Comment se remettre des blessures et discriminations ?

À la source de certaines difficultés à s’orienter, il peut y avoir eu des phrases qui nous ont blessé-es, et qui ont eu des effets durables sur nos décisions. Parfois, l’effet est celui de prendre au défi la personne qui a prononcé les mots (“Il/Elle croit que je suis nul-le, je vais lui prouver le contraire !”) et de faire des choix uniquement guidés par une idée de la réussite qui ne nous convient pas vraiment. Et parfois, la conséquence peut au contraire nous donner le sentiment pérenne qu’on ne mérite pas autant d’égards que le reste du monde.

Alors pourquoi certaines phrases nous collent-elles à l'esprit, pourquoi croyons-nous les mots les plus blessants prononcés à notre encontre ? Comment ces phrases restent-elles ancrées en nous, au point de nous faire faire certains choix pour notre vie ? Comment s'en défaire sur le long terme, et comment s'en défendre quand elles ont lieu ?

Nous avons eu le plaisir d’en parler avec Kendaore Sonzogni, coach Chance et co-conceptrice du programme, lors d’un live que vous pouvez retrouver dans son intégralité ici :

Quelques chiffres pour commencer

Quelques chiffres issus d’un sondage sur les blessures que nous avions lancé pour préparer ce live :

Nous avons eu 103 réponses en tout, les résultats de ce sondage sont donc à prendre avec les pincettes qui s’imposent, mais il nous semblait important d’en parler malgré tout. Parmi les réponses, il y avait :

  • 93% de femmes.
  • 48% de personnes ayant entre 31 et 40 ans.
  • Les blessures rapportées avaient été entendues à 51% durant l’enfance et l’adolescence, à 25% au travail et à 12% dans la vie privée.
  • Les auteur-rices de ces mots étaient dans un quart des cas les parents, et pour 1 cas sur 5 le/la supérieur-e hiérarchique ou le/la professeur-e.
  • Parmi ces blessures, une grande partie étaient des jugements d’ordre intellectuel ou liés à la personnalité, mais aussi liées à l’apparence physique.
  • Enfin, ⅓ des personnes ont préféré que leurs réponses restent confidentielles, ce qui démontre aussi le besoin de s’exprimer dans un endroit “safe” et dédié.

Kendaore Sonzogni souligne que la sous-représentation d’hommes qui y ont répondu est sans doute en grande partie liée à cette injonction (qu’en coaching on nomme “driver” - nous avions écrit un article à ce sujet) “Sois fort-e”, qui régit énormément la société et a notamment des conséquences sur les jeunes garçons, qui mettent un couvercle sur leurs émotions pour se conformer à cette idée (tout à fait erronée) que la force est là. Sachant que les filles quant à elles sont éduquées à attendre l’homme fort (le prince) et sont plutôt victimes du driver “Sois parfait-e”. C’est schématisé, mais hélas, c’est encore assez juste.

Honte, peur et impuissance : des émotions liées à ces blessures

Quand on plante un clou dans une barrière, si tu enlèves le clou, il restera toujours un trou. Le tout sera de s’assurer que ce trou ne soit pas sale, n’ouvre pas une plus grande brèche.

Quel est le sens de cette image ? Qu’il ne s’agit pas d’effacer la trace de la blessure, qui fait partie de notre vie et peut-être parfois de notre construction, mais de tenter d’en arrêter l’hémorragie, pour qu’elle cesse de faire mal.

Un cas à part : les violences (y compris verbales) conjugales et le harcèlement au travail.

  • Les violences conjugales et les cas de harcèlement au travail ont souvent de très graves conséquences sur l’estime de soi, et sont punies par la loi. Si vous en êtes victime, voici des ressources importantes, sources non seulement de soutien mais aussi de solutions : Les violences conjugales commencent avec les violences verbales. Toute forme de violence et d’abus conjugal est punie par la loi. Vous pouvez avoir recours à une écoute qui saura vous conseiller avec le 3919. La police, dont le numéro est le 17, est également une ressource essentielle.
  • Le harcèlement au travail, qu'il soit moral ou sexuel, est puni par le Code pénal. Si vous êtes victime de harcèlement au travail, des associations existent, par exemple France Victimes, dont le numéro d’aide gratuit est ouvert 7j/7 de 9h à 19h au 116 006 (hors métropole : +33 1 80 52 33 76).

Pourquoi intériorise-t-on plus volontiers une phrase blessante ?

Il est intéressant de noter que les phrases qui choquent et blessent le plus durablement sont celles qui ont été prononcées par des figures d’autorité ou de sécurité - le/la professeur-e, un parent, etc. Comme si le contrat était soudain brisé, laissant ainsi une trace indélébile dans l’histoire d’un individu.

La sécurité n’étant plus garantie, que faire du jugement porté sur soi ? Le fait que ces blessures proviennent de personnes qui étaient censées garantir notre sécurité est également sans doute la raison pour laquelle nous sommes plus à même de croire les mots les plus blessants prononcés à notre encontre : “Ce sont des figures de sécurité qui les prononcent, des personnes qui sont censées garantir notre sécurité, notre capacité à grandir sur cette terre et à nous y épanouir. Donc ça intervient comme un jugement sans appel.

Et une blessure marquante a la fâcheuse tendance de se transformer en croyance limitante

Ce concept de “croyances limitantes” est important dans le coaching, car il est indispensable de les connaître pour mieux s’en défaire afin de bâtir un avenir libéré des carcans du passé. Les croyances, ce sont ces pensées qui structurent notre vision du monde sans que nous les remettions en cause. Elles sont vécues comme des vérités absolues, des faits établis. C’est pour ça qu’elles peuvent être rassurantes car elles nous donnent la sensation de savoir quelque chose sur nous. “Le problème, explique Kendaore, est que parfois nous sommes coincé-es dans ces croyances : elles nous bloquent, nous empêchent de vivre et d’être heureux-ses au travail ou dans la vie perso.”

Sans surprise, les croyances proviennent beaucoup de l’enfance, de la famille ou même de la société. Elles peuvent aussi avoir été forgées depuis notre entrée dans la vie professionnelle.

Sans en avoir conscience, on a des tonnes de croyances. Elles sont devenues une réalité pour nous parce qu’on les juge vraies, on les a confirmées, validées et on voit le monde à travers leur prisme. Et en les croyant, on va attirer ce qu’elles sous-entendent et mettre le focus dessus..”

Concrètement, si nos parents/professeur-es nous ont dit que nous étions étourdi-es, bordéliques, bon-nes à rien, sympathiques mais pas malin-es, ou autre appréciation de ce genre, il est fort possible qu’on se persuade que c’est vrai. Or ça ne l’est pas, tout simplement car nous ne sommes pas des blocs de pierre mais des humains, capables d’erreurs mais aussi remplis de ressources.

Un exemple de croyance et de conséquences associées

Je suis persuadé-e d’avoir tout le temps la poisse. Je vais donc voir le monde sous ce prisme et je vais me concentrer sur toutes les fois où je n’ai pas de chance. Par exemple, je me suis pris une amende : je n’ai décidément pas de chance. Alors que je n'avais pas acheté de ticket !

Comment se débarrasser de croyances limitantes grâce au coaching ?

L’accompagnement, que ce dernier soit au cabinet d’un psy ou, durant un processus de reconversion professionnelle avec un-e coach professionnel-le, aide énormément à analyser, dénouer ses croyances limitantes et ses traumatismes pour s’en défaire. Kendaore suggère également des techniques que l’on peut utiliser à sa guise, à tout moment.

1- Questionner ses croyances limitantes

Déjà la première marche est de prendre un brin de recul et de se poser la question suivante : “Est-ce que c’est vraiment vrai, et qu’est-ce qui me prouve que c’est vrai ?” (est-ce vraiment vrai que je ne vais pas retrouver d’emploi parce que je suis au chômage ? / que je ne rencontrerai jamais l’amour ? Pourquoi ?) En faisant ce pas de côté, on se rend compte que ce ne sont que des croyances. Dès lors qu’on n’y croit plus, elles disparaissent.

2- Transformer ses croyances limitantes en croyances aidantes

Ça se fait en 2 temps :

  • Faites la liste de vos croyances limitantes et à côté, écrivez la croyance inverse. C'est un genre de méthode Coué qui fonctionne plutôt bien.

Par exemple : “On travaille mieux seul-e” VS “Rien ne vaut le travail en équipe.” “La sécurité c’est le CDI” VS “La sécurité c’est d’être à son compte.” “Si tu changes trop souvent de postes ça ne fait pas sérieux” VS “Il faut changer de poste souvent sinon on s’embête.” “Je suis trop lent-e” VS “Je finis mes tâches.” “Je suis nul-le en informatique” VS “J’adore les nouvelles technologies.”

  • Puis choisissez une de ces croyances “aidantes” pour essayer de l’adopter pendant une semaine, en notant tout ce qui vient la confirmer.

Par exemple : “Je n’ai pas confiance en moi” VS “J’ai confiance en moi” -> J’ai eu confiance en moi dans ces 3 situations : j’ai appelé un membre de mon réseau, j’ai osé parler à quelqu’un qui me plaisait, j’ai réussi mon jogging ce matin

Cela va vous demander quelques efforts parce que c’est une nouvelle habitude mais portez votre attention sur les résultats et observez que votre croyance aidante peut manifester autant de choses que la croyance limitante pour peu qu’on veuille bien le remarquer.

3- Rendre ridicule une parole prononcée (ça fonctionne, si !)

Quand une phrase blessante revient vous hanter, une technique qui soudain la pulvérise est de remplacer la voix de la personne qui l’a prononcée par une voix grotesque. Homer Simpson est, dans ce cas, une ressource idéale.

Votre boss vous a dit quelque chose d’humiliant ? Votre prof vous répétait que vous étiez étourdi-e ? Imaginez qu’ils ont la voix d’Homer Simpson (ou de tout autre personnage dont la voix est risible).

D’un coup, une distance se crée, et le rire - libérateur - prend la place de l’accablement. Si vous avez des doutes, sachez que cette technique est théorisée en PNL (Programmation neurolinguistique).

4- Pratiquez l’EFT (Emotional Freedom Technique - Technique de liberté émotionnelle)

L’EFT consiste à tapoter sur des points clés de son corps situés sur des méridiens corporels (notamment la tranche de la main, sous l’auriculaire), tout en se répétant une phrase sécurisante, vectrice d’amour-propre. Cette technique, pratiquée par de nombreux-ses praticien-nes, permet de se libérer de phrases qui persistent, même des années après, à entamer notre confiance en nous.

À noter

Puisqu’il vaut mieux prévenir que guérir, sachez que cette technique fonctionne très bien sur les enfants et adolescents, et peut les aider lorsqu’ils ont le sentiment d’avoir vécu une injustice.

5- Se mettre à distance, en posture d’observation

Lorsqu’une discrimination a lieu sur quelque chose qui relève de ce que nous sommes (discrimination liée à la santé, au handicap, à la couleur de peau, au genre, etc.), se mettre en posture d’observation est un préalable nécessaire : “Si on se met en position de prendre ces violences de plein fouet, sans avoir assuré ses gardes, c’est là que ça va nous ronger de l’intérieur,” rappelle Kendaore Sonzogni.

Une fois cette posture prise, il s’agit d’analyser ce que cela dit non pas de moi mais de la personne qui a osé me discriminer : c’est un miroir. Ça vous rappelle l’enfance et le fameux “C’est celui qui l’a dit qui l’est” ? Normal, c’est exactement ça : une personne qui vous agresse dit en réalité ce qu’elle déteste en elle, mais préfère se défausser sur vous. Or c’est inacceptable. L’EFT (évoquée juste avant) fonctionne alors une fois de plus très bien pour se débarrasser du choc vécu.

Et enfin, les discriminations sont, répétons-le, punies par la loi (cf. plus haut dans l’article).

Trouver du soutien par la parole

De nombreuses associations existent pour se soutenir après des discriminations. Ces dernières organisent des groupes de parole, des espaces de bienveillance et de solidarité où l’on peut sortir de la solitude liée à ces attaques.

6- Se libérer du “Pourquoi moi ?”

Qui ne s’est pas demandé pourquoi des attaques lui avaient été adressées ? S’est demandé “Qu’est-ce que j’ai fait ?” Ces formulations qu’on s’adresse à soi induisent qu’on a peut-être joué un rôle, et au-delà de ça nous maintiennent dans le rôle de la victime face au bourreau.

Précision

Attention : quand il y a attaque, violence, discrimination, on est victime et le bourreau est clairement autrui. Et il est important de le reconnaître, de ne surtout pas inverser les rôles pour, précisément, savoir chercher, en soi et ailleurs, l’aide qui nous sera nécessaire pour avancer.

Ce que suggère Kendaore est différent : “Il s’agit de se dire “Il m’est arrivé ça, qu’est-ce que ça a à voir avec moi ? Et moi, qu’ai-je envie de développer, maintenant, pour que ça n’arrive plus ?” Sortir du “Pourquoi moi ?”, c’est sortir aussi d’une “croyance” (au sens exposé plus haut dans l’article) selon laquelle on serait condamné-e à être victime d’attaques et d’injustices.

Cela met par ailleurs l’autre en posture d’unique responsable de ses actes, et nous préserve des amalgames, souvent en cours encore aujourd’hui, désignant de co-responsables les victimes.

Un livre que Kendaore recommande

Les Quatre Accords toltèques, de Don Miguel Ruiz.

7- Renouer avec son enfant intérieur

On le voit chez Chance, auprès des personnes que nous accompagnons : le résultat des discriminations, des blessures notamment entendues dans l’enfance et l’adolescence, est aussi une déviation d’un désir initial, d’une assurance que tout était possible jusqu’à… une remarque physique, sociale, intellectuelle qui n’était pas du tout intériorisée et qui coupe les jambes.

Comment fait-on pour renouer avec ce qui avait été coupé net par une phrase blessante ?

C’est un chemin, souligne Kendaore Sonzogni. Retrouver ce qu’on aimait petit prend du temps. Et c’est un chemin qui, dès lors qu’on désire le reprendre, a un aboutissement. Le chemin lui-même est à apprécier dans les changements qui, de petit pas en petit pas, ont lieu.” Et “entamer ce chemin mute les petits pas (notion chère à Chance) en pas de géants assez rapidement”, assure Kendaore.

Le parcours Chance est très nourri de cette idée, proposant de nombreuses réflexions sur les rêves que l’on a eus, sur les croyances limitantes, etc. Énormément de personnes qui ont fait le parcours ont renoué avec leur enfant intérieur en osant retourner vers la voie professionnelle qu’elles s’étaient “interdite”, quelle que soit leur catégorie socio-professionnelle.

Un article Chance sur la question

Cinq questions pour renouer avec ses rêves

L’accompagnement thérapeutique, le coaching professionnel peuvent vraiment aider. Quand on s’est mis à distance d’un rêve passé, le cerveau est assez fort pour laisser les barrières bien en place. C’est donc par un autre biais que par des injonctions à soi-même qu’on y arrive. On doit donc interroger directement l’enfant qui est en nous, sans passer par la case adulte. En se mettant à son écoute, peu à peu on lui laisse une place et on crée les conditions pour satisfaire ce besoin : s’inscrire à un cours de musique, de poterie, apprendre un logiciel d’architecture, aller à des cours du soir, etc.

Faire une activité corporelle aide aussi beaucoup, car le corps est l’agent de notre esprit (d’où l’EFT, qui joue sur nos énergies corporelles pour apaiser notre âme).

Un livre que Judith recommande

Neverland, de Timothée de Fombelle (Goncourt des lycéens 2021), qui parle merveilleusement de l’enfance et de son caractère fondamental. Timothée de Fombelle renoue avec l’enfant intérieur tout au long de ce texte, et lui laisse toute la place pour exprimer ses émerveillements, blessures, ce qui l’a forgé pour devenir l’adulte qu’il est devenu. Un texte universel, très puissant.

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