Une reconversion, ce n’est pas forcément changer de métier
C’est le contresens le plus répandu, et il coûte cher. Quand quelqu’un dit qu’il veut se reconvertir, on entend « il va changer de métier », et souvent il l’entend lui-même comme ça. D’où l’angoisse, la formation longue envisagée d’emblée, le renoncement financier estimé avant même d’avoir posé le problème.
Or une reconversion peut porter sur quatre choses différentes, et il suffit parfois d’en bouger une seule. Le métier, bien sûr. Mais aussi la finalité, c’est-à-dire ce à quoi sert concrètement ce qu’on produit. L’environnement de travail, qui recouvre la taille de la structure, la culture, le management, le rythme. Et enfin les impératifs personnels, géographiques, horaires, financiers, ceux dont on parle le moins alors qu’ils décident de tout.
C’est la formulation que nous avons portée dès janvier 2021 sur BFM Business, puis au micro d’Europe 1 en novembre de la même année : on ne cesse de parler de reconversion en général, alors que l’enjeu est de penser à travers le prisme de ces quatre piliers. Nous en avons fait depuis un article dédié, les trois types de changement possibles.
Beaucoup de gens n’ont pas envie de tout plaquer
Cette distinction n’est pas une subtilité de vocabulaire. Elle décide de qui se sent autorisé à demander de l’aide.
Une immense partie des personnes concernées ne se reconnaissent pas dans le récit du grand saut. Elles sentent qu’elles ne sont plus tout à fait alignées avec leur travail, sans vouloir pour autant tout quitter. Si le seul modèle disponible est celui de la rupture spectaculaire, elles restent où elles sont et ne font rien, parce que la marche paraît trop haute.
Poser les quatre piliers, c’est rendre visible qu’un ajustement sur un seul d’entre eux est une reconversion parfaitement légitime. C’est aussi ce qui a justifié, à l’époque, de mettre en place un premier point gratuit d’une trentaine de minutes : pas pour vendre un parcours, pour permettre de nommer sur quel pilier le problème se pose.
Le vrai préalable : la connaissance de soi
Sur un plateau de BFM Business consacré à la psytech, début 2023, la remarque qui est restée est celle-ci : ça fait deux mille ans qu’on nous dit qu’il faut se connaître, et pourtant, quand on regarde le mal-être ambiant, on se dit que le chemin est encore long.
C’est un peu vexant et c’est assez juste. On sait décrire son poste, ses missions, ses outils. On sait beaucoup moins dire ce qui nous met en mouvement, ce qu’on refuse, ce qu’on supporte mal, ce qui nous fatigue vraiment. Sans ce socle, les quatre piliers restent une grille vide : on ne sait pas lequel bouger parce qu’on ne sait pas où ça coince.
C’est la raison pour laquelle un bilan sérieux ne commence pas par une liste de métiers. Il commence par un travail sur soi, outillé, et c’est seulement ensuite qu’on regarde le marché. La question n’est pas de savoir si l’outil est un test, un algorithme ou un entretien. La question est de savoir dans quel ordre on fait les choses.
Pourquoi le travail, et pas autre chose
Il y a une raison de fond à ne pas laisser cette question au hasard, et elle a été formulée dès 2021 sur BSMART : l’engagement au travail est une condition nécessaire à la performance au travail, qui est elle-même une condition nécessaire à la mobilité sociale et à l’égalité des chances. Le meilleur levier disponible pour améliorer la mobilité sociale est donc de travailler sur l’engagement, et cela commence par le choix de carrière.
Ce raisonnement paraît abstrait tant qu’on ne le retourne pas. Nous passons l’essentiel de notre temps éveillé au travail. Prétendre que la santé mentale se joue partout sauf là est une position difficile à tenir. En 2021 déjà, un sondage OpinionWay pour le cabinet Empreinte Humaine évaluait à trente-huit pour cent la part des salariés français en détresse psychologique, et à 2,55 millions le nombre de salariés en burn-out sévère, en hausse de vingt-cinq pour cent en six mois. Les chiffres ont bougé depuis, la mécanique non.
Reste la question que posait déjà l’émission : du coup, on fait quoi ? On commence par nommer le pilier qui coince. C’est moins spectaculaire qu’une démission, et c’est par là que ça marche. Nous avons répondu à l’objection du privilège dans « est-ce un caprice ? » l’orientation professionnelle vue comme un luxe.
Les billets d’origine
- Sur le plateau de BFM Business, 26 janvier 2021
- Travail et santé mentale, chez Brut, 26 mai 2021
- Les métiers du futur, en podcast, 3 juin 2021
- La théorie d’impact, sur BSMART, 28 juin 2021
- Les quatre piliers, sur Europe 1, 16 novembre 2021
- La connaissance de soi, sur BFM Business, 1er février 2023




















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