Ça a commencé à un anniversaire, à Dacca
Il y a des débuts d’entreprise qui tiennent dans un business plan. Celui de Chance tient dans un anniversaire, en 2013, à Dacca, au Bangladesh. C’est là que la rencontre avec Muhammad Yunus a eu lieu, et c’est de là que tout est parti. Le prix Nobel de la paix 2006, l’inventeur du micro-crédit, est devenu président d’honneur de Chance, et il l’est resté sans interruption depuis.
Cette fonction aurait pu n’être qu’une ligne sur une plaquette. Elle a été autre chose, et c’est ce qui mérite d’être raconté : il a soutenu le projet dès le premier jour, y compris dans les périodes où il n’y avait pas grand-chose à soutenir. Dans les hauts et, surtout, dans les bas.
Un homme que les Nations unies distinguent pendant qu’un tribunal le poursuit
En janvier 2022, la Fondation des Nations unies lui décerne le titre de Champion for Global Change, aux côtés de Ngozi Okonjo-Iweala, directrice générale de l’Organisation mondiale du commerce. Soixante ans de travail, une vie entière consacrée aux autres. On appelle ça de l’activisme social sans fin, et c’est un compliment.
Sa boussole tient en trois chiffres, qu’il répète partout où il passe : un monde à trois zéros, zéro pauvreté, zéro chômage, zéro émission carbone. À quatre-vingt-trois ans, en juin 2023, il continuait de faire le tour du monde pour convaincre des gens de créer des entreprises sociales.
Au même moment, la justice de son propre pays le poursuivait. Cent cinquante procès intentés contre lui, un verdict rendu par un tribunal du travail en janvier 2024, et le risque très concret de finir en prison. Sa réponse tenait en quelques lignes : il continuerait de servir les Bangladais et le mouvement des entreprises sociales, ce verdict était contraire à tout précédent juridique et à toute logique, et il appelait son peuple à parler d’une seule voix contre l’injustice. Nous avons raconté ce moment en détail dans un homme de 83 ans risque la prison pour avoir combattu la pauvreté et dans justice pour Muhammad Yunus.
Une place à Paris, pour quelqu’un de vivant
En juillet 2024, la Ville de Paris a inauguré une place Muhammad Yunus dans le dix-huitième arrondissement, porte de la Chapelle. C’était, à notre connaissance, la première fois qu’une place portait le nom d’une personne encore en vie.
Ce n’était pas un hommage désintéressé, et personne ne s’en cachait. À ce moment précis, la présence médiatique était le seul levier réellement efficace pour lui permettre de rester libre. Faire du bruit était utile. Quelques semaines plus tard, en août 2024, la Première ministre du Bangladesh démissionnait, et un espoir s’ouvrait pour le gouvernement provisoire en formation.
Ce que ça change pour nous
On pourrait s’arrêter là, à l’anecdote flatteuse : une jeune entreprise française parrainée par un prix Nobel. Ce serait passer à côté de l’essentiel.
Ce que le micro-crédit a démontré, c’est qu’un obstacle qu’on croyait individuel, la pauvreté, était en réalité un problème d’accès. Pas de capital, pas de garantie, donc pas de prêt, donc pas de sortie. Il a suffi de rouvrir l’accès pour que des millions de trajectoires bougent. Nous l’avons raconté dans vingt ans après son Nobel, ce que Muhammad Yunus a changé pour des millions de femmes.
Le pari de Chance est le même, déplacé sur le travail. Ce qui bloque une carrière n’est presque jamais un manque de talent, c’est un manque d’accès : pas le bon contact, pas la bonne information, pas la bonne porte. C’est exactement ce que font aujourd’hui les connexions solidaires du Collectif Chance. Après le micro-crédit, le micro-altruisme.
Un président d’honneur, dans ces conditions, ce n’est pas une caution. C’est une exigence.
Les billets d’origine
- Champion for Global Change, 5 janvier 2022
- Un anniversaire à Dacca, neuf ans plus tôt, 28 juin 2022
- Quatre-vingt-trois ans et un monde à trois zéros, 29 juin 2023
- Sa déclaration après le verdict du tribunal du travail, 2 janvier 2024
- Une place Muhammad Yunus à Paris, 23 juillet 2024
- Un tournant au Bangladesh, 5 août 2024




















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