Histoire de Chance - Marie Troesch, fondatrice d’Espolin

Comment passe-t-on de la promotion immobilière à la création d’entreprise ? Comment apprend-on à faire coexister ses moteurs et aspirations à créer du beau, et ses besoins économiques ? Comment crée-t-on un projet totalement en phase avec soi ? Marie nous livre son expérience.

Chez Chance, nous appelons les personnes qui font le parcours des “talents”. Et force est de constater que nos talents ont un talent immense. Un certain nombre d’entre eux se lancent dans l’entrepreneuriat après avoir fait Chance, et nous avons eu envie de lancer une série d’articles sur eux. Marie Troesch a ainsi lancé Espolin, son entreprise de vente de décoration en ligne, le 13 octobre 2021. Et en réalité, c’est bien plus que de la simple déco : du véritable savoir-faire, hommage à sa chère grand-mère qui était tapissière, dans de superbes collections originales de coussins. Le tout accessible, grâce à un ingénieux modèle, à un prix raisonnable. Et éthique, de A à Z.

Bonjour Marie, tu as fait Chance et tu t’es lancée dans la tapisserie-décoration, peux-tu expliquer comment tu en es venue là et ce que tu faisais avant ?

Avant Chance, j’ai fait des études de droit, passé le barreau, exercé en cabinet d’avocat en droit de l’environnement et droit immobilier, mais je me suis très vite aperçue que ce n’était pas fait pour moi. Donc je suis devenue cheffe de projet en promotion immobilière pendant 6 ans. J’ai adoré, c’est un métier passionnant, varié avec beaucoup de responsabilités et qui me permettait de gérer des projets immobiliers de A à Z. Puis le confinement a eu lieu, j’avais l’impression d’avoir fait le tour du métier et j’ai commencé à me poser pas mal de questions - comme beaucoup de monde je pense !

J’ai donc décidé de commencer Chance et ai été accompagnée par la coach Sophie Picand. Je voulais revenir à un métier qui ait du sens, plus responsable, je voulais faire de belles choses, avec mes mains, et j’en suis venue à la tapisserie car ma grand-mère était tapissière. J’étais dans sa maison pendant le confinement, entourée de ses œuvres, et ça m’a ramenée à la force de ces savoir-faire, au caractère intemporel de cette qualité de facture. Donc je me suis inscrite à l’école Boulle en CAP accéléré et je l’ai eu en 9 mois. Pour autant, je sais que 9 mois ne suffisent pas, donc j’ai cherché à acquérir de l’expérience. Mais c’est un métier dur, auquel on fait peu appel en tant que particulier car les prix de confection sont souvent très élevés. C’est un métier qui valorise le temps long et un vrai savoir-faire mais la contrepartie c’est qu’il est plus difficile de gagner correctement sa vie dans une société où tout va trop vite. Je n’ai pas baissé les bras pour autant et j’ai voulu trouver une solution pour garder cet univers sans sacrifier tout mon niveau de vie. C’est comme ça que j’en suis venue à monter Espolin, une boutique en ligne qui vend uniquement en précommande des objets pour la maison à partir de tissus de maisons d’éditeurs (maisons spécialisées dans les tissus d’ameublement). Ce concept permet de proposer des objets confectionnés uniquement à la demande dans de petites séries limitées et à un prix plus raisonnable en comparaison au sur-mesure. Pour l’instant, Espolin propose de petits objets (coussins) mais à terme l’objectif serait de développer d’autres produits (plaids, luminaires etc.).

"Ma coach me voyait m’allumer, parler avec mes mains dès que j’évoquais ça, et m’a incitée à creuser ce sujet qui me plaisait tant."

Chez Chance on propose aux personnes qui font le parcours d’analyser leur travail comme la somme de 4 piliers : le métier, la finalité, les impératifs non négociables et l’environnement : qu’est-ce qui, dans cette analyse, t’a permis d’ouvrir cette voie ?

J’ai énormément apprécié le fait que Chance soit digitalisé, donc flexible, et j’ai adoré la combinaison du coaching en séances de visio et d’autocoaching à mon rythme. La succession de questions et de séances m’a amenée à valider cette attirance pour le beau, pour l’artisanat, que j’ai d’emblée évoquée à ma coach, Sophie. Ma coach me voyait m’allumer, parler avec mes mains dès que j’évoquais ça, et m’a incitée à creuser ce sujet qui me plaisait tant. L’environnement (au sens de l’écologie) était aussi un point essentiel, de même que le social. Mais au départ, je n’avais même pas en tête de créer cette entreprise. La première étape a donc été de me lancer dans l’artisanat, puis peu à peu l’écologie et le social se sont inscrits dans mon projet, désormais devenu une entreprise.

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En combien de temps après Chance as-tu créé Espolin ?

Après l’école, je voyais bien combien le métier de tapissière allait être dur, notamment parce que nos profs ont été très transparents sur les conditions de ce métier passion. J’ai voulu trouver une solution et j’ai créé ma structure début 2021. J’ai envoyé des questionnaires qui ont reçu 150 réponses, fait des séances de brainstorm avec une quarantaine d’amies, et je me suis aperçue qu’il y avait vraiment une clientèle potentielle pour des objets uniques, singuliers, d’un luxe porteur de savoir-faire et tradition, écoresponsables, et avec en arrière-plan une éthique et une solidarité. Le tout était que ce soit d’un prix malgré tout abordable. Le principe de la précommande de collections permettait de donner accès à l’ensemble de ces besoins. Le plus long a en fait été de récolter ces informations, de me renseigner sur la construction d’entreprises ; ça m’a pris du temps mais c’était passionnant. Ce qui est plus difficile est que c’est un métier niche (les gens pensent que les tapissiers font des tapis), les interlocuteurs dans les entreprises de luxe ne sont pas forcément ouverts à de nouveaux concepts donc il faut se battre non seulement contre des préjugés, re-sensibiliser le public. Le plus long, c’est le sourcing, l’identification des bons partenaires, tout ça.

L’éthique semble présente à toutes les strates d’Espolin.

J’avais déjà entendu parler des ESAT (Établissements et Services d'Aide par le Travail), qui aident les personnes en situation de handicap à s’insérer dans le travail, en leur apprenant la confection d’objets. J’ai trouvé ça génial, et je suis allée voir le plus proche ESAT de chez moi, dans le 20e. Et je leur ai demandé de me montrer comment ils fabriquaient les coussins. Le résultat était magnifique. Concernant les tissus de mes coussins, je voulais absolument utiliser des chutes de tissu chez des éditeurs de luxe ou sur des sites spécialisés (pour éviter le gaspillage), avec l’exigence absolue que les tissus soient très beaux. Ensuite, je propose soit des éditions ultra limitées avec des tissus qui ne sont plus réédités, soit en précommande avec des tissus encore en cours d’édition - ce qui me permet d’avoir des prix plus faibles (pas de stock inutile, confection uniquement à la demande, etc.) et de rester écologique.

Ces coussins sont magnifiques, comment se les procure-t-on et quel budget faut-il prévoir ?

Merci ! Les coussins coûtent entre 60 et 150 euros, selon leur taille et le tissu, sachant que des équivalents dans le sur-mesure peut s’échelonner entre 200 et 300 euros. Pour les prochaines collections, j’ai lancé un questionnaire pour m’assurer de répondre à la demande - à suivre !

As-tu un mot à dire aux personnes qui nous lisent et se posent des questions sur leur travail ?

Ce serait le conseil de ma coach : creusez les sujets qui vous passionnent. Concrètement, comment on le voit, qu’on se passionne pour un sujet ? Eh bien physiquement : on parle avec les mains, on a les pupilles qui s’écarquillent, on parle plus vite, on est à fond. C’est ça qu’il faut écouter, et c’est vers ça qu’il faut aller.

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Quelques mots en plus sur Espolin :

Espolin est une maison de tapisserie décoration qui a pour mission de promouvoir et rendre accessible le travail d’artisans tapissiers en proposant des objets d’ameublement en tissus à la fois élégants, artisanaux, dans des motifs originaux et de belles couleurs, le tout sans être hors de prix.

Espolin, en repensant le métier de tapissier, a pour objectif de vous faire découvrir des objets de décoration confectionnés en France par des artisans en situation de handicap et uniquement disponibles en précommande.

Les valeurs d’Espolin

  • Qualité : les tissus sont sélectionnés parmi les plus belles maisons d'éditeurs de tissus en Europe.

  • Écoresponsabilité : le processus de précommande permet d'éviter le stockage inutile ou des invendus. Les objets sont confectionnés en France en petites séries limitées ou éditions exclusives. Certaines pièces sont uniquement confectionnées à partir de tissus upcyclés (chutes de tissus ou fin de rouleaux).

  • Solidarité : Espolin travaille en collaboration avec les meilleurs artisans couturiers et tapissiers valorisant le travail de personnes en situation de handicap.

  • Singularité : tous les modèles sont proposés dans différents motifs sélectionnés pour leur originalité, leur style et leur design pour un parfait mix & match.

Le site (et le e-shop) d’Espolin est ici. Suivez Espolin sur Instagram.

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