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Défendre ses choix de vie grâce à la communication non violente

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Comme chaque semaine, nous avons mené un entretien en live, largement alimenté des questions de l’audience. Cette semaine était spéciale puisque notre invitée l’est aussi, et nous a fait le grand honneur de nous rejoindre. Nathalie Achard n’est pas coach Chance mais communicante, à la fois philosophe, autrice et experte de la communication non violente.

Nathalie Achard a ainsi publié le livre (que nous recommandons chaleureusement car il constitue une matière à penser exceptionnelle) La Communication non violente à l’usage de ceux qui veulent changer le monde (Marabout, 2020). Avant cela, Nathalie Achard a été chargée de communication dans des associations comme Greenpeace, SOS Méditerranée et le Mouvement Colibris. Elle organise aujourd’hui des formations à la non violence au sein d’associations, ou d’entreprises et de leaders alternatifs, est conférencière et déploie beaucoup d’énergie pour favoriser la coopération à travers la CNV qui, pour elle, est “un fil rouge chez l’être humain qui traverse les époques”.

“Défendre” ses choix de vie ?

Changer de vie peut s’accompagner de la peur du jugement d’autrui et d’injonctions freinantes. De fait, l’intitulé de l’entretien, autour de l’idée de la “défense”, éveille assez instinctivement un sentiment de menace voilée, un besoin de protection face à un jugement, où l’on se projette d’emblée dans un conflit avec un proche qui critiquerait mon choix. Et lors du premier tour de questions, on s’aperçoit qu’on a eu raison de tourner l’entretien sous cet angle. Nous posions dans le chat cette simple question :

“Dans les moments où vous avez eu un choix de vie à faire, quelles phrases avez-vous le plus souvent entendues ?”

Extrait du florilège venant du public :

“De toute façon tu vas te planter”, “Tu as du mal à t’engager toi!”, “Ah toi et tes trucs de bobos écolo là”, “Fais attention”, “Garde plutôt ce projet pour tes loisirs”, “Si tu arrêtes tes études, tu seras toujours au smic”, “Je te verrais pas faire ça”, “Tu vas gagner beaucoup moins”, “Tu n’économiseras pas pour tes points retraite”, “Reste dans le droit chemin c’est moins risqué”, “Les métiers agricoles ça n’est pas pour toi, tu es trop ceci ou pas assez cela”, etc.

Tout cela est, selon la terminologie du coaching, largement apparenté à une usine à créer des “croyances limitantes”, un point central du travail de réflexion et d’introspection mené pendant le parcours Chance.

Pour parvenir à une construction de soi en harmonie avec son entourage, Nathalie Achard, à travers la communication non violente (CNV), suggère de sortir des conditionnements.

Sortir des rapports humains conditionnés par la confrontation, pour faire de la place à autrui (et par la même occasion, à soi)

Philippine de Saint-Exupéry (conceptrice du programme Chance et animatrice du live) : Dans ton livre, tu nous expliques que cet instinct de protection que nous avons (nous menant à être “sur la défensive”) vient d’un conditionnement et que la CNV amène à sortir d’un chemin conditionné pour aller vers un chemin déconditionné. Qu’est-ce que ça veut dire ? De quel conditionnement parles-tu ?

Nathalie Achard : On le voit dans ce que vient d’exprimer l’audience : il se pose toujours la question du mécanisme belliqueux en jeu dans le rapport humain. Le conditionnement, c’est le système binaire du “tu as tort”/“j’ai raison”, “c’est juste”/“c’est faux”, “c’est bien”/“c’est mal”, qui crée une douleur dans le conflit : il y a un perdant et un gagnant, qui me met dans l’incapacité d’accueillir.

Si, lorsque j’exprime mon désir, on me met systématiquement en danger (en me rabaissant, ou en étant d’une manière ou d’une autre cassant), je vais développer un mécanisme qui va me faire réagir de 3 manières :

  • La fuite (lisez L’Éloge de la fuite, de Laborit) qui mène au déni
  • La disparition (je m’écrase, je me résigne, je ne laisse plus exister mes besoins profonds)
  • La violence

Pourtant, nous avons d’autres ressources : la négociation, la rencontre d’autrui, l’écoute, l’expression. Mais elles sont plus lentes à mettre en place.

“Entrer dans un état de conscience de ses besoins et aspirations permet de donner la place à son libre arbitre.”

P. S-E : Mais pourquoi ce conditionnement ? D’où vient-il ?

N. A. : 70% de mes réactions de cerveau sont prises sans que j’en sois informé(e), au service de ma sécurité et mon bien-être (c’est pour ça qu’il me récompense avec de la dopamine, etc.). Entrer dans un état de conscience de ses besoins et aspirations permet de donner la place à son libre arbitre car le cerveau est plastique, toujours prêt à se transformer si ça nous met en sécurité (le cerveau est, globalement, plutôt toujours prêt à faire plaisir). Entrer dans un état de conscience de ses besoins et aspirations permet de donner la place à son libre arbitre.

Le conditionnement à la binarité, qui donne une illusion de sécurité, est effroyable puisqu’il appelle à une confrontation permanente et manichéenne entre les bons et les méchants. Une fois de plus, la bonne nouvelle est que nous avons la capacité de changer ce récit collectif consistant à dire que “la meilleure défense est l’attaque”. Le récit est culturel et très ancré : en témoigne l’espace public où les statues sur les places de nos villes sont des guerriers, et où les rues glorifient des généraux de guerre !

S’extraire des injonctions pour renouer avec ses besoins et éviter la “crise”

P. S-E : Tu cites Marshall B. Rosenberg qui dit que “La violence, quelle que soit sa forme, est une expression tragique de nos besoins insatisfaits.” Comment ces injonctions nous font-elles renier nos besoins, nous menant alors aux crises (les fameuses crises de la trentaine puis de la quarantaine, notamment) liées aux frustrations, aux peurs et aux hontes ? Comment exprimer nos besoins pour qu’ils soient entendus.

“La violence, quelle que soit sa forme, est une expression tragique de nos besoins insatisfaits.” Marshall B. Rosenberg

N. A. : L’accès à l’émotion et son expression, en France, est rendu complexe par un vrai conditionnement culturel (qu’on ne retrouve pas par exemple aux États-Unis, ou sous une forme très différente), qui fait que la connexion à nos états émotionnels n’a pas été favorisée. D’un point de vue très mécanique, l’émotion et l’état émotionnel arrivent quelques millièmes de secondes avant la pensée. Y accéder, c’est accéder à un trésor d’informations. Parler de mon état émotionnel me permet de savoir ce qui est important pour moi, ce qui relève de mes besoins humains qui nous sont communs à tous. En partant de mes besoins, je peux communiquer.

Un exemple concret - les deux amis en colocation

J’avais deux amis qui se sont mis en colocation, et qui étaient entrés assez rapidement en conflit. Ils m’avaient invitée à dîner et je m’étais assez rapidement aperçue qu’ils recherchaient davantage une médiation qu’un moment de pure convivialité !

Leur problème était le suivant : en rentrant du travail, l’un mettait systématiquement la musique à fond, tandis que l’autre, envahi par le bruit et dans un besoin de calme, s’enfermait dans sa chambre, exaspéré. Rapidement le conflit est arrivé, le premier exprimant non pas son besoin, mais son opinion au sujet de son colocataire : “Tu es un moine, tu n’es tellement pas drôle.” Et l’autre utilisant aussi ce même chemin — celui du jugement : “Tu n’es pas bien élevé, tu ne penses qu’à toi, tu pourrais mettre un casque pour m’éviter ce bruit incessant !”

La question que j’ai donc posée était celle du “pourquoi” : Pourquoi tu fais ça ? Qu’est-ce qui est important pour toi quand tu fais ça ? Pourquoi le besoin de musique et le silence ? À quel besoin répondent-ils ? L’un a alors dit : “Moi quand je rentre du boulot, j’ai juste besoin d’un moment de tranquillité, de souffler.” Et l’autre, stupéfait, a dit précisément la même chose !

En réalité, c’étaient leurs stratégies (= leurs moyens pour nourrir leur besoin) qui différaient : l’un utilisait la musique, l’autre le silence, pour pouvoir accéder à leur besoin qui était le même. Le conflit dissipé, il est devenu naturel pour l’ami mélomane de mettre son casque audio, qui assurait la paix entre les deux amis et comblait leur technique pour accéder au repos (l’un par le silence, l’autre par le bruit).

Il ne s’agissait plus de perdre un combat ou de le gagner, mais de trouver un terrain pour les deux.

Sortir du mécanisme où nos faiblesses sont les armes d'autrui

"Se mettre à la place, c’est une violence, là où faire de la place est créer l’espace de la rencontre."

P. S-E : Tu dis très justement que “si on dit ce que l’on ressent, les gens vont s’en servir contre nous”. Naturellement, c’est un élément qui nous bloque, et qui nous met en situation de se méfier de ce que l’on ressent (tu dis qu’“il sera très difficile d’accéder à nouveau à ce trésor dont j’ai barricadé l’accès”). Comment sort-on de ce mécanisme ?

N. A. : Il est vrai que ne pas être soutenu(e) dans ses projets personnels est insupportable : c’est une violence ! Nous n’avons pas tous les mêmes moyens de vivre nos besoins. Une des meilleures manières est de dire : “Quand tu me dis que tu as ‘peur pour moi’, quelque chose chez moi se déstabilise, parce qu’il y a déjà plein de choses que je dois déjà penser. À la fois ça me touche que tu te soucies de ma sécurité et de mon bien-être, mais ce qui compte plus pour moi, c’est de savoir que quoi qu’il arrive, j’aurai ton soutien.”

Bien sûr qu’il est normal et naturel de prendre soin de l’autre, mais cette inquiétude amène à projeter ses propres besoins sur l’autre. Cela devient mortifère puisque cela empêche autrui d’évoluer et surtout de nourrir son besoin de contribution et de sens. Ce qui vient heurter directement le besoin d’estime de soi. Et cet empêchement ne va pas dans le sens du bien-être du groupe.

L’idée de la communication non violente est de faire de la place à l’autre, et de lui permettre de me montrer ce que je ne vois pas, mes angles morts sur lui, sans être d’emblée dans la projection. C’est passer de l’état où on “se met à la place” de l’autre à celui où on lui “fait de la place”. Se mettre à la place, c’est une violence, là où faire de la place est créer l’espace de la rencontre. Par conséquent, en faisant de la place, on assure à son message qu’il soit entendu, et on assure, si on est le récepteur du message, une compréhension accrue d’autrui, ce qui était mis en évidence dans l’anecdote que je racontais sur les colocataires. Cette posture d’émission et réception des informations évite ainsi le conflit, et arrête le système selon lequel “je parle pour convaincre” au lieu de parler pour inviter autrui dans ma réflexion.

La clé à ce titre est d’identifier mes besoins en lien avec mes sentiments. Si j’exprime mes besoins en termes concrets, j’augmente mes chances de satisfaire ce besoin, de le respecter et donc de le faire respecter. Si j’exprime mes besoins en termes concrets, j’augmente mes chances de satisfaire ce besoin, de le respecter et donc de le faire respecter.

Ne confondons pas désaccord et désamour

P. S-E : Tu interroges fortement la peur du conflit en te demandant pourquoi elle existe, en pointant le fait que la règle n°1 qui nous a été inculquée est celle d’obéir. Or tu constates très justement que “cette obéissance n’a pas été accompagnée des compétences nécessaires pour exprimer en toute sécurité nos désaccords”. À force d’entendre que désobéir c’est “mettre le bazar”, on nous conditionne depuis l’enfance à fuire les désaccords. Quelle compétence te semble nécessaire pour exprimer nos désaccords “en toute sécurité” ? Quelles sont les vertus d’un conflit rondement mené ?

N. A. : Il y a une confusion terrible, c’est de confondre le désaccord avec le désamour : si tu n’es pas d’accord avec moi, tu ne m’aimes pas (toujours dans le schéma conditionné où il “faut” un gagnant et un perdant). Cependant, le conflit est inévitable. Quand je rencontre quelqu’un de nouveau, il y a “conflit” : autrui n’est par définition pas moi. Le conflit est ainsi vital pour ouvrir à la rencontre : à la fois montrer ce que je suis et accéder à autrui. Ensuite, il y a les mécanismes de rébellion : quoi que tu me dises, je ne serai pas d’accord avec toi. Si une personne ne prend jamais en compte autrui, il met en danger la collectivité. Accéder au bonheur prend plus de temps qu’accéder au plaisir, mais c’est par ce processus plus long que les rapports humains s’assainissent.

La sérotonine, hormone du bonheur durable

P. S-E : Erich Fromm (sociologue et psychologue) distingue “plaisirs primaires” (qui apparaissent et disparaissent vite) et “plaisirs secondaires” (durables, mais résultats d’un travail, d’un apprentissage et d’un entraînement ancrés dans le corps et l’esprit). Imaginons une personne qui remet en question ses choix de vie professionnels mais va se dire “Bon, je vais partir en vacances, je suis crevé(e), on verra après” (il s’appuie typiquement sur un plaisir primaire, immédiat, et le problème sera toujours là en rentrant de vacances) alors que le plaisir secondaire, qui résulterait d’un développement de ses potentiels, ses talents et compétences pourrait l’amener vers des objectifs et un plaisir plus pérennes. Comment dépasser cette logique qu’Erich From associe à des mécanismes ancrés dans notre cerveau ?

N. A. : En effet, cela fonctionne sur le besoin de dopamine, auquel le cerveau est entraîné. Nous sommes dans une société dopaminée (le marketing et la société de consommation travaillent sur ces leviers, et nous mènent à des paradoxes : je vais à la marche pour le climat mais, crevée, je m’offre un aller-retour en avion à Barcelone). De l’autre côté, il y a la sérotonine (hormone du bonheur, qui se distingue ainsi du plaisir, et qui se déclenche dans un temps long — celui de la lecture, de l’apprentissage, du jardinage, de la cuisine). La sérotonine, c’est par excellence l’hormone à cultiver, et la bonne nouvelle est que le cerveau, plastique, permet de travailler sur les dosages entre dopamine et sérotonine. Dans le cadre d’un besoin de changement de vie, faire appel à une réflexion plus longue, se donner l’opportunité d’un travail sur soi, assure d’activer la sérotonine et d’accéder à un bonheur durable. Et quand on a fait ce travail pour soi, on enrichit et assainit le rapport interpersonnel et enfin, on met le doigt sur ce qui relève du systémique !

Conclusion — questions de l’audience

NB : de nombreuses autres questions se sont incluses naturellement dans l’entretien. Nous retenons ici deux questions qui ont eu des réponses à part.

“J’ai toujours tendance à dire aux autres : ‘À ta place, je n’aurais pas fait cela / pas dit cela.’ Que faire pour éviter d’avoir cette posture où l’on ne comprend pas les actions / réactions des autres car on n’aurait pas fait pareil nous ?”

N. A. : La notion clé est celle du “à ta place” : tu ne sais pas qui je suis, mes secrets, mes vulnérabilités, ce que je veux bien montrer. Ce genre de mécanisme vient de l’envie d’être dans une posture de conseil et de contribution, alors que je ne cherche pas à véritablement comprendre la stratégie qui est celle d’autrui, de comprendre qui il est, de saisir son unicité.

“Et donc, comment convaincre un autrui récalcitrant de mon besoin de changement ?”

N. A. : La réponse est dedans ! La posture de la CNV ne cherche pas à convaincre. L’une des violences à bas bruit est que j’ai un projet sur l’autre — là, celui de convaincre autrui. Convaincre l’autre est ainsi voué à l’échec. En revanche, pour qu’autrui comprenne ce que j’exprime, je dois lui faire comprendre le besoin qui vient en point de départ chez moi. Alors, je crée un espace de rencontre. Le désir de convaincre est binaire alors que la rencontre et la coopération ne le sont pas et sont fécondes !

— Pour les nombreuses personnes qui demandaient à suivre les stages de Nathalie, voici la réponse qu’elle nous a communiquée : “Je n’ai pas de calendrier ou de stages tout fait. Je réponds à des demandes spécifiques de structures ou de groupes auto-constitués. Pour des initiations, des thématiques spécifiques, des résolutions de conflits, etc. Je préfère être en lien personnalisé avec les problématiques des groupes, je ne fais pas de formation générique grand public. Je ne suis pas sur le “droit chemin” ;-) même si je suis reconnue et supervisée par l’AFCNV. Pour celles et ceux qui veulent suivre la formation classique, je préconise le site des formations à la CNV. Cela passe par 3 modules de bases (M1,M2,M3 de deux jours chacun) et ensuite les modules d’approfondissement. C’est ici : https://www.cnvformations.fr/”

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