Burn-out, bore-out, brown-out : comment le prévenir et se reconstruire ?

Vous avez des problèmes de sommeil, vous ne savez plus pourquoi vous vous levez le matin ou vous tombez dans le cynisme presque malgré vous ? Vous êtes peut-être en proie à un épuisement professionnel. Si cet état est de plus en plus répandu, il passe par différents stades. Sachez repérer les signes avant-coureurs et transformer cette expérience difficile en opportunité pour emprunter votre voie, votre chemin. Comment ? Grâce aux pistes soulevées par Isabelle Méténier, psychologue intégrative et holistique, autrice au sujet du bien-être au travail et Laura Voyer, ancien talent Chance et fondatrice d’Un Cadeau Mal Emballé.

Être immobilisé-e d’un coup, se sentir surchargé-e de travail, “perdre son appétit, sa capacité à se concentrer et sa joie de vivre”, comme le décrit si justement Laura Voyer sont des symptômes du burn-out, mal-être physique et mental lié à une surcharge d’activités.

Perdre petit à petit goût au travail, à la vie, ne plus croire en ses capacités, en sa valeur peuvent cacher un bore-out, état d’ennui intense et d’insatisfaction au travail.

Avoir l’impression que sa to-do list ne réduit jamais, éprouver un manque d’intérêt profond pour ses tâches quotidiennes, perdre son sens de l’humour, sont autant de signes d’un brown-out caractérisé par un manque d’énergie ou une chute de tension.

Que ce soit un bore-out ou un brown-out, c’est cet épuisement qui traduit un manque de sens. S’épuiser comme ça, quel sens ça a ?”, questionne Isabelle Méténier.

Burn-out, bore-out, brown-out, un socle commun : l’épuisement

Les trois états se traduisent par un épuisement professionnel, et cela “pose la question de l’investissement au travail, la reconnaissance, l’estime de soi, l'envie d’être parfait, de prouver, de compenser”, explique Isabelle Méténier. “Aidé par l'entreprise où les systèmes sont coercitifs sur le plan de l’ego avec une promesse d’accomplissement qui n’est jamais atteinte. On gravit les marches et on minimise ce qu’on vit comme si on était un super cerveau. Mais on a un corps aussi.”

Laura Voyer a créé deux médias pour parler de cet épuisement professionnel qu’elle a vécu, un blog et un podcast, qu’elle a appelé “Un cadeau mal Emballé” car même si elle ne souhaite pas revivre cette expérience, elle reconnaît que c'était un cadeau de la vie qui lui a “permis de se remettre sur les bons rails et de s’aligner”.

Isabelle Méténier rebondit en rappelant que “la crise en chinois veut dire opportunité, c’est une opportunité de croissance”.

L’épuisement professionnel : les signaux à écouter

Pour fonctionner correctement, le corps a besoin de repos. Le système lymphatique va éliminer les toxines par le sport ou le sommeil par exemple. Concernant le cerveau, c’est le système glymphatique avec les cellules gliales qui s'occupent de drainer les déchets hors des tissus. Cette fonction est favorisée lorsque le corps est au repos, qu’il y a du silence ou lors de moments de lâcher-prise. À l’inverse, quand il n’y a pas de repos, les toxines s’accumulent, ce qui apporte de la confusion, du flou, une accumulation des émotions négatives, des difficultés à penser, à se concentrer.

Ce sont les prémices du burn-out. Si on est confus, énervé, cynique, ce sont des signaux qui devraient nous alerter", prévient Isabelle Méténier. “On est servi par cette promesse de réussite et on tombe.” Si vous êtes dans un état d’épuisement professionnel, cela peut arriver que vous ne puissiez plus vous lever littéralement, que vous soyez bloqué(e).

Une des participantes rappelle les principaux signaux potentiels :

  • problème de sommeil
  • les nerfs à vifs/à fleur de peau (plus de "filtres" qui nous protègent, chaque réflexion sonne comme un impact sur soi)
  • manque de confiance en soi
  • mal-être psychologique
  • baisse de l'estime de soi
  • perte de sens, pleurs, envie de rien
  • plus envie de se lever le matin pour aller au travail
  • épuisement physique et intellectuel, problèmes de concentration…

L’épuisement professionnel : la prévention

Pour éviter d’arriver à cet instant de bascule, nos expertes conseillent de s'écouter, se connaître, s’approprier son histoire, faire un travail sur soi.

Isabelle Méténier invite à se poser très régulièrement les questions suivantes : “Qu’est-ce que je recherche à travers le travail ? Suis-je capable de me réguler ? Quels sont mes piliers ? Quelle est mon ambition ? Qu’est-ce que je veux avoir réussi ? Qu’est-ce que je veux avoir fait de ma vie ?”

Faire le point régulièrement sur ses envies, ses besoins, ses aspirations profondes, ses piliers, sa raison d’être aide à prévenir cet état d’épuisement.

S’octroyer des temps de repos réel, de lâcher-prise comme la méditation de pleine conscience pendant laquelle il n’y a rien à faire, rien à réussir mais juste à “être”, est une aide précieuse pour prévenir les burn-out, bore-out, brown-out.

Isabelle Méténier partage un schéma qu’elle aime bien. Sur une ligne partant de -10 (mal-être) allant jusqu’à +10 (bien-être), si vous êtes à 0, il suffit d’un petit incident pour passer à -3 (comme un souci de santé, une dispute avec un(e) proche, etc.). Alors que si vous cultivez le bien-être au quotidien et développez votre conscience de soi, vos amitiés, vous serez par exemple à +4 et vous “tomberez” à +1, si un incident survient, vous aurez les ressources nécessaires pour y faire face.

La clé est d’être attentif à soi en permanence.

Combien de “temps” pour s’en remettre ?

Laura Voyer confie que c’est le thème d’un des tous premiers articles qu’elle a posté sur son blog tant cette notion de temps est importante. Selon elle, il n’y a pas de réponse universelle. Chacun(e) va mettre le temps dont il/elle a besoin. Elle précise quand même que c’est un temps long. Ça ne se résout pas en un week-end de repos, quelques jours d’arrêt ou deux semaines de vacances. Il est important d'accepter ce temps, quelle que soit sa durée.

Elle ajoute : “Je dirai même que plus on a tiré sur la corde, plus on va avoir besoin de temps. Moi, il m’a fallu au moins 6 mois. Au départ j’avais un arrêt maladie pour 15 jours qui sont devenus 1 mois puis 5 mois. Il m’a fallu tout ce temps pour me remettre sur pied, physiquement, redormir, remanger, retrouver un cycle cohérent, digérer ce qui s’était passé. Aujourd’hui, quand je me retourne sur cette période j’ai le sentiment que c’est une toute petite période, je me remercie d'avoir pris ce temps, d’avoir accueilli cette culpabilité. J’ai une conscience aiguë que ma vie était en danger et que si je n’étais plus vivante je ne pourrai plus retourner au travail. Cela m’a sauvée de m’autoriser ce temps.”

Isabelle Méténier nous rappelle qu’en grec, il existe 3 mots pour désigner le temps : Chronos, Aiôn et Kairos.

  • Chronos représente le temps linéaire (exemple : “ce projet est à rendre dans 2 mois”, “j’ai 3h pour faire cette tâche”).
  • Aiôn signifie “ère”, “âge”, et se réfère à la nature des choses, c’est le temps des saisons, (exemple : une grossesse, un deuil).
  • Quant à Kairos, c’est le “moment opportun”, le bon moment pour se poser, réfléchir.

Cela peut générer des problèmes “quand on commence à mettre du Chronos dans Aiôn” explique Isabelle Méténier “une femme enceinte qui dit “il faut que j’accouche tel jour parce que j’ai ce projet à mener”par exemple”.

Observez pour chaque projet ou période dans quel temps vous vous trouvez et ajustez si vous en ressentez le besoin.

La reconstruction : chacun son rythme

Laura Voyer souligne l’importance de se faire aider. Elle recommande de s’entourer d’une équipe d’accompagnants holistiques - médecins, thérapeutes, psychologues, etc. - qui respectent les pratiques des autres.

Elle confie : “J’ai commencé par voir un médecin généraliste extraordinaire qui m’a permis de comprendre quelque chose de fondamental par rapport à ma valeur. Il m’a dit “mais pourquoi voulez-vous absolument aller au bureau alors que vous êtes la même personne assise sur votre canapé avec un thé ? Vous avez la même valeur.” Cela l’a tranquillisée et a sonné le début de sa reconstruction. J’ai été suivie aussi par une psychologue et un acupuncteur."

Laura Voyer invite à respecter le temps de guérison nécessaire pour chacun. Après 6 mois, quand elle s’est sentie prête, elle a suivi le programme Chance pour se remettre en mouvement. Cela lui a permis de se poser la question pour la première fois depuis (trop) longtemps de ce qui lui faisait plaisir, à elle.

Et une partie du chemin se fait par soi-même. “Ça fait peur mais c’est grisant.” confie Laura “On a la capacité, tout seul, en soi, d'avancer. J’ai mis dans ma poche gauche la vigilance et dans la droite l’indulgence. Tous les jours, je me demande : “est-ce que tu es sûre que tu ne tires pas un peu sur la corde là ? Est-ce que tu fais les choses avec envie ?”, et je ne suis toujours pas parfaite, en fait. Je continue à me planter, je continue à dire oui à des choses ou parfois j’ai envie de dire non”.

Isabelle Méténier rappelle l’importance d’être doux avec soi-même, d’avoir de la compassion pour soi. Entretenez un dialogue intérieur bienveillant. Remplacez les mots durs que vous pouvez vous dire parfois par des “Ok, j’ai fait du mieux que j’ai pu, je ferai mieux demain, je continue à avancer, ça va aller”. En accueillant votre vulnérabilité, vous êtes dans votre authenticité.

L’étape de l’acceptation est fondamentale dans la reconstruction : accepter de se faire accompagner, accepter de vivre des émotions douloureuses comme la honte, la tristesse, accepter sa vulnérabilité, accepter de prendre son temps pour guérir.

L’épuisement professionnel : comment en parler ?

L’entourage personnel n’est pas épargné. Laura Voyer compare ça à une bombe et ceux qui vous entourent se prennent la déflagration. Elle encourage les personnes qui accompagnent à demander de l’aide. “Quand on ne sait pas quoi dire, je conseille souvent d’écouter. Pas un conseil, une reco, une injonction à retourner au travail, juste une oreille attentive.

Dans le milieu professionnel, même si vous ressentez l’envie d’être transparent(e), d’appeler votre patron, gardez en tête que c’est important de vous protéger. Si vous êtes en arrêt, vous n’avez aucune obligation. “Moi j’ai parlé à mon patron 5 mois plus tard. J’avais séché mes larmes, j'étais plus au clair sur ce que je voulais dire”confie Laura Voyer qui a fait un live sur son compte instagram “Un cadeau mal emballé” dans lequel elle donne des conseils pour parler de ce sujet en entreprise. Pour elle, “C’est complètement ok de le dire si c’est juste pour la personne de le dire.

Finalement, tout est dans l’art d’attendre Kairos, le “bon moment” pour en parler, conclut Isabelle Méténier.

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