« Au collège, c’était au fond du couloir »
La scène s’est passée un soir de septembre 2022, à une soirée, vers vingt-trois heures trente. Un couple pose la question d’introduction classique : et toi, tu fais quoi dans la vie ? Un peu paresseux à cette heure-là pour dérouler une vision de l’égalité des chances, la réponse a été courte : de l’orientation.
Réponse immédiate : ah ouais, il y a du boulot, parce que moi au collège c’était une dame au fond du couloir qui ne comprenait rien au nouveau monde.
Rien à redire sur le fond, sauf que la conversation venait de basculer trente ans en arrière sans que personne ne s’en aperçoive. Le mot « orientation » avait automatiquement renvoyé au collège. Pas une seconde à un adulte de quarante ans qui se demande ce qu’il fait de ses dix prochaines années.
Un réflexe, et ce qu’il coûte
Ce raccourci n’est pas anodin. Si l’orientation est une affaire d’adolescents, alors un adulte qui s’interroge est en retard sur un programme qu’il aurait dû boucler avant sa majorité. Il ne pose pas une question légitime, il rattrape un échec.
C’est faux, et c’est décourageant au mauvais moment. Personne ne trouve à seize ans, avec l’expérience du monde du travail qu’on a à seize ans, une réponse valable pour quarante-cinq ans de vie professionnelle. Les métiers changent, les secteurs apparaissent, les contraintes personnelles se déplacent, et surtout on apprend en travaillant ce qu’on ne pouvait pas savoir avant de travailler.
Ce que ce réflexe produit concrètement, c’est du silence. Des gens qui tournent pendant des années avec une question qu’ils n’osent pas formuler, parce qu’ils la trouvent un peu ridicule à leur âge. C’est aussi pour ça que le métier existe côté adultes, ce que nous détaillons dans conseiller d’orientation pour adulte.
Les rêves d’enfant ne disparaissent pas, ils se déguisent
Il y a une bonne raison de ne pas classer l’enfance et l’âge adulte dans deux dossiers séparés, et elle nous est apparue en écoutant des enfants répondre à la question du métier qu’ils veulent faire. Professeur de trampoline, youtubeur et baby-sitter en même temps.
Ce qui compte n’est pas le métier cité, qui n’existe souvent pas, c’est la raison donnée juste après. Pour être avec des gens, pour fabriquer quelque chose, pour être dehors, pour être le premier à savoir. Ces aspirations-là ne disparaissent pas en grandissant. Elles se rangent, elles se taisent, elles prennent le costume d’un intitulé de poste, et elles réapparaissent quinze ans plus tard sous la forme d’un malaise qu’on n’arrive pas à nommer.
La bonne question n’est donc pas « que vouliez-vous faire quand vous étiez petit », qui est une question de dîner. C’est : ce que vous vouliez alors, où est-ce que ça se retrouve, ou pas, dans ce que vous faites aujourd’hui ? Nous avons posé la question telle quelle dans vous vouliez faire quoi quand vous étiez petit ?.
Et si vous n’avez jamais eu de vocation d’enfance, ce qui est le cas de beaucoup de monde, ce n’est pas un handicap. C’est simplement que la réponse se trouvera ailleurs, dans ce que vous avez déjà vécu au travail plutôt que dans ce que vous imaginiez avant d’y entrer.
Les billets d’origine
- Trois qualités et trois défauts de votre entreprise, 15 octobre 2021
- La vérité sort de la bouche des enfants, 13 septembre 2022
- Micro-trottoir : plus ou moins de 18 ans ?, 22 septembre 2022




















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