Faut-il sortir de sa zone de confort ?

Depuis toujours j’entends dire qu’il faut, coûte que coûte, “sortir de notre zone de confort”, et depuis toujours, cette idée me rend perplexe.

Quelle est donc cette zone, et pourquoi, si elle est confortable, est-elle indésirable ?

Pourquoi doit-on à tout prix sortir d’un lieu où il fait bon vivre, moelleux et chaleureux (des qualités qui me viennent en tête quand on me parle de confort) ? Pourquoi faudrait-il en sortir, plutôt que la garder comme un bien précieux et y ajouter d’autres défis réellement constructifs ? Pourquoi faudrait-il se brusquer pour devenir “valide” aux yeux d’une société qui en demande toujours plus ?

De l’école jusqu’au cœur de la vie adulte, on soupçonne le confort d’être une paresse déguisée

Quand j’étais plus jeune, j’étais plutôt talentueuse en langues vivantes et j’apprenais assez vite à saisir la grammaire, le vocabulaire. Par conséquent, je faisais partie des personnes identifiées comme ayant des “facilités”, ce qui m’avait valu, au lieu des félicitations bienveillantes de ma professeure d’allemand, un mot disant : “C’est bien, mais Judith se repose sur ses lauriers.” Elle ne voyait pas que j’avais lu tout le manuel de l’année et que sa matière m’intéressait. Le résultat est que, des années plus tard, j’ai totalement effacé de ma mémoire le moindre mot d’allemand. Ce qui relevait du plaisir avait été taché par un jugement hâtif et abusif de considérer cette joie comme un manque d’effort, et de n’évaluer la qualité de l’effort qu’au regard des difficultés rencontrées.

Ces histoires de zone de confort m’évoquent à peu près la même chose

Si l’idée est que le lieu du plaisir ne puisse pas être le lieu de l’accomplissement, où se diriger ? De nombreuses personnes n’ont même pas le privilège de connaître le lieu où elles se sentent dans le confort, cette fameuse zone où, enfin, elles se sentent à leur place, bien, et où elles peuvent enfin s’épanouir. A contrario, il semble qu’on suggère aux individus de sortir de leur zone de confort au moment où ils sont dans le plus grand des inconforts, coincés dans une vie qui ne leur ressemble pas, dans une trajectoire personnelle qu’ils espéraient tout autre. S’il y a une zone dont on pourrait penser qu’il serait profitable de sortir, j’aurais tendance à dire que c’est bel et bien la zone d’inconfort. Et j’ajouterais qu’il serait utile de la nommer et de la reconnaître.

Une zone intéressante, qui n’est ni vraiment celle du confort, ni vraiment celle de l’inconfort, est sans doute celle du dépassement heureux (j’insiste) de soi,

… de la découverte de quelque chose qu’on ne connaissait pas dans ce niveau d’aboutissement, et qui induit qu’on puise des ressources en plus et qu’on se révèle des capacités, qu’on pousse l’ambition un cran plus loin que le pur plaisir. C’est ce qui fait qu’à partir d’un talent ou d’une aspiration, on parvient à une forme d’excellence. C’est ce qui fait qu’un-e pianiste doué-e devient virtuose, qu’une personne habile de ses mains passe de bricoleuse à professionnelle : c’est un lieu de discipline, de rigueur, de travail, de passion et de désir. Et ce lieu, s’il n’est pas exempt parfois de difficultés et d’étapes inconfortables, est aussi celui au sein duquel il est heureux, exaltant (et peut-être même, à certains égards, confortable) de se découvrir.

Et si, au lieu de sortir de la “vraie”, bonne zone de confort, on regardait nos zones d’inconfort ? Dans ce cas, nous pourrions, sans être bousculé-es par des injonctions externes à surperformer, prendre le temps de choisir les ou la zone de confort et de plaisir que nous voulons investir et faire fructifier.

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