, ce n’était pas pour moi.
Le travail consiste à redescendre d’un étage. Que s’est-il passé exactement, sur quoi ai-je encore une prise, quelle est la prochaine action possible. On ne contrôle pas les vagues, mais on choisit comment on navigue. Cette phrase paraît un peu facile écrite comme cela ; elle décrit pourtant assez précisément la seule marge de manœuvre réelle dans une période difficile.
La question à emporter
Si vous traînez un échec professionnel qui vous pèse encore, posez-vous cette question : est-ce que je le considère comme un boulet, ou comme du carburant pour la suite ? La réponse n’est pas une affaire de caractère. Elle dépend uniquement de la place que vous accordez à la troisième colonne.
Notre article sur ce qu’on appelle un échec et celui sur la peur de l’erreur prolongent utilement ce sujet.
















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